ancien médecin, on est allés la chercher à l’Ehpad, des troubles de la mémoire, pour un dernier au revoir à son mari, le cercueil est ouvert, elle se penche, lui prend le pouls, sort un stéthoscope imaginaire, le pose sur son cœur, gestes immémoriaux, lui rendre vie
Même si
"Le dire ne console pas de ce qui reste à dire."
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mardi 3 février 2026
lundi 2 février 2026
Augusta Emérita
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| Pont romain sur le Guadiana, 15/I/2026, 17h1/4 |
Mérida, en Extremadura, la cité d’un concentré de vestiges romains et autres, wisigoths, islam…
Wikipédia : La colonia Augusta Emerita est une cité romaine fondée en 25 av. J.-C. par le légat romain Publio Carisio sur ordre d'Auguste pour cantonner les soldats démobilisés (émérites) qui avaient combattu dans les guerres cantabres. Vers 15 av. J.-C., elle devient la capitale de la nouvelle province romaine de Lusitanie. Puis, jusqu'au iiie siècle, elle devient la capitale du diocèse d’Hispanie.
Le dernier Loup de Lázló Krásznahorkai (p 35 à 38) 1ère édition, Hongrie 2009
(…) il s'en voulait terriblement d'avoir accepté cette invitation, et surtout de ne pas avoir clarifié sa situation immédiatement, car plus le temps passait, plus il s'enlisait, il était là, dans le meilleur hôtel de Cáceres et de toute l'Estrédamure, et tout en sachant qu'il ne pourrait rien écrire sur l'Estrémadure, qu'il ne jouait pas franc jeu, qu'il avait dupé les gens à qui il devait ce merveilleux voyage immérité, oui, merveilleux, il devait bien admettre que, si son attirance pour la région ne pouvait en rien atténuer sa profonde dépression, l'Estrémadure possédait un charme particulier, auquel, même s'il n'était là que depuis deux jours, il avait bien du mal à résister, et malgré l'écran de sa déprime et de sa mauvaise conscience, il trouvait, par exemple, que la nature était magnifique en Estrémadure, confia-t-il au barman hongrois, tout particulièrement la dehesa, ce paysage très légèrement ondoyant planté de chênes verts, des chênes verts appelés là-bas encina, qui ne couvraient pas l'intégralité du territoire mais, et c'était ça l'essentiel, se dressaient de façon éparse, déployant leur frondaison à une grande distance les uns des autres, c'est à cause de la sécheresse, lui raconta le chauffeur qui sortit subitement de son mutisme pour lui expliquer le sens du mot dehesa, l'eau est si rare ici que ces chênes ne peuvent pousser que sous cette forme, comme vous pouvez le voir, dit-il en désignant le paysage, il n'y a aucun fourré, aucune broussaille, il n'y a qu'une vaste étendue vert pâle, une immense plaine parsemée de quelques touffes d'herbe et de chênes disséminés, c'est ça la dehesa, vous comprenez ? oui, il comprenait, et sentait combien ce paysage le touchait, car la dehesa, dit-il, était à l'image de son âme, à l'image de quoi ?! s'exclama le barman derrière son comptoir, laissez tomber ! fit-il en trempant ses lèvres dans la bière, il voulait seulement dire que l'Estrémadure était fascinante, car non seulement la nature lui semblait merveilleuse, mais également les habitants, qui étaient, comment dire, disons tout simplement : des gens bien, des gens bien ?! haussa les sourcils le barman hongrois, oui, des gens bien, et il trouvait cela merveilleux, merveilleux et affreux à la fois, à cause de ce qui les attendait, car toutes ces nouvelles autoroutes, ces nouveaux quartiers à Cáceres, et Plasencia, et Trujillo et Badajoz, indiquaient déjà que le monde allait d'une minute à l'autre se fracasser ici aussi, car voyez-vous, dit-il en se penchant en avant et en élevant légèrement la voix pour permettre au Hongrois d'entendre distinctement ce passage malgré la musique assourdissante, voyez-vous, tout cela, cette Estrémadure se trouve en dehors du monde, Estrémadure se dit en espagnol Extramadura, et Extra signifie à l'extérieur, en dehors, vous comprenez ? et c'est pourquoi tout y est si merveilleux, aussi bien la nature que les gens, mais personne n'a conscience du danger que représente la proximité du monde, ils vivent sous la menace d'un terrible danger en Estrémadure, vous savez, ils n'ont pas la moindre idée de ce qui les guette s'ils laissent faire les choses, de ce à quoi ils s'exposent s'ils laissent les autoroutes et les magasins envahir leurs terres, la misère ici était épouvantable, j'ai vu des photographies montrant comment c'était autrefois, et effectivement la misère était vraiment épouvantable, il fallait y mettre fin, ils y ont mis fin, et ils vont poursuivre en ce sens, mais ce qui est dramatique, c'est que le seul moyen dont ils disposent pour cela, c'est de laisser le monde s'introduire, et de laisser ainsi la malédiction s'introduire, car tout, aussi bien la nature que la population de l'Estrémadure, sera frappé de malédiction, et ils ne se doutent de rien, ils ne savent pas ce qu'ils font, ni ce qui les attend, mais lui, dit-il en se désignant, il le savait, et il n'en avait pas dormi de la nuit, il était resté éveillé dans son élégante chambre d'hôtel, à se demander comment il pourrait expliquer cela aux hommes de la Fondation, il était sûr qu'ils ne comprendraient pas de quoi il parlait, et puis il ne saurait pas trouver les mots justes, c'est pourquoi, le lendemain, tout se passa exactement comme les jours précédents, (…)
dimanche 1 février 2026
Lu et vu (175)
Lu
Petit fruit de Marion Fayolle
Un gars s'approche du stand, brandit un papier avec des signatures. Il explique que la municipalité a décidé d'arracher les arbres de la cour d'école, qu'ils veulent tout bétonner, enlever l'herbe, la terre et les cailloux pour construire des jeux sur des sols synthétiques. Ces messieurs dames font des réunions, ont des subventions pour créer des zones de biodiversité. Ils plantent trois arbustes pour se donner bonne conscience, gagner quelques électeurs, tout ça après avoir déraciné les platanes de la place du village. Et maintenant ceux de l'école ! Mais les enfants ça veut jouer dans la boue, collectionner les pierres, ramasser les feuilles des arbres, ils en ont rien à foutre de leurs mobiliers colorés, de leurs dalles amortissantes. Ensuite, il faudra mettre des clims, ils se plaindront qu'ils ont trop chaud. Sa colère lance des postillons sur les bocaux. On marche sur la tête. On ne va pas les laisser faire, on restera dans la cour de l'école, on défendra les arbres et nos gosses. La femme s'empresse de signer la pétition, elle admire ce genre de personne, capable de mener des luttes, de résister à l'autorité et à ses injustices. Son mari signe aussi, bien sûr. Il propose de les rejoindre pour expliquer aux élus l'importance du vivant.
Un groupe de femmes s'approche. Nous, on ne veut pas d'enfants, on ne sait même pas où est l'école, par contre on est d'accord pour signer. Elles apposent leur nom en bas de la liste avant de poursuivre leur discussion, juste devant leur étal. La grande rousse s'accoude même sur la table. Elle parle fort comme si elle ne s'adressait pas uniquement à ses copines, qu'elle voulait que tout le marché en profite. Il faut de l'inconscience pour faire des gosses dans un monde pareil, notre société va droit dans le mur. Moi, j'ai demandé à mon mari de faire une vasectomie comme ça je suis tranquille. Le mien n'a pas voulu. Je te jure, ça me rend dingue. C'est à moi de prendre la pilule, de m'empoisonner. C'est aussi pour ça que j'en veux pas, il a beau me dire qu'il s'en occuperait, je sais bien que ça me retomberait dessus, que c'est toujours les femmes qui prennent cher. Tu n'as qu'à le quitter et faire comme moi. La plus petite du groupe explique qu'elle a tiré un trait sur les hommes, qu'ils sont tous les mêmes, et que la vie de couple c'est rien d'autre qu'une injonction sociale. Elle ne veut pas d'enfant, elle non plus. Non, franchement, c'est égoïste de vouloir des gamins aujourd'hui, il y a déjà trop d'humains sur la terre. Si vous n'achetez rien, est-ce que vous pouvez vous décaler un peu ? C'est pas contre vous mais les gens qui veulent venir à nous n'arrivent pas à se faufiler. Les trois copines emportent leurs grands discours quelques mètres plus loin devant le camion du fromager. (p 75, 76)
Le dernier loup de Lázló Krasznahorkai
(…) comment aurait-il pu leur parler du poids oppressant sa poitrine, comment aurait-il pu leur expliquer que depuis qu'il avait renoncé à la pensée il avait ouvert les yeux, et compris que tout ce que nous percevions de l'existence n'était qu'un gigantesque mémorial célébrant la vanité des choses, se reproduisant à l'infini, jusqu'à la nuit des temps, que ce n'était pas le hasard qui, avec sa force irréductible, triomphale, invincible, orchestrait la naissance et la déchéance des choses, non, mais plutôt une intention obscure et démoniaque, profondément enracinée dans la substance intrinsèque des choses, une intention nauséabonde, qui imprégnait tout de sa puanteur, le monde est une malédiction, l'œuvre du mépris, voilà ce qui frappait l'esprit de celui qui se mettait à penser et voilà pourquoi il ne pensait plus, avait appris à ne plus penser, ce qui, naturellement, ne l'avait mené nulle part puisque cette puanteur, il la sentait, il avait beau regarder ailleurs, détourner la tête, elle était là, partout, car le châtiment, autrement dit le monde, condamnait celui qui se mettait à penser à être conscient de la vanité et du mépris cachés derrière cette intention, à en être conscient sans cesse, à chaque instant, mais renoncer à la pensée, et ouvrir les yeux, donnait naissance à une autre forme de pensée, autrement dit, il était impossible de sen libérer, l'homme, qu'il pense ou pas, était prisonnier de la pensée, et cette horrible puanteur le prenait à la gorge, que pouvait-il faire ? (..) p 27, 28
Vu
Ciné
Le chant des forêts de Vincent Munier
Une si longue lettre d’Angela Diabang
La vie après Siham de Namir Abdel Messeeh
Spectacle
La Folle journée ou le Mariage de Figaro de Beaumarchais, adaptation et mise en scène de Léna Bréban
samedi 31 janvier 2026
à Pau, boulevard des Pyrénées
un ciel bas, des trottoirs luisants de pluie et dès les premiers reliefs euria zaldiz la pluie à cheval soulevée par un vent venu de l’ouest du sud qui tourbillonne, nuages qui s’effilochent, crinières, dévoilent, se recomposent et filent avant de disparaître, tout au fond la chaîne enneigée, guetter l’Ossau, cache-cache habituel
vendredi 30 janvier 2026
du côté des mères (6)
à Saint-Sébastien, une boulangerie salon de thé prise d’assaut en ce samedi après-midi animé, à défaut près du comptoir une grande table à compléter, prendre place, en face, une mère couve des yeux ses deux petites, l’une a le nez plongé dans un chocolat bien crémeux, l’autre grignote un bout de tortilla, puis elles échangent, en laissent un peu, sur le comptoir des carafe d’eau des verres, on va chercher si on en veut, la mère n’a rien pris, juste de l’eau, elle finit les restes, les petites sont contentes, la mère aussi, sourires croisés, elles sortent
jeudi 29 janvier 2026
à Lisbonne, sortie de messe
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| Baixa Chiado, 13 heures |
d’un pas vif, gilet au crochet maison, grande jupe pour elle, leurs couleurs à tous deux se font discrètement écho, élégance d’un couple,
mercredi 28 janvier 2026
à Lisbonne, un dimanche après-midi
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| dimanche 11 janvier 26, 16 heures |
d’´une fenêtre entrouverte une voix de femme,
fado,
assis sur le rebord, adossé au montant, un homme fume,
volutes bleus dans le jour gris,
son regard vague vers la rue déserte,
désœuvrement
il s’ennuie
palpable,
une mélancolie,
une douceur aussi,
éviter de le dévisager plus,
écouter













