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lundi 20 juillet 2026

conversation (73) avec l’aïeule dans le bus

elle sourit et s’installe à côté de vous, commence aussitôt, une vieille dame soignée, la voix rocailleuse de son enfance aragonaise, la sécheresse, le jardin, arroser un peu, obligé, les légumes ça m’est égal, du moment que je garde les fleurs, s’assure qu’elle ne fait pas erreur, coup d’œil rapide sur le côté, vous connaissez mes filles, acquiescer et en boucle L’année dernière, trois qui sont partis, j’ai enterré le mari, le frère et une sœur, le frère, un célibataire, il pensait qu’àvvoyager, il est allé partout, en Amérique, en Chine, dans le Nord aussi, des pays où c’est qu’il fait froid, elle cherche un peu, en Norvège, en Finlande et finalement un jour, il répondait pas, il répondait pas, on y est allé voir, on l’a trouvé mort dans son lit, on s’y attendait pas mais ça faisait des complications en moins que si on avait dû aller le chercher loin, il est enterré au village, une belle mort quand on y pense

dimanche 19 juillet 2026

Lu et vu (198)

 Lu

La Vieille maison d’Oscar Peer

À ces occasions, Henrietta le paie un peu à la journée, pas grand-chose, parce qu'elle est terriblement radine, mais alors il mange au moins un repas correct. Johanna est une bonne cuisinière, elle connaît également ses plats préférés, par exemple les beignets de pommes, les crêpes aux airelles, mais surtout les plains, ces plats mijotés avec du lard et du bouilli.

Johanna, il l'aimait bien, depuis toujours, déjà autrefois, lorsqu'elle était une jeune fille juste sortie de l'école. Johanna, c'était son grand amour, elle était entrée en lui comme un soleil de mars. Si c'est vrai qu'il n'y a qu'un seul grand amour dans la vie, alors ce fut elle. Avec d'autres jeunes filles, c'était venu et passé; avec elle, c'était resté pour toujours. Elle était partie en Suisse romande, durant plus d'un an, puis elle était revenue. Elle parlait français. Parfois, ils se voyaient, par exemple quand il y avait un bal. Lui, alors déjà dans sa trentaine, elle, une jeune de dix-huit ans. Ils avaient même dansé. Au moment du damenvalser, c'était carrément elle qui venait l'inviter. Une jeune femme aux yeux foncés, parfois vive et rieuse, avec ses caprices, parfois taciturne et l'air absent. Il pensait jour et nuit à Johanna, imaginant son visage, ses formes. Entre-temps, hélas, elle avait été demandée par un autre, c'est-à-dire par Arnold, fils d'un entrepreneur, dix ans plus jeune que Chasper. Plus jeune et surtout bien plus riche. Un époux riche, et encore tout ce que Johanna possède elle-même. Emil, son père, avait été marchand de bois et avait ramassé l'argent à la pelle. Johanna doit avoir hérité d'un capital, tout le monde le sait. Avare, elle ne l'est point, au contraire, elle donnerait tout.

Désormais, on ne parle plus de mariage; cela ne fut qu'un rêve, mais peut-être qu'elle l'aidera.

Chasper n'oublierait jamais le jour où ils s'étaient embrassés. Il était en montagne, fauchant leur pré maigre, un sacré bout de terrain, par moitié sur une pente et par moitié sur une épaule avec vue sur toute la vallée. (p 39, 40)


Sans cette lettre de Johanna, il n'aurait pas crapahuté encore une fois jusqu'à Salön. Johanna a parlé à la femme de leur boulanger et lui a demandé s'ils ne peuvent pas l'aider. On sait que Fridolin est riche; de plus, ils n'ont pas d'enfants. Maria, sa femme, est passablement plus âgée que son mari, c'est une petite vieille à l'âme d'enfant. Elle est la bonté même. Ce n'est pas pour rien qu'elle a presque vingt filleuls et filleules, surtout de familles pauvres. Aujourd'hui encore, lorsque des enfants viennent acheter du pain, ils savent qu'ils vont recevoir quelque chose en plus, une pâtisserie ou un petit chocolat. Elle les prend simplement de l'étagère et les pose sur le comptoir, avec le sourire ridé d'une petite grand-maman à l'allure de bonne fée. Elle offrirait toute l'épicerie.

Partois, sur le chemin, on l'entend chantonner toute seule. Lucrezia, la sage-femme, dit d'elle qu'elle est restée attachée au ciel d'une main, à la naissance. (p 87)


Vu 

à Avignon


depuis le Jardin du Rocher des Doms 


sur un panneau :

Jean-Pierre Barillet-Deschamps (1824-1873), avec sa sensibilité et ses connaissances en horticulture, développe un art des jardins qui lui est propre et dont tous les principes s'expriment au Jardin du Rocher des Doms :

  • une composition générale épurée qui s'organise selon un grand axe perspectif,
  • des espaces centraux aux formes ovales,
  • une grande promenade en ellipse et des lisières périphériques protectrices,
  • la présence majeure de l'eau scénographiée en grande cascade, pièce d'eau centrale, fontaines et bassins,
  • des décors pittoresques de rocailles,
  • de grandes pelouses centrales aux modelés souples,
  • l'apport de touches colorées avec les corbeilles de fleurissement, comme tableaux à découvrir à chaque saison,
  • le choix d'une gamme de mobilier stylé, composante identitaire du jardin 


Spectacle


théâtre 


Alif texte et mise en scène de Abdelwaheb Sefsaf


La ménagerie de verre, mise en scène de Philippe Person 


Évangile de la nature d’après De rerum natura de Lucrèce, mis en scène par Christophe Berton, interprété par Stanislas Nordey


Moby Dick adaptation et mise en scène de Benjamin Bouzy 


A Love Suprême par la Compagnie Amarante


lecture


Correspondance (1944-1959) Albert Camus / Maria Casarès lecture musicale L’éclat d’une passion par la Compagnie Triptyk Théâtre


dans le cadre de Souffle à Avignon 


Les vieilles de Gaël Octavia sous la direction de Nelson-Rafaël Madel,  proposé par ETC Caraïbes 


J’ai pris feu une fois pis ça s’est jamais éteint de Pascale St-Onge, sous la direction de Marie-Eve Groulx


Comédie musicale 


Post ! livret Vincent Bourigault, mise en scène Vincent Bourigault et Maud Saint Jean par la Compagnie Coincé dans la Machine 


Concert


Kaddour Hadadi dit HK devant le petit théâtre de L’Isle

samedi 18 juillet 2026

Conversation (72) dans une boutique solidaire

un bout de fil dépasse de la robe seconde main, à la vente une septuagénaire souriante Tiens, on a oublié de payer la couturière, regard perplexe de l’acheteuse, même génération On disait comme ça chez moi. Pas chez vous ? 

mercredi 15 juillet 2026

Conversation (71) avec l’aïeule

 


Ni bizi moi vivante, je leur ai dit on ne touchera pas la niche du chien, je connais le maçon qui l’a construite, ez ahal da pollita ? n’est-ce pas qu’elle est jolie ? 

mardi 14 juillet 2026

Conversation (70) avec l’aïeule

Bientôt quatre-vingt-dix ans Hier en fin d’après-midi, je m’y suis fait à sarcler au jardin, il y a un peu d’ombre en bas près des frênes

lundi 13 juillet 2026

Conversation (70) au marché

dix heures, l’ombre des grands platanes, place Junqua à Jurançon, il est derrière son tout petit étal de miel, jeune, les traits tirés, le visage déjà moite de transpiration Pas de miel de châtaignier cette année ou alors avec beaucoup de ronces, tout a fleuri en même temps, regardez sa couleur et comparez, je préfère vingt jours de pluie d’affilée à ça, je connais, je suis d’ici, c’est le temps qui est pas d’ici 

dimanche 12 juillet 2026

Lu et vu (197)

 Lu

Jehanne de Violaine Bérot

Ce que j’appelle oubli de Laurent Mauvignier 

(…) - mais n'ayez pas peur, être coupable, on n'en meurt pas, ça vous rongera peut-être, on ne sait jamais, même si aucun de vous n'a dit qu'on ne doit pas tuer un homme pour si peu, non, parce que vous avez seulement pensé, putain, je vais foutre ma vie en l'air à cause d'un sale petit connard et l'idée de la prison et l'humiliation pour les enfants à l'école, des fils d'assassins, c'est ça, ce qu'ils ont fait de leurs enfants et qu'ils porteront comme une injure à leur avenir, des fils de taulards, de voyous, et si on les met en prison trop longtemps, est-ce que leur femme prendra un amant, les femmes qui continuent à vivre et à sortir pendant qu'ils rumineront les mots du procureur ? car ils s'épient les uns les autres et la belle entente s'est fissurée à coups de murmures et d'insinuations, c'est toi qui as frappé le premier, toi qui as frappé le plus fort, toi qui n'as rien dit, toi - sauf que pour l'instant ce n'est pas ça, et même le visage du procureur ne s'est pas immiscé en eux, ils savent qu'ils auront juste à dire qu'évidemment ils ne voulaient pas tuer, bien sûr on ne voulait pas qu'il meure, il avait l'air tellement paumé avec son survêt et son tee-shirt jaune et noir, (…) p 30, 31


(…) d'où il est, il pourrait dire je vaux, je valais, une vie doit valoir un peu plus qu'une bière, un pack de six ? de douze ? de vingt-quatre bières, non, tu crois ? c'est trop ? et est-ce qu'en amassant de quoi remplir un Caddie le procureur aurait trouvé que c'était le juste prix et que ça ne valait pas plus? que cette fois ils pouvaient y aller et lui donner une bonne correction et le faire payer plein pot alors que c'est lui qui leur a laissé sa vie là où d'autres auraient eu le droit d'être craints et respectés, tu vois, on se dit que des bagarreurs auraient été respectés plus que lui, un de ceux-là qui d'habitude traînent en bande, il aurait été respecté et craint et peut-être qu'il aurait sorti un couteau pour tracer dans l'air comme une barrière pour les retenir, et il n'aurait pas subi comme lui, quand les coups ont plu et qu'il n'a pas eu un geste à part ce réflexe vieux comme la mort de vouloir s'en protéger, les mains devant le visage comme pour refuser de voir et de comprendre ce qui allait arriver plus que pour parer les chocs - et, ce que je me dis, c'est que ton frère, quand un mot surgira pour s'évanouir aussi vite que cette fulgurance au moment de saisir qu'il était mort, oui, ton frère, il sera pour toi comme une lacération dans ta vie, et tu voudras comprendre, (..,) p 40, 41



Vu

cinéma 

Darling de John Schlesinger

exposition 

au Parvis Leclerc : Jacques Henri Lartigue L’oeil absolu (1er volet)