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Exposition
L’art au service des travailleurs au musée des Beaux-Arts de Pau
Romain Bely pour Sud-Ouest dimanche (extraits)
Le Musée des Beaux-Arts poursuit la redécouverte de ses collections.
Cet été, il s'intéresse à « l'art au service des travailleurs ». Une relation complexe du désintérêt à la lumière en repassant par l'ombre...
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| Sud-ouest dimanche de ce jour |
« Cela fait un an et demi que je suis ici et que je recherche des expositions qui mettent en valeur nos collections », indique Fabien Leclerc, le directeur du musée des Beaux-Arts de Pau, alors qu'il pousse les rideaux de la première salle d'exposition temporaire. « Ce sont parfois des expositions extérieures appuyées par deux ou trois œuvres du musée. Avec cette exposition, c'est l'inverse. L’ambition est de montrer en majorité des oeuvres de notre collection.»
Le musée des Beaux-Arts palois a été créé en 1860 et compte nombre de tableaux réalistes de la seconde moitié du XIXe siècle. Pour les présenter, le thème du travail a été envisagé mais le champ était trop vaste. Le zoom s'est arrêté sur les travailleurs et comment l'art rend leur rend service, les représente ou les ignore. Car c'est bien de cela qu'il est question dans la première salle de ce parcours.
« Ce thème du travail n'est pas nouveau au XIXe siècle, il a déjà été évoqué sans pour autant se concentrer sur les gens qui travaillent, poursuit le directeur du musée. (…) Le travailleur amène de la figuration mais il n'est pas central »
Les temps changent dans la deuxième salle. Avec Zola ou FlauBert, le courant réaliste imprègne la France à partir des années 1860.
Les classes sociales populaires deviennent sujets artistiques. « On montre des travailleurs plus popumaires, des gens qui travaillent et dorment dans la rue. Les lingères notamment, une grande corporation parisienne de l'époque, qu'on représente ici avec leur tas de linge sur le dos. » Les peintres dénoncent les conditions de travail de ces populations qui cuvrent jusqu'à quatorze heures par jour pour des salaires de misère. » Le visiteur redécouvrira ici un Degas qu'il connaît par cœur : « Le Bureau de coton à La Nouvelle-Orléans » et cet homme qui parcourt les cours de la marchandise sur son journal. Il voisine avec un autre tableau du maître : les « Repasseuses » où une première ouvrière baille sans retenue tandis que sa voisine s'acharne avec son fer. »
Sur l'autre mur, deux photographies de gens travaillant dans les mines du Forez, près de Saint-Etienne, en1895. Ainsi que d'œuvres qui n'ont pas été exposées depuis longtemps représentant des ouvriers espagnols à Pau.
Trois grandes toiles sombres de la Béarnaise Isabelle Vénat, qu'on retrouvera dans la quatrième salle. Cette peintre qui essuya les remarques misogynes à l'époque est l’une des découvertes de cette exposition.
Troisième univers, celui des luttes sociales. « La seconde moitié du XIXe c'est aussi l'essor des droits des travailleurs. Y a des syndicats dans toutes les professions avec la loi Waldeck Rousseau de 1884 après la grève des mineurs d'Anzin, près de Valenciennes.
Le grand tableau de Jules Adler, « La grève au Creusot » montre cette nouvelle réalité. Au XIXe siècle, les usines Schneider au Creusot sont les plus grandes de France. En 1898, l'accélération des cadences essore les salariés qui se mettent en retrait. Un tableau XXL qui marque par le visage de son personnage central, ses grands drapeaux bleu blanc rouge et cette ligne de mains qui se tiennent en tête de cortège. L'une des œuvres les plus iconiques du Musée.
La dernière grande salle raconte l'évolution des regards du XIXe au XXe siècles. Le labeur toujours, avec un exceptionnel quadriptyque d'un marché aux bestiaux place de Verdun attire tous les regards. Il a été réalisé par Camille-Félix Bellanger en 1921 et acheté par le Musée en 2003 après avoir longtemps décoré un intérieur qu'on devine assez spacieux. Un nouveau grand tableau d'Isabelle Venat présente « Deux orphelines »: une des sœurs est en train de recoudre un drap, l'autre écrit sur un carnet. Quatre gravures représentent la prostitution dans les années 1920-1930.
Place enfin à l'art moderne et aux nouveaux combats. Deux travailleurs noirs au bord de leau avec des énormes blocs de béton et une femme nue. Une toile aux couleurs vives montre un ouvrier du rail qui scie la voie après un déraillement. Une autre boucherie apparait mais cette fois, le patron est au centre de la toile. Ramiro Arrue dépeint de pêcheurs basques dans les arrondis dont il a le secret.
Puis soudain, « il y a moins de représentation des travailleurs, observe Fabien Leclerc. Ils reprennent une place secondaire. »
Le décor importe plus que l'incarnation. Un balancier définitif ?
Pas tout à fait, puisqu'une dernière petite salle nous attend qui campe tantôt des ouvriers en rang d'oignons dans une usine de RDC.
La photographie de Sammy Baloji dénonce le néocolonialisme industriel en faisant apparaître ces petites fourmis au pied du mastodonte de fer qui doit servir à extraire le vivre des mines du Katanga.(…)
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Henri Cueco Uzerche 1929 - Paris 2017 La Capture du rhinocéros 1970 acrylique et laque sur toile achat de la Ville avec le concours du FRAM Aquitaine, 2004 |
Témoignage d'une époque traversée par de nombreuses turbulences sociales, politiques ou idéologiques, mais aussi par un formidable espoir de renouveau, La Capture du rhinocéros, exécutée en 1970, relève de la série dite des Hommes rouges, thème traité par l'artiste de 1968 à 1971.
Signe d'un engagement fort, Henri Cueco représente dans cette toile, comme une révolution en marche, les manifestations et les combats que mènent les hommes pour s'affranchir des normes devenues contraignantes et inadaptées.
Inspiré par la pièce d'Eugène lonesco, Rhinocéros, fustigeant les comportements de la foule qui cède à une épidémie de rhinocérite, métaphore des dérives du fanatisme et des systèmes totalitaires, l'artiste, tout en évoquant conflits et contestation, milite ostensiblement pour l'émancipation des peuples.
Pour exprimer cette révolte, Henri Cueco a recours à d'imposants aplats de couleurs primaires qui contrastent avec la violence de la scène. Rehaussés d'une laque brillante, ils ne sont pas sans évoquer les codes esthétiques des médias et de la publicité. L'aliénation décrite par Eugène lonesco fait ainsi écho à celle, montante, de la société de consommation, que les artistes de la figuration narrative entendaient dénoncer.
Au-delà de son importance pour le fonds grandissant consacré à la figuration narrative, cette importante composition, acquise en 2004, compte désormais parmi les œuvres les plus significatives de la seconde moitié du XX* siècle du musée des beaux-arts de Pau.
Cinéma
Bait de Mark Jenkin
Mémoire de nos pères de Bernard Semerjian et Jacques Augié
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| La République des Pyrénées, 4 juin 2026 |


















