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vendredi 7 août 2026

conversation (77) avec l’aïeule

des méfaits du soleil, On a aussi dit que c’était bon, bah tu sais, ça change ce qu’ils disent les docteurs, là aussi des modes, tiens par exemple et nous glissons ailleurs dans sa mémoire, je me souviens pour la première, jusqu’à quatre mois ase eta lo rassasier et dormir, ils disaient alors, eta gero et ensuite ene amak erran zataxun ma mère  m’avait dit, tu vas maintenant faire le plus difficile et c’était vrai, la mettre loin de toi dans une chambre du bas, on dormait en haut à cette époque, je ne l’entendais plus pleurer

mardi 10 février 2026

petites choses (137) qui amusent

Quand on se chamaille, souvent elle [sa fille] m’offre après une paire de boucles d’oreille, j’en ai une pleine boîte denak korrapilatuak tout emmêlées, elle rit, quatre-vingt-quinze ans, son regard pétille, Tu veux voir ? pas tant de disputes que ça au fond, toute une vie

samedi 31 janvier 2026

à Pau, boulevard des Pyrénées

 


un ciel bas, des trottoirs luisants de pluie et dès les premiers reliefs euria zaldiz la pluie à cheval soulevée par un vent venu de l’ouest du sud qui tourbillonne, nuages qui s’effilochent, crinières, dévoilent, se recomposent et filent avant de disparaître, tout au fond la chaîne enneigée, guetter l’Ossau, cache-cache habituel 

lundi 26 janvier 2026

d’une langue à l’autre (3)

songer au Zer berri Quoi de neuf peu utilisé en famille au profit de Ze xehetasun berri Quelles petites nouvelles, quels détails, goût donc xehetasunendako pour les détails, les petites choses, le minuscule, un goût venu de loin

vendredi 12 décembre 2025

d’une langue à l’autre (2)

s’approcher du comptoir, une jeune femme s’interpose, quelques mots en basque avec le serveur, attendre  donc, puis Et pour vous ce sera ?  Dute bat nahi nuke, Je voudrais un thé, leur stupéfaction embarrassée, avec ma tête de pas du coin, non, ils ne s’y attendaient pas, regard vif, air de défi aussi, vers lui Débrouille-toi maintenant, elle se lance pourtant, aux lèvres un timide sourire d’excuse On n’en est pas là, on vient juste de commencer, S’essayer à les encourager Ça viendra, vous en avez envie, c’est le principal et s’entendre ajouter C’était ma langue, un C’était ma langue qui tel un glas résonne encore

mardi 16 septembre 2025

Conversation (47)

 la croiser avec son fils à la sortie du parc du château, cette fois échanger quelques mots, une très belle femme de bientôt cinquante ans, ronde et lumineuse J’aimerais me rapprocher de ma famille, je me sens isolée ici, si j’habitais Bayonne je pourrais par exemple improviser un repas avec ma grand-mère, quatre-vingt-quatorze ans et elle vit seule dans son appartement au quatrième étage sans ascenseur, et puis tous les autres et une langue aussi, ils s’y sont tous remis, la petite de mon frère est allée en ikastola [école en immersion basque], j’allais aux fêtes scolaires et c’était à n’y pas croire, tout ceux qui m’avaient charriée à la cour de récréation pour mon nom et mon prénom bien basques C’est moche, ça fait paysous, eh ! bien, ils étaient là, eux aussi ils y avaient leurs enfants à l’ikastola.

lundi 23 juin 2025

mots oubliés (16)

quatre-vingt-douze ans et en ce jour de Fête-Dieu en terre labourdine, un vœu, encore une fois aller manger un plat, va pour la base de loisirs du Baigura, le gendre Dedans ? une hésitation, dehors plus loin, il faudra marcher davantage mais dehors qu’elle veut, le déambulateur est resté derrière soi, dans le secret de la maison , se redresser,  la canne d’un côté, le bras ferme d’un proche de l’autre, et en avant Ma jambe gauche ne suit plus, Beldurra sartua dixut joan zatan Peur en moi  qu’elle se dérobe, se couler dans ce basque maternel plus doux, chuintant Dena xuka Tout en xu [en chou] au lieu de [s], s’asseoir donc en terrasse, commander, une sangria pour commencer, un peu plus tard slalomer vers les toilettes entre les tables, se confondre en excuses mais passer, un côté insubmersible, trois hommes à la table à côté, petite trentaine, l’un, vouvoiement de rigueur entre hommes et femmes ici, Zoaxi, zoaxi gostuan Allez allez tranquillement, littéralement à votre goût, l’expression de toujours, un dire venu de loin transmis en famille  

vendredi 13 juin 2025

offrandes aux dieux

elle a quatre-vingt-douze ans, sa fille L’eau de Lourdes elle a déjà mais, une bougie pour l’orage, oui, tu peux,  se rappeler, roulements lointains, tiximistak, des éclairs, orzia le tonnerre, signe de croix, la main tremblante, en perdre les allumettes, le cierge, de ce côté-ci orage ortzia du nom même de la divinité dans la mythologie basque, que s’éloigne donc Ortzia ! vieille langue paysanne, Ah ! tu dis comme ça, ici [de l’autre côté de la frontière, vers Saint-Sébastien, Pampelune, Vitoria ou encore Bilbao], on dit ekaitza, les bougies l’eau se signer, superstitions tout  ça, on riait raillait persiflait, pourtant, drames collectifs et des bougies aux fenêtres, sur les lieux de la perte, frêles mais vives, leurs flammes, des fleurs aussi, des dessins, des mots, communion, un temps suspendu, face à la violence des hommes des éléments, plaider une innocence, suppliques silencieuses, s’incliner, gestes immémoriaux

samedi 11 mai 2024

Conversation (29)

Zarautz en Gipuzkoa. Elle est assise sur un banc, toute de noir vêtu, une sorte de grande aube, le voile. Petite cinquantaine. Une conversation en arabe au téléphone. S’asseoir à l’autre bout. Quelques instants plus tard, voix joyeuse d’homme, lever la tête To aspaldikoa littéralement Tiens celle d’il y a longtemps, Tiens la revenante ! elle se lève, ils s’étreignent. Une conversation animée reprend, en basque cette fois.

samedi 1 juillet 2023

dans le Baztán (7)




avancer dans le chemin creux, l’envol d’un oiseau, des herbes folles, un foisonnement, 


des haies et des murets, 


se hisser sur la pointe des pieds, on n’est pas bién grande, un tout petit cimetière, 

quelques maisons autour d’un clocher, 


et à l’entrée du village, « Berroetan bizi gara À Berroeta nous vivons en basque » et « Berroeta eraso sexisten kontra Berroeta à bas les violences sexistes » que cela soit écrit et clairement énoncé, non mais !