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dimanche 1 février 2026

Lu et vu

 Lu 

Petit fruit de Marion Fayolle


Un gars s'approche du stand, brandit un papier avec des signatures. Il explique que la municipalité a décide d'arracher les arbres de la cour d'école, qu'ils veulent tout bétonner, enlever l'herbe, la terre et les cailloux pour construire des jeux sur des sols synthétiques. Ces messieurs dames font des réunions, ont des subventions pour créer des zones de biodiversité. Ils plantent trois arbustes pour se donner bonne conscience, gagner quelques électeurs, tout ça après avoir déraciner les platanes de la place du village. Et maintenant ceux de l'école! Mais les enfants ça veut jouer dans la boue, collectionner les pierres, ramasser les feuilles des arbres, ils en ont rien à foutre de leurs mobiliers colorés, de leurs dalles amortissantes. Ensuite, il faudra mettre des clims, ils se plaindront qu'ils ont trop chaud. Sa colère lance des postillons sur les bocaux. On marche sur la tête. On ne va pas les laisser faire, on restera dans la cour de l'école, on défendra les arbres et nos gosses. La femme s'empresse de signer la pétition, elle admire ce genre de personne, capable de mener des luttes, de résister à l'autorité et à ses injustices. Son mari signe aussi, bien sûr. Il propose de les rejoindre pour expliquer aux élus l'importance du vivant. 

     Un groupe de femmes s'approche. Nous, on ne veut pas d'enfants, on ne sait même pas où est l'école, par contre on est d'accord pour signer. Elles apposent leur nom en bas de la liste avant de poursuivre leur discussion, juste devant leur étal. La grande rousse s'accoude même sur la table. Elle parle fort comme si elle ne s'adressait pas uniquement à ses copines, qu'elle voulait que tout le marché en profite. Il faut de l'inconscience pour faire des gosses dans un monde pareil, notre société va droit dans le mur. Moi, j'ai demandé à mon mari de faire une vasectomie comme ça je suis tranquille. Le mien n'a pas voulu. Je te jure, ça me rend dingue. C'est à moi de prendre la pilule, de m'empoisonner. C'est aussi pour ça que j'en veux pas, il a beau me dire qu'il s'en occuperait, je sais bien que ça me retomberait dessus, que c'est toujours les femmes qui prennent cher. Tu n'as qu'à le quitter et faire comme moi. La plus petite du groupe explique qu'elle a tiré un trait sur les hommes, qu'ils sont tous les mêmes, et que la vie de couple c'est rien d'autre qu'une injonction sociale. Elle ne veut pas d'enfant, elle non plus. Non, franchement, c'est égoïste de vouloir des gamins aujourd'hui, il y a déjà trop d'humains sur la terre. Si vous n'achetez rien, est-ce que vous pouvez vous décaler un peu? C'est pas contre vous mais les gens qui veulent venir à nous n'arrivent pas à se faufiler. Les trois copines emportent leurs grands discours quelques mètres plus loin devant le camion du fromager. (p 75, 76)

Le dernier loup de Lázló Krasznahorkai

(…) comment aurait-il pu leur parler du poids oppressant sa poitrine, comment aurait-il pu leur expliquer que depuis qu'il avait renoncé à la pensée il avait ouvert les yeux, et compris que tout ce que nous percevions de l'existence n'était qu'un gigantesque mémorial célébrant la vanité des choses, se reproduisant à l'infini, jusqu'à la nuit des temps, que ce n'était pas le hasard qui, avec sa force irréductible, triomphale, invincible, orchestrait la naissance et la déchéance des choses, non, mais plutôt une intention obscure et démoniaque, profon dément enracinée dans la substance intrinsèque des choses, une intention nauséa-bonde, qui imprégnait tout de sa puanteur, le monde est une malédiction, l'œuvre du mépris, voilà ce qui frappait l'esprit de celui qui se mettait à penser et voilà pourquoi il ne pensait plus, avait appris à ne plus penser, ce qui, naturellement, ne l'avait mené nulle part puisque cette puanteur, il la sentait, il avait beau regarder ailleurs, détourner la tête, elle était là, partout, car le châtiment, autrement dit le monde, condamnait celui qui se mettait à penser à être conscient de la vanité et du mépris cachés derrière cette intention, à en être conscient sans cesse, à chaque instant, mais renoncer à la pensée, et ouvrir les yeux, donnait naissance à une autre forme de pensée, autrement dit, il était impossible de sen libérer, l'homme, qu'il pense ou pas, était prisonnier de la pensée, et cette horrible puanteur le prenait à la gorge, que pouvait-il faire ? (..) p 27, 28

Vu

Ciné

Le chant des forêts de Vincent Munier

Une si longue lettre d’Angela Diabang

La vie après Siham de Namir Abdel Messeeh

Spectacle 

La Folle journée ou le Mariage de Figaro de Beaumarchais, adaptation et mise en scène de Léna Bréban