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dimanche 11 février 2018

matinée d'écriture avec Amandine Monin (1)

ATELIER D' ECRITURE CREATIVE, ludique et libertaire

                        Dada est dans l’œuf
Au poulailler de mademoiselle Amandine Monin  

(...)   Atelier de ponte littéraire             
Il s'agira d'observer 
                                                                 un objet, une personne, une situation, 
                                                                 un système : quelque chose qui fait monde. 
                                                                 Il sera question de points de                                                                                                                       vue, de distance et de mécanique quantique 
                                                                        c'est-à-dire 
                                                                                          -dire   
                                                                                                d'amour         
                                                                                                          d'amour
                                                                                                               d'amour     
 "Choisissez autour de vous un livre,  il sera votre compagnon pour la matinée". Très vite, porter son choix sur De face de Bernard Vargaftig




devant soi son un petit livret modeste, trois A3 soigneusement pliées et numérotées. A la fin un titre

exercice 1 : décrire un moment, une personne, un lieu ou un objet, quelque chose qui fait monde, son apparition dans votre vie, le moment juste avant et le moment juste après





Apparition
 Un appel d'air froid venu de la rue. Le carillon de la porte. Elle emplit soudain l'espace. Joyeuse. Dans ses mains en conque du gris. Et sa voix "je viens de les faire, d'après vous à combien on peut les vendre ?' Un air de victoire. Des visages se penchent, jaugent, apprécient. Dans une coupe, un peu de mousse. Sur la mousse en rond, de tout petits galets plantés les uns à côté des autres. Une foule de petits galets. Sur leur sommet, à la hâte, deux taches de blanc, à l'intérieur un point noir. Des yeux.  Ils ont pris vie. Les regards convergent. Au centre de la coupe, une bougie. Dire l'attente.

Juste avant
 fatras d'objets, bric-à-brac, vaisselle, lampes, objets détournés, livres, les étagères croulent, circuler avec précaution, surtout ne rien renverser, casser, briser, impression tenace de se sentir éléphant dans un magasin de porcelaine.

Juste après
 embarquer l'objet, le poser chez soi au pied de la plus grande lampe, à côté de la pierre des mines de  Carmaux, ah ! si elle pouvait parler, avait dit le vendeur, sûr elle en a vu des conflits, renouveler le fleurs, offertoire

vendredi 2 février 2018

Göttingen, celle qui manque


 
une sorte de vide-grenier par mois, pour presque rien des photos comme s'il en pleuvait, faut croire qu'ici ça on se débarrasse, on voudrait les adopter toutes, familles entières visages graves tournés vers l'objectif, prescience du cataclysme à venir ? se restreindre, d'ailleurs qu'en ferait-on, en retenir trois, des enfants sur la dernière, votre préférée, tournée et retournée, une date, 29, et voilà qu'elle n'est plus, vous l'avez perdue, au moins momentanément
                                                                          

                          
                                                                                                     

samedi 20 janvier 2018

dans les grandes lignes

Biarritz déjà, le bus s'est vidé, joviale, elle rayonne au volant de son soixante places "mettre le bus nickel pour le prochain chauffeur, le laisser au parking  à Saint-Jean-de-Luz et c'est fini pour la journée, quand même un peu plein les pattes, retour dans la famille , quatre enfants, ça bouge ! j'en avais deux quand j'ai rencontré ma compagne, j'étais toute jeune, vingt-trois ans, vous vous rendez compte ? et ensemble on en a fait deux plus, j'ai porté l'un, elle a porté l'autre"

dimanche 14 janvier 2018

2 janvier, Lannemezan, buffet de la gare

"tu verras on y mange bien et pour pas cher ", il a raison, assiette copieuse, salade, saumon, crevettes, poularde farcie, la patronne, elle fait aussi le service, avec fierté "on a servi presque deux cents repas le soir du réveillon", il poursuit "c'est aussi ici que s'arrêtent les femmes de prisonnier en sortant du train et ils sont sympa, peut-être de travailler en famille", et de fait très vite après, à la table à côté, deux jeunes femmes et trois enfants, sept, huit ans à tout casser pour le plus âgé, elles déballent le repas, sandwichs à la tortilla sortis du papier alu et partagés, des chips, à boire, les enfants d'abord, un café, un seul, commandé au bar, déjà si cher de se déplacer, un accent râpeux, on tend l'oreille, oui, le basque de l'autre côté, songer qu'elles commencent l'année ainsi, une visite à la prison, on aimerait soudain partager sa belle assiette copieuse, leur souhaiter des jours meilleurs, les enfants galopent dans la grande salle, courses-poursuites entre les tables, sous les bancs, sur les bancs, taquinent le chien de la maison, un cabotin qui prend des mines, ils sont chez eux ici, leurs rires aux éclats, les mères veillent du coin de l’œil, des enfants, une insouciance, ils grandissent

jeudi 11 janvier 2018

on l'aimait tant

un bon chien noir au poil ras, un peu loup, un peu autre chose, le regard adouci d'une tache marron au-dessus de l’œil, comme un sourcil, cavalcades avec lui, tester son dévouement, sauter du pont au-dessus de la rivière, pousser des hurlements, à l'aide ! il accourait, saisissait délicatement dans ses crocs ce qui dépassait, un bout de bras, de vêtement et hop ! sur la rive, l'entourer de ses bras, le cajoler, se rouler dans l'herbe, on l'aimait tant, mais, un jour, qu'est-ce qui lui avait pris, il était revenu au matin, l'air éreinté, le museau ensanglanté, c'est sûr il avait attaqué un troupeau, on avait pensé, on n'avait rien dit à personne, on l'aimait tant, un coup de carabine, pas de procès, les voisins l'auraient tué, y aurait rien eu à dire, un chien vicié, tout le monde sait ça, ça recommence, on l'avait attaché serré dans une niche, la même lourde chaîne que celle des vaches, il avait pleuré longtemps, on allait le caresser, on l'aimait tant, il vous faisait fête, vous vous éloigniez, il vous suivait d'un regard désolé, les parents étaient inflexibles, Non, on ne le détachera jamais, il est vicié on vous dit  et c'était peine que de voir son cou pelé, pourtant, comment avait-il fait, un matin il n'était plus là, un affolement, à quelles folies allait-il se livrer, on s'inquiéta, l'appela, le chercha, le soir il était revenu, il tendit le cou, on l'attacha

lundi 1 janvier 2018

premier janvier 2018 rêverie


dans la vieille maison presque silencieuse, gestes immémoriaux, leur humilité, préparer le café, allumer le feu, attendre, qu'il s'échappe et c'est le feu, personne, le manteau de la cheminée, un abri, se tenir là assise, dans l'âtre se savoir maillon d'une lignée, un jour laiteux s'arrache à regret de la nuit, un brouillard cotonneux caresse les carreaux, prêter l'oreille, un souffle profond, quelqu'un rêve au-dessus, se couler dans cette respiration, le bois craque, gémit, crépite, parfois une étincelle, un éclat, un éclair, ombre, lumière, rougeoiement, le ballet des flammes, songer à ce qui nous relie, "se sentir sur la même longueur d'onde" dit-on, des fils et un son circule, à la rescousse des mots affluent mais aussi eau qui court et ruisselle, s'agenouiller, dans la conque de ses mains recueillir et trinquer à la vie, irriguer l'âme racornie et replanter, se mettre en route, une voie

samedi 23 décembre 2017

Stage Théâtre animé par David Geselson (2)

AUTOPORTRAIT – DU RÉEL A LA FICTION
« Comment composer une fiction à partir de sa propre histoire ? À partir de quand l’utilisation de soi pour créer cesse d’être exclusivement narcissique ? Tout peut-il faire fiction ? À travers une série d’exercices d’écriture et d’improvisation autour de l’autoportrait, nous travaillerons à créer une série de très courtes formes théâtrales sur une journée. » David Geselson

David Geselson, en 2009, crée la compagnie Lieux-Dits, qui a pour vocation de travailler sur l’écriture contemporaine et les processus de création théâtrale.


un samedi d'octobre au THEATRE SARAGOSSE -PAU

exercice 2 : 1 mn pour se dire 
combien ça dure une minute ? attendre, attendre encore et passer l'avant dernière. Se lancer.

dire les strates de mots qui vous ont construite, la poésie plus que tout, Comment avancer sans inconnu devant soi ? ainsi de ces visages attentifs tournés vers vous, de cette expérience partagée avec eux, accepter de se risquer un peu, évoquer la langue enfouie, la langue enfuie, à une lettre près, à quoi ça tient dire parfois, la langue revenue,choc un jour de sa beauté, le vieil oncle est à la fenêtre, il contemple, dehors, une sorte de crachin, des panaches blancs accrochés aux coteaux, "to euria zaldiz, tiens, la pluie à cheval", votre regard interloqué "mais ça là, il les désigne du doigt, tu ne savais pas qu'on disait comme ça ? non vous ne saviez pas, mais c'est joli, et juste surtout, ce sont bien des crinières enroulées autour des rondeurs du relief, l'autre vieil oncle dit aussi comme ça, la poésie, c'était dnc là, au plus profond, au plus archaïque de votre langue enfouie, enfuie, revenue, lever un sourcil, J'ai fait une minute ... ? Quelqu'un Trente, une minute trente, il sourit Je ne t'ai pas arrêtée.




exercice 3 : 5 mns pour se dire, 1/2 heure pour préparer et mettre en scène

choisir l'extérieur, s'asseoir adossée à un jeune chêne,  tapis de feuilles mortes à vos pieds, il bruisse, crisse, soleil d'une lumineuse journée d'automne, le meilleur et le plus doux des éclairages, à la rescousse le cahier à fleurs des notes décousues prises à la volée ici ou là,



laisser son regard errer autour de soi, cubes gris posés sur le gazon ras, des mots, Espaces Pluriels sur le petit théâtre de plein pied, comme un corps étranger ici, des arbres maigrelets, le ciel, un petit tricycle oublié à même une allée, deviner des présences dans les tours, des regards peut-être, l'esplanade est presque déserte, une femme passe, elle tient son chien en laisse, le bruit de l'avenue, Espaces pluriels, les mots font leur chemin, Espèces d'Espaces, se souvenir de Georges Perec, observer le minuscule, l'anodin,


continuer à nommer, une voiture blanche quitte le parking, une supérette au rez-de-chaussée du second bloc, quelqu'un entre dans la supérette, des feuilles glissent dans le vent, l'automne, une femme, elle tient son petit garçon par la main, jour bleu, douceur de l'air, la beauté, la laideur, voisinages, force de cet inextricable là, vous notez, notez,


mais Georges Perec en ce jour une impasse, à la rescousse d'autres mots, dans votre poche L'imperceptible de Jacques Ancet, réconfort, si blanc, ça dure combien cinq minutes, le recours secours, toujours ces mots à une lettre près, le recours d'une page au hasard,



Henri Michaux, parler encore de la langue basque ? poser son stylo, renoncer, laisser le vent effeuiller les pages, faire silence, se recueillir, attendre, patienter, laisser affleurer, il remontera bien quelque chose



asseoir tout le monde en arc de cercle autour de soi, oui, plus près encore, est-ce encore du théâtre, la mise en scène demandée, est-ce si important, et sur le mode de la conversation intime, égrener le paysage autour de soi, citer quelques-uns des mots dont vous êtes faite, feuilleter le cahier, lire des bribes, se tromper et brouillonne relire le même, vite, vite, prendre une autre page et se rappeler, qui au juste, Nancy Hutson ? 
 

plutôt Michel Schneider, Les variations Goldberg, une aria introductive, trente variations et reprise de cette même aria, qu'ont-elle nourri nous ces variations, on entend autre chose, en peinture aussi, même rouge dans un tableau, des voisinages différents, on ne voit pas le même rouge, poursuivre, s'arrêter, sur votre cahier, vous les avez entourés, désignés, où que vous en soyez, ils feront conclusion, de quoi exactement, vous ne savez trop, "Espaces pluriels. Espèces d'espaces. Tu voudrais, tu ne sais pas, tu ne peu pas. Reste à ta place" vous êtes essoufflée, c'était une longue course