dimanche 14 juin 2026

Lu et vu (193)

 Lu

Djamila de Tchinghiz Aïmatov

J'étais bouleversé. La steppe semblait avoir soudain fleuri, elle bougea, écarta les ténèbres et, dans cette steppe vaste, j'aperçus deux amoureux. Et eux ne me remarquaient point, tout comme si je n'avais pas existé. Je marchais et les regardais, qui, ayant oublié tout au monde, ensemble se balançaient en mesure avec la chanson. Et je ne les reconnaissais plus. C'était pourtant toujours Daniiar, dans sa chemise de soldat, dégrafée, élimée, mais ses yeux, semblait-il, brûlaient dans l'obscurité. C'était toujours ma Djamilia serrée contre lui, si timide et silencieuse, des pleurs étincelants à ses cils. Ils étaient des êtres nouveaux, merveilleusement heureux.

Est-ce que ce n'était pas là le bonheur? Car tout cet énorme amour de la terre natale qui avait en lui engendré cette musique inspirée, Daniiar lui en avait entièrement fait hommage, c'était pour elle qu'il chantait, il la chantait.

Cette même incompréhensible émotion qui me venait toujours des chansons de Daniiar à nouveau s'empara de moi. Et soudain ce que je voulais me devint clair. Je voulais les peindre.

Je m'effrayai de mes propres pensées. Mais le désir était plus fort que la peur. Je les peindrai tels que les voilà, heureux! Oui, tels que les voilà, à cette heure! Mais le pourrai-je? J'avais la respiration coupée de peur et de joie. Je marchais dans un oubli doucement enivré. J'étais heureux, moi aussi, parce que je ne savais pas encore combien dans l'avenir ce désir audacieux me réservait de difficultés. Je me disais que la terre, il fallait la voir comme Daniiar la voyait, qu'avec des couleurs c'était la chanson de Daniiar que je raconterais, que j'aurais aussi des montagnes, la steppe, des gens, les herbes, les nuages, les rivières. J'en vins même alors à penser : « Et où je vais les prendre les couleurs? On n'en donne pas à l'école : ils en ont besoin pour eux-mêmes! » Comme si toute l'affaire avait résidé seulement en cela.

La chanson de Daniiar s'interrompit inopinément. C'était Djamilia qui l'avait étreint avec frénésie, mais aussitôt elle s'était rejetée en arrière, arrêtée un instant, elle s'était jetée de côté et avait sauté à bas de la britchka. Daniiar, indécis, tira les rênes, les chevaux firent halte.(99, 100)

Des jours et des nuits à Chartres de Henning Mankell (théâtre)

Le serment d’Europe de Wadji Mouawad  (théâtre)

Vu

Cinéma 

Certains l’aiment chaud de Billy Wilder

Une année italienne de Laura Samani

Théâtre : retour d’atelier de la Compagnie L’Auberge Espagnole 

Résiste réunit deux propositions théâtrales:

Vera de Petr Zelenka

Deux histoires où la vie personnelle des protagonistes va être bouleversée par la dure réalité de la mondialisation. 

Une directrice de casting perd tout à cause du rachat de son entreprise par une société étrangère: pouvoir, chute vertigineuse, trahison, cynisme.  


Sing my life de Cathy Min Jung

Un groupe d'ouvrier·ères dont l'outil de travail est délocalisé en Chine s'organise pour lutter, protester, se défendre tandis que l'une d' elles participe à un concours de chant. Entre paillettes et huile de moteur, télé-crochet et usine, garde d'enfants et manifestations, quand le quotidien est bouleversé par la nécessité de faire des choix pour s'en sortir, rêver et lutter.

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