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dimanche 17 mai 2026

Lu et vu

Lu

Le pays du passé de Guéorgui Gospodinov

Aller à la Havane de Leonardo Padura 

Bonne élève de Paula Porroni

Así en la Paz como en la guerra de Roberto San Geroteo

Quand il n’y a plus personne de Roberto San Geroteo

SINGULIER PLURIEL

      vu que parmi les hommes je ne sais pas vivre


Ingeborg Bachmann


Et moi qui bâillais de fatigue et de tristesse

 me voici couché de nouveau vivant inquiet

 j'ai caché la lumière derrière un oreiller

 fermé les paupières sous la peau blanche de ce bras

 la main gauche sur le cour les jambes relevées les genoux côte à côte les pieds au grand écart

 je sais le grand sommeil viendra quand il voudra il est l'heure d'entendre d'écouter d'interroger

le silence de la nuit ses moindres variations 

nous avons voulu apprivoiser l'impossible 

et failli dans les grandes largeurs et les détails 

j'ai éteint trompé la soif 

à défaut de la parole

le ver est dans le fruit à quoi bon le traiter 

si nous sommes si peu à ne pas y prendre goût.


(31 août 2023 « Once in a blue moon »)

ces deux derniers titres collection de l’umbo de Jean-Pierre Paraggio, sur une recommandation du blog Nos Consolations 

Vu 

Cinéma 

The New West de Kate Beecroft

Vénus eléctrica de Pierre Salvadori

Spectacle 

Scènes de la vie conjugale mis en scène par Christophe Perton

vendredi 15 mai 2026

Petites choses (151) qui interrogent

 

sur le papier d’emballage de l’artisan charcutier, l’image d’une gentille petite famille de cochons, ils sont trois, deux charmants rejetons rieurs à quatre pattes et le chef de famille, debout, penché sur eux, écriteau à la main, personnifié donc Chez moi, tout est bon, chez lui, où, à la porcherie sans doute 

jeudi 14 mai 2026

Petites choses (150) qui font plaisir

 


grosse averse à la sortie d’un cours, pas de retour à pied, va pour l’arrêt de bus, il vous en file sous le nez, attendre le suivant, soudain la magie d’un arc-en-ciel, courir sous la pluie téléphone à la main, comment faire entrer sa lumière si fugace dans le cadre et courir encore parmi les flaques pour ne pas rater le bus suivant

mercredi 13 mai 2026

à la ferme (19)



tondues de frais dans la campagne, débarrassées de leur toison les brebis auront moins chaud l’été,

sur leur dos de grandes taches de couleur, 

C’est pour savoir quand on les a épongées, et ensuite mettre les béliers. Les agneaux naissent début novembre et sont prêts à partir pour Noël. Y a de la demande alors et la traite peut commencer. 


La synchronisation des chaleurs (extrait)


Les éponges [sortes de tampons] sont mises en place pour une durée de 14 jours (en saison sexuelle).

Le jour du retrait de l'éponge, on pratique une injection par voie intramusculaire de PMSG.

Après le retrait de l'éponge et l'injection de

PMSG, les premières chaleurs apparaissent au bout de 24 heures (…). En lutte naturelle, le bélier est placé deux fois en présence des femelles, 48 et 60 heures après le retrait de l'éponge.

mardi 12 mai 2026

Petites choses (149) qui font sourire

 

les entendre avant de les voir, des cris, des rires, des galopades, elles surgissent à bout de souffle, un certain âge, en collant de course à pied, petit sac à dos et tutu, autour du cou une carte pour parcours d’orientation, un enterrement de vie de jeune fille orchestré avec soin, métaphorique qui sait, elles s’amusent bien 

lundi 11 mai 2026

Petites choses (148) qui serrent un peu le cœur

le sud de Pau, beaucoup d’Espagnols, de Portugais aussi, se sont installés par là, une petite rue tranquille, de l’autre côté du grillage posée sur l’herbe haute, une toute petite maison ratatinée sur elle-même aux volets gris qui s’écaillent, la façade mériterait un bon coup de peinture aussi, trois marches, la porte d’entrée, au-dessus sur un panneau en bois qui se déplierait tel un parchemin, son nom Hermosa Belle, penser Fut un temps et aussitôt l’entendre elle Agian [peut-être] mais ceux qui ont ça ils sont pas sans rien elle disait 

dimanche 10 mai 2026

Lu et vu (188)

 Lu

Les habitantes de Pauline Peyrade

Vous ne connaissez rien de moi de Julie Héraklès

Retour à Balbec de Renaud Meyer

Trent-sis de Malika Moustadraf

Le jardinier et la mort de Guéorgui Gospodinov

Toute la littérature mondiale, et celle de Bulgarie ne fait pas exception, chante la mère et écrit des lettres kafkaïennes amères au père.


Un jour, alors qu'on lui demandait où travaillait son père, un camarade de classe a répondu : dans la fabrique à gifles. L'espace de quelques secondes, l'institutrice enregistra machinalement cette information comme crédible et commença à l'écrire dans le journal de classe. Tous les pères, à cette époque, travaillaient dans des fabriques: de porcelaine, de caoutchouc, de briques, pourquoi pas de gifles. Puis elle se rendit compte de ce qu'elle allait écrire et eut un regard noir, tandis que nous étions morts de rire.

Mais la fabrique à gifles ne faisait pas qu'exister, elle fonctionnait à plein régime. Et produisait des gifles à la chaîne. Je vais mettre en marche la fabrique à gifles, nous avertissait-on régulièrement, s'il nous prenait l'idée de faire quelque chose qui n'était pas permis. En général, c'étaient nos pères qui y travaillaient, ils étaient eux-mêmes des fabriques à gifles, même si les mères ne s'en abstenaient pas. Ni les instituteurs. Et ça a commencé bien avant notre naissance. On raconte que, dans le règlement de l'école de Gabrovo, en 1884, il était écrit : « Sont admis à l'école des enfants qui ont grandi avec des gifles et les supportent.»


Frapper quelqu'un sur la joue ou lui tirer l'oreille était tout à fait dans l'ordre des choses. Je vais te déchirer les oreilles n'était ni une métaphore ni une hyperbole, la prof principale de mon frère lui avait vraiment fendu légèrement le bas du lobe, comme le confirma le médecin de l'école. Je garde le souvenir d'avoir été visé par une craie ou frappé par une baguette, mais celle qui faisait le plus mal en giflant était la prof d'allemand avec sa bague en fer. (Les profs d'allemand sont-elles plus dures que celles de français, ou la langue n'a-t-elle rien à voir avec ça, me demandais-je alors.)

Malgré tout, la menace la plus sérieuse à cette époque-là était toujours : Je vais le dire à ton père! Le père devait être l'épouvantail, le corps disciplinant. Et, dans la plupart des cas, il l'était. «Où est Kirtcho, ses parents le cherchent pour le battre», est demeuré l'une des répliques les plus populaires d'un film bulgare pour enfants. Certains de mes camarades de classe se vantaient même de la dérouillée qu'ils avaient reçue ou qui les attendait le soir. (p 161, 162)


Mon père était l'Atlas qui portait sur ses épaules des tonnes de passé. Et, maintenant qu'il s'en est allé, je sens tout ce passé se fissurer, s'écrouler silencieusement sur moi et me submerger de tous ses après-midi. Les après-midi de l'enfance qui s'écroulent silencieusement. Et je n'ai personne à qui demander de l'aide. (p 210)


Je continue à photographier des fleurs en train de se flétrir, à différents stades de flétrissure, de décoloration, des pétales qui tombent, des pistils et des étamines carrément dénudés, ceux de petites vieilles déjà, ayant dépassé leur fonction de séduction. Fleurs désertées par les abeilles, qui s'en vont... Il y a un chagrin et une beauté propres au flétrissement, mais sans le désespoir accompagnant le vieillissement chez les êtres humains et les animaux. C'est sans doute la raison pour laquelle je continue de prendre en photo des roses, des iris, des tulipes qui s'en vont, des pivoines qui se dépouillent, des arums et des violettes qui pâlissent... La botanique sait mourir en beauté, sans mourir. La botanique en sait encore un peu plus sur la mort. (p 215)


Vu

Cinéma 

Ève de Joseph L. Mankiewicz 

Spectacle 

Strano du cirque Trottola