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| vers dix heures, avant la passerelle de Gelos |
à la fraîche, sous les grands arbres, le long du gave
"Le dire ne console pas de ce qui reste à dire."
Lu
Djamila de Tchinghiz Aïmatov
J'étais bouleversé. La steppe semblait avoir soudain fleuri, elle bougea, écarta les ténèbres et, dans cette steppe vaste, j'aperçus deux amoureux. Et eux ne me remarquaient point, tout comme si je n'avais pas existé. Je marchais et les regardais, qui, ayant oublié tout au monde, ensemble se balançaient en mesure avec la chanson. Et je ne les reconnaissais plus. C'était pourtant toujours Daniiar, dans sa chemise de soldat, dégrafée, élimée, mais ses yeux, semblait-il, brûlaient dans l'obscurité. C'était toujours ma Djamilia serrée contre lui, si timide et silencieuse, des pleurs étincelants à ses cils. Ils étaient des êtres nouveaux, merveilleusement heureux.
Est-ce que ce n'était pas là le bonheur? Car tout cet énorme amour de la terre natale qui avait en lui engendré cette musique inspirée, Daniiar lui en avait entièrement fait hommage, c'était pour elle qu'il chantait, il la chantait.
Cette même incompréhensible émotion qui me venait toujours des chansons de Daniiar à nouveau s'empara de moi. Et soudain ce que je voulais me devint clair. Je voulais les peindre.
Je m'effrayai de mes propres pensées. Mais le désir était plus fort que la peur. Je les peindrai tels que les voilà, heureux! Oui, tels que les voilà, à cette heure! Mais le pourrai-je? J'avais la respiration coupée de peur et de joie. Je marchais dans un oubli doucement enivré. J'étais heureux, moi aussi, parce que je ne savais pas encore combien dans l'avenir ce désir audacieux me réservait de difficultés. Je me disais que la terre, il fallait la voir comme Daniiar la voyait, qu'avec des couleurs c'était la chanson de Daniiar que je raconterais, que j'aurais aussi des montagnes, la steppe, des gens, les herbes, les nuages, les rivières. J'en vins même alors à penser : « Et où je vais les prendre les couleurs? On n'en donne pas à l'école : ils en ont besoin pour eux-mêmes! » Comme si toute l'affaire avait résidé seulement en cela.
La chanson de Daniiar s'interrompit inopinément. C'était Djamilia qui l'avait étreint avec frénésie, mais aussitôt elle s'était rejetée en arrière, arrêtée un instant, elle s'était jetée de côté et avait sauté à bas de la britchka. Daniiar, indécis, tira les rênes, les chevaux firent halte.(99, 100)
Des jours et des nuits à Chartres de Henning Mankell (théâtre)
Le serment d’Europe de Wadji Mouawad (théâtre)
Vu
Cinéma
Certains l’aiment chaud de Billy Wilder
Une année italienne de Laura Samani
Théâtre : retour d’atelier de la Compagnie L’Auberge Espagnole
Résiste réunit deux propositions théâtrales:
Deux histoires où la vie personnelle des protagonistes va être bouleversée par la dure réalité de la mondialisation.
Une directrice de casting perd tout à cause du rachat de son entreprise par une société étrangère: pouvoir, chute vertigineuse, trahison, cynisme.
Un groupe d'ouvrier·ères dont l'outil de travail est délocalisé en Chine s'organise pour lutter, protester, se défendre tandis que l'une d' elles participe à un concours de chant. Entre paillettes et huile de moteur, télé-crochet et usine, garde d'enfants et manifestations, quand le quotidien est bouleversé par la nécessité de faire des choix pour s'en sortir, rêver et lutter.
un bébé hirondelle tombé du nid dans les mains, une échelle posée contre la poutre de l’étable, il s’apprête à poser le pied sur le premier échelon, elle surgit et l’observe Ah ! Tu veux la remettre avec les autres, c’est vrai qu’avec tous les chats qu’on a en ce moment, puis tourne vire s’agite, mais tu sais qu’elle boîte cette échelle, manquerait plus que tu tombes, attends, je vais te la tenir, lui imperturbable tâte, premier nid les oisillons sont plus grands que celui qu’il tient dans les mains, deuxième plus petits, le troisième semble le bon, pas de rejet quelques heures plus tard, à deux une opération sauvetage du bébé hirondelle réussie, ils sont contents, depuis tout le monde a pris son envol, une année à hirondelles, une comme ça, longtemps qu’on n’avait pas vu
trois hommes au comptoir, d’eux seulement leur dos, l’un parle fort, grands gestes, faconde, intarissable, les deux autres se taisent, subissent peut-être, les femmes, ses conquêtes, il déroule, tout le monde en profite, puis une pause, il reprend son souffle, conclusion qui sait, C’est vrai que je suis un homme volatil
on s’attarde sur le parking comme au temps où on était collègues il y a une trentaine d’années mais parking du cinéma cette fois, avec eux du coin un autre couple ami, On va pas se quitter comme ça, vous allez monter chez nous, à vous, ils habitent la colline au-dessus du gros bourg Mais si, viens, tu as peur de conduire la nuit ou quoi ? lui quatre-vingt-huit, elle quatre- vingt-quatre, Soixante-dix c’est rien, un boulevard encore, cinquante, ça m’a fait un peu, je me souviens, elle s’attarde, si loin tout ça et quatre-vingts, son regard droit dans les yeux, oui ça marque, puis elle enchaîne prévient, on n’a pas grand chose, on est rentré hier, l’autre couple, et nous ce midi, on va partager, Je vais chercher du pain à la maison, à son retour un tiers de baguette et quelques conserves de plus dans ses mains Tu les as trouvées où ces feuilles de vigne ? une dînette s’improvise, c’est vrai qu’il n’y a pas grand chose, des planchas avec un pot de paté, un pot de rillettes, couteau fièrement planté, un petit bout de brebis, on prend toujours chez … de Lys, on l’aime bien, on change pas, du vin, vous n’oseriez pas, et pourtant la chaleur d’une àmitié toujours vive, le bonheur de les retrouver égaux à eux-mêmes, curieux, attentifs, passionnés, enthousiastes, rentrer dans la nuit bien avancée et y penser en marchant le matin par le parc du château, le sourire toujours aux lèvres