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dimanche 7 juin 2026

Lu et vu (192)

 Lu

La promenade de Mária Földes

Né sur des pissenlits de Jocelyn Danga

Le printemps s’amuse de Vladimir Tendriakov

Diouchka habitait la rue Jean-Paul-Marat, à Koudelino. Il y était né treize ans plus tôt. À cette époque, à vrai dire, la rue Jean-Paul-Marat n'existait pas, la cité venait juste de naître sur l'emplacement du village de Koudelino, au bord d'une rivière.

Diouchka se souvenait encore des baraquements qu'on démolissait, des maisons qui sortaient de terre, des rues qu'on traçait, rue des Soviets, rue de la Forêt, rue Jean-Paul-Marat, baptisée ainsi parce que, l'année où elle fut bâtie, on commémorait la naissance du révolutionnaire français.

Koudelino possédait une base de transbordement du bois, un port fluvial, une gare de chemin de fer et des entrepôts de bois d'œuvre.

Ces entrepôts formaient toute une ville, presque aussi étendue que la cité elle-même, avec ses rues, ses carrefours et ses impasses sans nom, un étranger aurait pu s'y perdre. Mais les étrangers étaient rares à Koudelino. Quant aux habitants, tous, du plus petit au plus grand, étaient de grands experts en bois de construction: billots, cuvelage, balance, résonance...

Une grue effilée, pareille à une hampe de grille piquée dans le ciel, dominait toute la ville.

Elle était si haute que certains jours de mauvais temps sa flèche se perdait dans les nuages. On l'apercevait à plusieurs kilomètres à la ronde.

Diouchka la voyait des fenêtres de l'appartement. Quand il se mettait à table, il avait l'impression de déjeuner en sa compagnie. La grue était le sujet de conversation de tous les repas. (p14,15)


Sa mère avait un regard fixe, tourné vers l'intérieur. Soudain elle demanda :

— Fedia, tu as oublié ce qui s'est passé il y a quinze ans?

— Il y a quinze ans? Hum!... Quinze ans... Non, je ne vois pas... Dis donc, à propos, comment va ton Grintchenko aujourd'hui?

— Mieux, figure-toi.

—Alors pourquoi cette tête d'enterrement comme si tu avais des pépins à l'hôpital ?

— Comme ça... Je me suis rappelé tout à coup... Il y a quinze ans, la neige avait fondu et les gouttières coulaient comme aujourd'hui.

   Le père, en chemise écossaise au col ouvert, était debout au milieu de la pièce, la chevelure en désordre, très grand. Il regardait sa femme, perplexe.

— Qu'est-ce que ça veut dire? Parle clairement.

— Il y a quinze ans, Fedia, à cette date, tu m'as offert... des narcisses, tu te rappelles?

— Mais oui c'est vrai!... Oui!... La neige avait fondu... Je me rappelle.

—C'est avec ces fleurs que tout a commencé.

—Oui, oui.

— Tu avais l'air emprunté, tu marchais le dos rond... Les fleurs, l'eau qui ruisselait et tes prévenances d'éléphant.

—C'est vrai... Tu m'intimidais..

—Je serrais les fleurs contre moi et je pensais : Seigneur, serait-il possible que je me réveille le matin et que je voie cet éléphant timide pendant des mois, des années. J'avais peine à y croire.

—Nous sommes ensemble, Vera. Depuis quinze ans...

—Vraiment ensemble? Les grues, les tracteurs, les mètres-cubes, les infarctus, les néphrites, nous avons une montagne de soucis entre nous. Plus ça va, plus elle grandit... Tu ne m'as plus jamais offert de fleurs, Fedia. Ces narcisses ont été les premiers et les derniers. (p 28-30)


Alexandre Matrossov, pour sauver des camarades, boucha de son corps l'embrasure d'une mitrailleuse. Alexandre Matrossov est une grande âme, un héros sur lequel on a écrit des livres. Jusqu'alors, des grandes âmes, des hommes qui se sacrifient, qui donnent leur vie pour leurs amis, Diouchka n'en avait rencontré que dans les livres.

À Koudelino, il n'avait jamais observé quelqu'un de ce genre. Un héros, semblait-il, se devait d'être grand, large d'épaules, beau de visage.

Minka avait les épaules étroites, une voix aigrelette. Minka habitait tout près, dans la rue Marat, et n'avait rien d'un héros, c'était le plus chétif et le plus peureux des garçons de la classe.

Voilà que Minka s'était dressé contre Sanka! Qui ne le lui pardonnerait pas. Minka avait volontairement gâché sa vie pour sauver un ami.

Il s était sacrifié.

Dire que Diouchka avait toujours un peu méprisé Minka, plus faible, plus timide.

Rimka avait eu un mouvement de recul devant Diouchka, Liovka Haiser n'en voulait plus pour ami, à la maison, Diouchka avait piqué une crise de nerfs. Il se dégoûtait. Est-ce bien la peine de vivre quand on est comme ça? A quoi sert-on? Pourtant, quelqu'un tenait à lui ! Était prêt à mourir pour lui.

Minka, Minka... (p 143, 144)


Les premiers camions passèrent en grondant. La journée commençait et le père n'était toujours pas là. Sa mère allait d'une pièce à l'autre, ayant gardé sur elle sa blouse d'hôpital. Diouchka pensait à ce qu'elle avait dit, à son désir de redevenir enfant et d'être caressée. Il regardait par la fenêtre et attendait son père dont la présence était si nécessaire en cet instant. Klimovna servait le petit déjeuner et Diouchka dut s'éloigner de la fenêtre.

Son père se dressa sur le seuil, portant avec précaution un paquet enveloppé de papier journal qu'il tenait à deux mains. Son sourire était si grand, si gai que Diouchka sourit lui aussi.

— Tiens! C est pour toi !

Il s'avança et mit dans les bras de sa femme le paquet léger comme une plume. Elle jeta un coup d'œil à l'intérieur et devint toute rose.

—D'où viennent-elles?

—Tant pis, je vais me vanter : cette nuit, je suis allé en ville, avec la vedette..

—Même en ville, c'est impossible à trouver en pleine nuit.

— Eh bien... (Il fit un clin d'œil à Diouchka.) Je les ai prises dans un massif de fleurs... Il n'y avait pas d'agent, j'ai fait vite et... j'ai filé!

   En bateau, il n'y avait pas moins de cent kilomètres jusqu'à la ville, le retard du père n'était guère étonnant.

'—Maman, qu'est-ce que c'est ?

   Elle sortit délicatement du papier froissé un bouquet frémissant de fleurs blanches au cœur dentelé. Diouchka devina tout de suite que c’étaient des narcisses bien qu'il n'en ait jamais vu. Les narcisses ne poussaient pas à Koudelino et, quand son père en avait offert à sa mère, Diouchka n'était pas encore de ce monde. (p 168, 169)

Vu 

Exposition 

L’art au service des travailleurs au musée des Beaux-Arts de Pau

Romain Bely pour Sud-Ouest dimanche (extraits)


Le Musée des Beaux-Arts poursuit la redécouverte de ses collections.

Cet été, il s'intéresse à « l'art au service des travailleurs ». Une relation complexe du désintérêt à la lumière en repassant par l'ombre...


Sud-ouest dimanche de ce jour


« Cela fait un an et demi que je suis ici et que je recherche des expositions qui mettent en valeur nos collections », indique Fabien Leclerc, le directeur du musée des Beaux-Arts de Pau, alors qu'il pousse les rideaux de la première salle d'exposition temporaire. « Ce sont parfois des expositions extérieures appuyées par deux ou trois œuvres du musée. Avec cette exposition, c'est l'inverse. L’ambition est de montrer en majorité des oeuvres de notre collection.»

Le musée des Beaux-Arts palois a été créé en 1860 et compte nombre de tableaux réalistes de la seconde moitié du XIXe siècle. Pour les présenter, le thème du travail a été envisagé mais le champ était trop vaste. Le zoom s'est arrêté sur les travailleurs et comment l'art rend leur rend service, les représente ou les ignore. Car c'est bien de cela qu'il est question dans la première salle de ce parcours.

« Ce thème du travail n'est pas nouveau au XIXe siècle, il a déjà été évoqué sans pour autant se concentrer sur les gens qui travaillent, poursuit le directeur du musée. (…) Le travailleur amène de la figuration mais il n'est pas central »



Les temps changent dans la deuxième salle. Avec Zola ou Flaubert, le courant réaliste imprègne la France à partir des années 1860.

Les classes sociales populaires deviennent sujets artistiques. «On montre des travailleurs plus popumaires, des gens qui travaillent et dorment dans la rue. Les lingères notamment, une grande corporation parisienne de l'époque, qu'on représente ici avec leur tas de linge sur le dos.» Les peintres dénoncent les conditions de travail de ces populations qui cuvrent jusqu'à quatorze heures par jour pour des salaires de misère. » Le visiteur redécouvrira ici un Degas qu'il connaît par cœur : « Le Bureau de coton à La Nouvelle-Orléans » et cet homme qui parcourt les cours de la marchandise sur son journal. Il voisine avec un autre tableau du maître : les « Repasseuses » où une première ouvrière baille sans retenue tandis que sa voisine s'acharne avec son fer. »

Sur l'autre mur, deux photographies de gens travaillant dans les mines du Forez, près de Saint-Etienne, en1895. Ainsi que d'œuvres qui n'ont pas été exposées depuis longtemps représentant des ouvriers espagnols à Pau.

Trois grandes toiles sombres de la Béarnaise Isabelle Vénat, qu'on retrouvera dans la quatrième salle. Cette peintre qui essuya les remarques misogynes à l'époque est l’une des découvertes de cette exposition. 

Troisième univers, celui des luttes sociales. « La seconde moitié du XIXe c'est aussi l'essor des droits des travailleurs. Y a des syndicats dans toutes les professions avec la loi Waldeck Rousseau de 1884 après la grève des mineurs d'Anzin, près de Valenciennes.

Le grand tableau de Jules Adler, « La grève au Creusot » montre cette nouvelle réalité. Au XIXe siècle, les usines Schneider au Creusot sont les plus grandes de France. En 1898, l'accélération des cadences essore les salariés qui se mettent en retrait. Un tableau XXL qui marque par le visage de son personnage central, ses grands drapeaux bleu blanc rouge et cette ligne de mains qui se tiennent en tête de cortège. L'une des œuvres les plus iconiques du Musée.

La dernière grande salle raconte l'évolution des regards du XIXe au XXe siècles. Le labeur toujours, avec un exceptionnel quadriptyque d'un marché aux bestiaux place de Verdun attire tous les regards. Il a été réalisé par Camille-Félix Bellanger en 1921 et acheté par le Musée en 2003 après avoir longtemps décoré un intérieur qu'on devine assez spacieux. Un nouveau grand tableau d'Isabelle Venat présente « Deux orphelines »: une des sœurs est en train de recoudre un drap, l'autre écrit sur un carnet. Quatre gravures représentent la prostitution dans les années 1920-1930.

Place enfin à l'art moderne et aux nouveaux combats. Deux travailleurs noirs au bord de leau avec des énormes blocs de béton et une femme nue. Une toile aux couleurs vives montre un ouvrier du rail qui scie la voie après un déraillement. Une autre boucherie apparait mais cette fois, le patron est au centre de la toile. Ramiro Arrue dépeint de pêcheurs basques dans les arrondis dont il a le secret.

Puis soudain, « il y a moins de représentation des travailleurs, observe Fabien Leclerc. Ils reprennent une place secondaire. »

Le décor importe plus que l'incarnation. Un balancier définitif ?

Pas tout à fait, puisqu'une dernière petite salle nous attend qui campe tantôt des ouvriers en rang d'oignons dans une usine de RDC.

La photographie de Sammy Baloji dénonce le néocolonialisme industriel en faisant apparaître ces petites fourmis au pied du mastodonte de fer qui doit servir à extraire le vivre des mines du Katanga.(…)


Henri Cueco

Uzerche 1929 - Paris 2017

La Capture du rhinocéros

1970

acrylique et laque sur toile

achat de la Ville avec le concours du FRAM Aquitaine,

2004


 Témoignage d'une époque traversée par de nombreuses turbulences sociales, politiques ou idéologiques, mais aussi par un formidable espoir de renouveau, La Capture du rhinocéros, exécutée en 1970, relève de la série dite des Hommes rouges, thème traité par l'artiste de 1968 à 1971.

Signe d'un engagement fort, Henri Cueco représente dans cette toile, comme une révolution en marche, les manifestations et les combats que mènent les hommes pour s'affranchir des normes devenues contraignantes et inadaptées.

Inspiré par la pièce d'Eugène lonesco, Rhinocéros, fustigeant les comportements de la foule qui cède à une épidémie de rhinocérite, métaphore des dérives du fanatisme et des systèmes totalitaires, l'artiste, tout en évoquant conflits et contestation, milite ostensiblement pour l'émancipation des peuples.

Pour exprimer cette révolte, Henri Cueco a recours à d'imposants aplats de couleurs primaires qui contrastent avec la violence de la scène. Rehaussés d'une laque brillante, ils ne sont pas sans évoquer les codes esthétiques des médias et de la publicité. L'aliénation décrite par Eugène lonesco fait ainsi écho à celle, montante, de la société de consommation, que les artistes de la figuration narrative entendaient dénoncer.

Au-delà de son importance pour le fonds grandissant consacré à la figuration narrative, cette importante composition, acquise en 2004, compte désormais parmi les œuvres les plus significatives de la seconde moitié du XX* siècle du musée des beaux-arts de Pau.

Cinéma 

Bait de Mark Jenkin

Mémoire de nos pères de Bernard Semerjian et Jacques Augié 

La République des Pyrénées, 4 juin 2026

vendredi 5 juin 2026

vieillir (136)

une visite à son grand-père, presque cent ans, le fauteuil roulant et un coin à l’ombre sous les grands chênes, une complicité venue de loin quelques rires et le moment de se séparer, fauteuil en sens inverse, l’ascenseur, la chambre, le petit-fils va refermer la porte, s’en aller et sa voix, celle du temps d’avant, altière urbaine et policée Je ne sais pas qui vous êtes jeune homme mais grâce à vous, j’ai passé un excellent moment, je vous remercie 

jeudi 4 juin 2026

récup’ (7)

 

boire, prendre un bain ou plus simplement marquer une pause là, le champ était ouvert 

mercredi 3 juin 2026

Petites choses (156) qui réjouissent le cœur

 


Basse-Plante, commodément assis face au château, un homme plongé dans sa lecture par un frais dimanche matin 

mardi 2 juin 2026

Petites choses (155) à savourer


 elles en font leur miel de la Vallée Heureuse à Gelos, les abeilles 

lundi 1 juin 2026

parole de (15) podologue

les semelles s’échappent de la sandale, elle C’est rien, on va scratcher, regardez, il ne faut pas se tromper, la partie féminine doit être de votre côté, oui, féminine, touchez, vous sentez ? c’est doux, pour ça qu’on dit comme ça, de l’autre côté c’est la colle