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dimanche 10 mai 2026

Lu et vu (188)

 Lu

Les habitantes de Pauline Peyrade

Vous ne connaissez rien de moi de Julie Héraklès

Retour à Balbec de Renaud Meyer

Trent-sis de Malika Moustadraf

Le jardinier et la mort de Guéorgui Gospodinov

Toute la littérature mondiale, et celle de Bulgarie ne fait pas exception, chante la mère et écrit des lettres kafkaïennes amères au père.


Un jour, alors qu'on lui demandait où travaillait son père, un camarade de classe a répondu : dans la fabrique à gifles. L'espace de quelques secondes, l'institutrice enregistra machinalement cette information comme crédible et commença à l'écrire dans le journal de classe. Tous les pères, à cette époque, travaillaient dans des fabriques: de porcelaine, de caoutchouc, de briques, pourquoi pas de gifles.Puis elle se rendit compte de ce qu'elle allait écrire et eut un regard noir, tandis que nous étions morts de rire.

Mais la fabrique à gifles ne faisait pas qu'exister, elle fonctionnait à plein régime. Et produisait des gifles à la chaîne. Je vais mettre en marche la fabrique à gifles, nous avertissait-on régulièrement, s'il nous prenait l'idée de faire quelque chose qui n'était pas permis. En général, c'étaient nos pères qui y travaillaient, ils étaient eux-memes des fabriques à gifles, même si les mères ne s'en abstenaient pas. Ni les instituteurs. Et ça a commencé bien avant notre naissance. On raconte que, dans le règlement de l'école de Gabrovo, en 1884, il était écrit: « Sont admis à l'école des enfants qui ont grandi avec des gifles et les supportent.»


Frapper quelqu'un sur la joue ou lui tirer l'oreille était tout à fait dans l'ordre des choses. Je vais te déchirer les oreilles n'était ni une métaphore ni une hyperbole, la prof principale de mon frère lui avait vraiment fendu légèrement le bas du lobe, comme le confirma le médecin de l'école. Je garde le souvenir d'avoir été visé par une craie ou frappé par une baguette, mais celle qui faisait le plus mal en giflant était la prof d'allemand avec sa bague en fer. (Les profs d'allemand sont-elles plus dures que celles de français, ou la langue n'a-t-elle rien à voir avec ça, me demandais-je alors.)

Malgré tout, la menace la plus sérieuse à cette époque-là était toujours: Je vais le dire à ton père! Le père devait être l'épouvantail, le corps disciplinant. Et, dans la plupart des cas, il l'était. «Où est Kirtcho, ses parents le cherchent pour le battre», est demeuré l'une des répliques les plus populaires d'un film bulgare pour enfants. Certains de mes camarades de classe se vantaient même de la dérouillée qu'ils avaient reçue ou qui les attendait le soir. (p 161, 162)


Mon père était l'Atlas qui portait sur ses épaules des tonnes de passé. Et, maintenant qu'il s'en est allé, je sens tout ce passé se fissurer, s'écrouler silencieusement sur moi et me submerger de tous ses après-midi. Les après-midi de l'enfance qui s'écroulent silencieusement. Et je n'ai personne à qui demander de l'aide. (p 210)


Je continue à photographier des fleurs en train de se flétrir, à différents stades de flétrissure, de décoloration, des pétales qui tombent, des pistils et des étamines carrément dénudés, ceux de petites vieilles déjà, ayant dépassé leur fonction de séduction. Fleurs désertées par les abeilles, qui s'en vont... Il y a un chagrin et une beauté propres au flétrissement, mais sans le désespoir accompagnant le vieillissement chez les êtres humains et les animaux. C'est sans doute la raison pour laquelle je continue de prendre en photo des roses, des iris, des tulipes qui s'en vont, des pivoines qui se dépouillent, des arums et des violettes qui pâlissent... La botanique sait mourir en beauté, sans mourir. La botanique en sait encore un peu plus sur la mort. (p 215)


Vu

Cinéma 

Ève de Joseph L. Mankiewicz 

Spectacle 

Strano du cirque Trottola

vendredi 8 mai 2026

Conversation (61)

 Une photo d’identité en noir et blanc s’échappe d’un livre, la vôtre, plus tard, une amie, elle la tourne et retourne dans ses mains, Ça fait combien tu dis ? plus de quarante, non, je te reconnais pas, elle s’essaie à préciser, tu ressembles pas à toi mais à quelqu’un d’autre, oui, à l’actrice d’une série que je regarde le vendredi soir, tu veux savoir comment elle s’appelle, c’est ça ? Coup d’œil rapide  au programme télé à portée de main Y a pas son nom, c’est un second rôle.

mercredi 6 mai 2026

Conversation (60)

 un village, un puits au centre, elle est assise sur la margelle, ample jupe fleurie et grand chapeau qu’elle ôte d’un geste vif, son crâne rasé, un choix J’en ai rêvé toute ma vie, je vais avoir quatre-vingts ans, c’était maintenant ou jamais, la coiffeuse d’ici ne voulait pas, j’ai dû aller jusqu’à Pau pour le faire, elle sourit, se caresse la nuque, j’ai prévu une grande fête pour mon anniversaire, ce sera le 10 octobre, j’ai déjà lancé les invitations, figurez-vous qu’il y en a une qui a répondu qu’elle n’était pas sûre de pouvoir parce qu’elle aurait peut-être les petits-enfants, non, mais vous vous rendez compte, comme si elle pouvait pas s’arranger et de but en blanc Vous avez des enfants, vous ? elle enchaîne,  l’amour, je dis pas, c’est pas pareil, deux ans qu’il est plus là, il me manque

lundi 4 mai 2026

à Budapest, une idée de la France

Palotanegyed, 23 avril, 10 heures 

 au service de la vente du café croissant. 

dimanche 3 mai 2026

Lu et vu (187)

 Lu

La collision de Paul Gasnier

Une chambre au-dessus d’un magasin d’Anthony Shapland

La révolte des pendus de B. Traven

Sans oublier qu’en plus c’est bien la fin du monde de Chloé Delaume, préface Lydie Salvayre


Ouin Ouin boogie


C'était un hétéro alpha

Un restau après le cinéma

Je souriais à ce spécimen

En me répétant Not all men

Il était à peine minuit pile

Il s'est changé en crocodile

Pleurant d'être persécuté

Par des folles et des mal baisées


Il m'a dit le patriarcat

Ma petite, ça n'existe pas

Prenons du recul un instant

Ici on n'est pas en Iran 

Si les femmes ne sont pas au pouvoir

C'est que depuis la préhistoire

On sait qu'elles n'ont pas les épaules 

Et c'est pas grave : chacun son rôle


Il chouinait on ne peut plus rien dire

Déconstruire ça veut dire détruire

Je n'en peux plus de cette maladie

Partout y a des féminazies

Le féminisme et ses maquerelles

Il nous pleut des nuées de sauterelles

Mamans toutes seules jamais putains

C'est comme un châtiment divin


Il m'a dit le patriarcat

Ma petite, ça n'existe pas

Prenons du recul un instant

Ici c'est pas l'Afghanistan

Si les femmes ne sont pas au pouvoir

C'est que depuis la préhistoire

Elles supportent mal la pression

Mais sont douées pour tenir une maison


Il criait vous pouvez voter

Faire des études, ce que vous voulez

L'égalité est déjà là

C'est juste vous qui n'assurez pas

Toutes vos histoires de charge mentale

D'inégalités salariales

De grandes invisibilisées

C'est un truc pour vous rassurer


Il m'a dit le patriarcat

Ma petite, ça n'existe pas

Prenons du recul un instant

Ici on n'est pas en Iran 

Je lui ai rappelé un pouvoir

Qu’on a depuis la préhistoire

Il hante petits et grands garçons

Le fantasme de castration 

(p 62, 63)


Vu

cinéma 

Yellow letters de Iker Çatak

Spectacle 

Le poids des fourmis Théâtre Bluff Philippe Cyr

samedi 2 mai 2026

parole de (14) veuve

 tant que je peux, je continue, j’aime toujours marcher, sortir, ce que je n’aime plus c’est rentrer 

vendredi 1 mai 2026

Perspective



à chaque fois, penser à elle qui vous la fit découvrir, les clochers de l’église Saint-Jacques, tel un bonnet d’âne, coiffent une maison