sur les quais, de la propreté dans le métro de Madrid
"Le dire ne console pas de ce qui reste à dire."
soixante-quinze ans passés, elle était en train de terminer de préparer sa soupe, les poireaux et le thym si tu veux que ça parfume, il faut les ajouter en dernier, c’est la clé, puis tournée vers sa cuisinière, elle avait repris les petits bavardages habituels, des remarques sur les voisins, le temps qu’il fait, les poules qui donnent ou ne donnent plus et lâché soudain un Le fils Idioin il a pas une belle tête mais il a de belles fesses qui résonne encore
Lu
Une trajectoire exemplaire de Nagui Zinet
La Survivance de Claudie Hunzinger
Toute une moitié du monde d’Alice Zeniter
Cet enfant de Joël Pommerat (théâtre)
LE FILS (explosant). S'il te plaît... je n'ai pas envie de te parler... surtout... ne me fais pas dire ce que j'ai sur le cœur, s'il te plaît.... tu es tellement fier de ton éducation... tu es tellement fier de ta loi celle que tu as réussi à m'imposer... tu es tellement fier de ta force... tu es tellement fier du résultat. (Il se lève.) Regarde comme tu peux être fier du résultat... Regarde-moi, oui, tu peux être fier, tu m'as dressé comme il faut... Tu m'as bien dressé, jamais tu n'as eu à te plaindre de moi... Je ne t'ai jamais coupé la parole à table... Je ne t'ai jamais manqué de respect devant tes invités... Je n'ai même jamais pris la parole en ta présence avant que tu m'autorises à le faire... même lorsque nous étions en famille... même aujourd'hui, tu ne peux pas imaginer comment je dois prendre sur moi pour arriver à te parler... pour oser te parler... Parce que je t'ai toujours craint sans que tu aies besoin pour cela d'élever la voix... Tu m'as terrorisé toute mon enfance, toute mon adolescence, toute ma jeunesse... Oui, tu peux être fier... Je t'ai craint comme un enfant doit craindre son père selon toi... et même encore aujourd'hui, alors que tu es là dans un coin sur ta chaise toute la journée... et qu'on t'entend à peine parce que tu parles toujours à mi-voix, comme si tu avais peur de déranger... eh bien oui j'ai peur, je continue à te craindre à trembler à l'intérieur... J'ai peur de toi... dès que tu rentres dans la même pièce que moi... dès que tu t'approches de moi... dès que tu m'adresses la parole, je me sens mal j'ai des nausées je sens monter en moi une vraie peur à l'intérieur... c'est plus fort que moi. J'aimerais tellement me débarrasser de cette peur... cette peur m'épuise elle me fatigue elle me détruit... Si je suis agressif la plupart du temps je sais bien que c'est pour essayer de camoufler cette peur... mais j'aimerais tellement pouvoir en finir avec cette agressivité, cette agressivité avec les autres et avec moi-même... J'aimerais tellement, j'aimerais tellement épargner à mon propre fils cette peur... J'aimerais tellement lui épargner cela...
J'aimerais tellement que mon fils puisse me regarder sans ressentir cette peur, sans trembler...
J'aimerais tellement pouvoir m'approcher de mon fils sans lire de l'angoisse et de la peur dans son regard.. Excuse-moi, papa, mais j'aimerais tellement être avec mon fils autrement que ce que tu as pu être avec moi... J'aimerais tellement que mon fils puisse ressentir pour moi autre chose que ce que je peux ressentir moi pour toi... J'aimerais tellement j'aimerais tellement cela, si cela pouvait être possible... Excuse-moi, j'aimerais tellement être différent de toi.
Il sort. Restent le père et la belle-fille. Sans voix.
(p 26, 27)
Vu
Cinéma
Le Sud de Victor Erice
Rue Málaga de Maryam Touzani
Spectacle
Imminentes de Jann Gallois
des pas pressés derrière vous, une jolie frimousse à votre hauteur, valise à roulettes, petit sac, elle a couru pour vous rattraper Vous vous souvenez de moi? un prénom italien léger et dansant On faisait du théâtre, le Petit Prince, si loin tout ça, j’étais amie avec Delphine, d’ailleurs on continue à partir en vacances ensemble, tenez je vais vous montrer une photo de nous en sixième, coin de trottoir, le s’étire joyeusement sous la pluie Tu as cinq minutes, on prend quelque chose ? coup d’œil rapide à sa montre, elle a une montre, j’ai cinquante minutes, je dois prendre le bus pour Morlaas, ma grand-mère m’attend, on vit ensemble toutes les trois avec ma mère, plus tard devant un chocolat, moi aussi j’avais envie d’un chocolat, je suis en médecine à Bordeaux, cinquième année, oui le concours bientôt, presque une indifférence, j’aimerais être gérontologue mais je ne veux pas faire que ça, je fais du théâtre, un super prof, on monte nos propres textes, je lis toujours, La servante écarlate, oui. c’est bien, la série aussi, le ciné, vous avez vu La Fille de Feu ? dans un élan, comme un espoir, vous avez aimé aussi ? des coups d’œil à sa montre et soudain il est presque trop tard, elle s’échappe en courant