dès la porte leur mine réjouie, On vient d’avoir François au téléphone, Ça y est, on a fourré le blini, oui, sa façon d’annoncer qu’elle est enceinte, ils rient amusés, ce François quand même, et voilà on va devenir grands-parents
« Dans la voiture elle avait menacé d'ouvrir la portière et de sauter si Gilles ne lui promettait pas de lui faire très vite un petit ; elle répétait ce mot et il avait pensé aux petits veaux, un petit qui serait mieux que Jordan, oui, moins mou, moins nouille, une fille, voilà, elle voulait une fille, les filles sont plus malignes et plus proches des mamans, ça serait une fille, elle en était certaine. Au café, il n'avait plus été question de la copine et, après une deuxième bière, elle était partie aux toilettes en criant qu'elle allait vomir, elle avait trop envie de vomir, elle était déjà enceinte ; elle se tapait sur le ventre, il est là le fayot, il est là, bien accroché, elle va s'accrocher ma fille, ta fille. Il ne savait plus où se mettre, il aurait voulu disparaître. » Hors Champ de Marie-Hélène Lafon (p 95,96)
un bout de fil dépasse de la robe seconde main, à la vente une septuagénaire souriante Tiens, on a oublié de payer la couturière, regard perplexe de l’acheteuse, même génération On disait comme ça chez moi. Pas chez vous ?
elle est assise au coin de sa souillarde, genoux en travers, jamais tout à fait en face de sa place à table, génération prête à se lever pour servir l’un ou l'autre, à commencer par le mari, Tu sais ce qu’elle disait ttantta Maialen, qu’au retour d’âge, elle avait eu moxkottzeko enbeia l’envie de s’enivrer et du mal à se retenir, ça lui commandait
quel âge, la soixantaine, peut-être moins, la rue abîme, bermuda et tongs, un bob, des journées entières sur un banc au soleil, autour de lui, à ses pieds, une panoplie d’écriteaux en carton, ce banc sa tribune et malgré la dèche sensible, grosse tirelire posée à côté de lui, la noblesse d’un maintien, une voix agréable et bien posée, il aurait été journaliste, bijoutier, enseignant, chacun de supputer, une figure du centre-ville, toujours quelqu’un près de lui, jeune vieux, homme femme, debout assis, oreille tendue vers sa parole, en passant saisir un Aujourd’hui des produits contre, tu parles, les moustiques les tigres et les autres sont morts de rire
trois jeunes gens, ils parlent fort, grands gestes, au Ah ! non pas la purée, ça colle au palais, Je te dénigre pas la morue mais et ses yeux brillent. je l’aime que dans les acras, les deux autres approuvent, l’un Oui, alors, les acras, ça fracasse, une journée de Ramadan les attend, ils descendent au lycée
une tape sur l’épaule, se retourner, un temps pour la reconnaître hors de son cadre professionnel, se sourire, dans ses mains une corbeille de pétales, penser mercredi, pas un jour de mariage, les désigner et dire pourtant Un heureux événement ? Pas exactement, une rougeur subite, les yeux s’embuent, la caisse et elle sort, le fleuriste Ça se fait maintenant pour les enterrements, on les lance au moment de l’inhumation.
passer au marché des forains, un écriteau sur un portant de vêtements Arrivage frais, comprendre l’idée mais une gêne, pas le mot juste, chercher machinalement à le rétablir, récent peut-être, oui, ce doit être ça, arrivage récent
- J’ai vu Manal dans le bus, tu vois qui c’est ? à peine reconnue, incroyable ce qu’elle a changé, élégante, gracieuse, pantalon noir et chemisier ivoire fluide, en première année de médecine. - Sûr, de celles qu’on n’oublie pas, en guerre contre le monde entier et tout le temps une tête de petite à qui on vient de prendre sa poupée
On les a connus radieux, jeunes, grands, beaux, des enfants brillants. Il l’a quittée. La croiser changée. Un ancien collègue à vos côtés Ce n’était pas Madame… ? Une hésitation, acquiescer. Lui Elle a pris cher.
accompagner un groupe d’élèves à la demande d’une ancienne collègue, bousculades, brouhaha, tiens quatre ans plus tard, ils ne disent plus trop à tout bout de champ, genre, oui encore pour par exemple et un mot surnage Quand j’étais grave petit… c’était grave bien ou encore une autre à sa copine Il faut que tu réfléchisses si c’est vraiment ça que tu veux faire parce que sinon tu te mets grave la pression pour rien
Elle raconte Mon mari, un peu plus vieux que moi, me voulait toute à lui mais quand j’ai eu presque quarante ans il m’a dit Je vois combien c’est important pour toi, un enfant on va tenter, c’est maintenant ou jamais, on avait visé ce week-end là, si ça marchait ce qui dérangerait le moins nos vies, elle s’illumine de l’intérieur et se redresse, je revois ces deux jours, la montagne, le torrent, notre petite tente, la grande natte aux étoiles et même pas deux semaines plus tard, des vertiges la nausée, ni une ni deux, je fonce à la pharmacie, un peu tôt, on me dit, on pourra le refaire, pas besoin, grand rire victorieux, Bingo, positif le test de la lapine ! regards interloqués, Test de la lapine ? Ah ! Vous connaissez pas ? je suis née en 47, on disait comme ça alors.
sûr, elle ferait tout pour vous attirer chez elle, unemise en garde, la leçon était répétée, on savait, dès qu’elle voulait des nouvelles c’était comme ça, alors un biscuit, un bonbon, un peu de chaud par temps d’hiver, refuser, ne pas rentrer, ne pas dire, ne pas répondre, parce que tirer les vers du nez et se répandre, sa spécialité à la voisine, oui, on savait, elle insistait encore au-dehors, ils n’ont pas besoin de savoir, sentiment de terrain miné, son haussement d’épaules, un rire convulsif, elle concluait Chez nous, c’est pire que le KGB le rires’effritait, c’était là, une douleur tue, une douleur enfouie
chaleur d’un jour d’été, vous êtes attendue, personne sur le seuil, coincé dans la porte d’entrée, sur un bon gros bout de carton récupéré, bien visible, un mot au feutre
Élize, Mets-toi au frais. On est partis tirer un veau à Borde-Sallabure. À tout à l’heure.
« Nietotchka Vassilievna Iliachenko, ainsi que je la nommerai néanmoins, plongea une main dans le vagin d'une vache pleine pour attraper le veau par un pied. Elle avait le bras enfoncé jusqu'au coude dans le vagin de l'animal. Elle l'en retira et nous fit comprendre qu'elle ne trouvait pas le pied. La poche des eaux se rompit et gicla, nous éclaboussant, moi et son benjamin qui étions accroupis devant la vache, sur le pantalon, les mains et le visage. Je fis la grimace, comme à chaque fois que quelqu'un claque l'un contre l'autre les revers de ses mains mouillées et m'éclabousse le visage des gouttes restées sur ses doigts. De nouveau elle plongea la main dans le vagin, et à l'expression de son visage je compris qu'elle venait d'attraper un pied. Elle arriva enfin à le sortir, y noua la corde à veau qui était attachée à un petit bâton. Nietotchka Vassilievna enfonça de nouveau la main dans le vagin de la vache pour fixer la deuxième corde à la deuxième patte du veau. Une échelle était posée au sol de manière à buter contre le rebord de la rigole où s'écoulait l'urine des animaux. Le benjamin de Nietotchka Vassilievna et moi, un genou au sol, l'autre jambe tendue contre un barreau de l'échelle, nous tirions, lentement et en rythme, l'un puis l'autre, sur les deux cordes, tandis que Nietotchka Vassilievna, elle, écartait de ses mains le vagin de la vache pour que le crâne du veau puisse glisser au-dehors.
Nous apercevions déjà la langue bleue qui pendait hors de la gueule du veau, le mufle rose bleuté, et quand apparut la tête, nous tirâmes de toutes nos forces sur les cordes attachées aux pattes avant de cette apparition. Le veau avait encore le cou retenu par le col du vagin lorsqu'il ouvrit les yeux et regarda les visages de tous les accoucheurs. Le corps du nouveau-né vint à la suite en se tordant comme un serpent, puis il fut couché dans la paille, maculé de sang et de mucus. J'étais présent lorsqu'à cinq heures du matin, les yeux que venait d'ouvrir pour la première fois ce veau nouveau-né se révulsèrent, que sa tête s'affaissa et que Nietotchka Vassilievna s'écria Mon Dieu, le veau! Je frottai le corps trempé de mucus de l'animal, lui massai le cœur, bougeai ses pattes. Il me semblait sentir au-dessus de ma tête le courant d'air provoqué par des hirondelles noires qui volaient vers la fenêtre. Dépassant par la fenêtre de l'étable éclaboussée de bouse, les fleurs ouvertes des deux abricotiers assistaient à la naissance. Je vis Nietotchka Vassilievna plonger la main dans la gueule du nouveau-né, en extirper la langue bleue et la débarrasser du mucus pour qu'il ne s'étouffe pas. Je sortis de l'étable et courus à travers la cour pour aller chercher au garde-manger de l'eau-de-vie, l'alcool de tête, pour la faire couler sur le nombril du nouveau-né afin, selon les mots de Nietotchka Vassilievna, de le désinfecter.
Elle étendit l'animal sur le dos. Je regardai le cordon ombilical rompu, encore sanglant, et renversai le verre d'eau-de-vie.
Encore un peu, dit Nietotchka Vassilievna, vas-y, verse encore, voilà, ça suffit. Il se passa bien un quart d'heure avant que nous puissions commencer à nous dire que l'animal survivrait. Nous lui bougions les pattes, Nietotchka Vassilievna lui secouait la tête et suppliait Dieu de garder l'animal en vie. La vache était étendue au sol, les yeux écarquillés, la tête tournée vers le nouveau-né.
Une vieille fermière du village passée là par hasard assistait au vêlage. Les veaux qui viennent au monde tout seuls sur les alpages, dit-elle, sont farouches et parfois aussi sauvages que des chevreuils. Nietotchka Vassilievna traîna le nouveau-né vers la vache. La vache doit se remettre sur pattes tout de suite après la naissance, dit-elle, elle ne doit pas rester couchée. Elle ouvrit la claire-voie de la mangeoire et y versa le broyé de fourrage. La vache se releva et alla lécher les céréales concassées avant de se tourner enfin vers le nouveau-né qu'elle commença à lécher. Au début, l'autre vache debout à côté donna quelques coups de sabot envieux en direction du veau, après quoi les deux vaches furent à lécher le nouveau-né. Nous déposâmes le veau sur un sac de jute et le portâmes jusqu'à sa litière.
souvent vigoureusement frictionné au gros sel, la mère lèche, un lien créé
Le benjamin de Nietotchka Vassilievna tenait une pointe du sac, moi l'autre, et nous posâmes le nouveau-né sur la paille. Nietotchka Vassilievna s'approcha et enfouit les doigts dans les boucles de sa tête encore humide des entrailles de sa mère. J'avais oublié de me laver les mains et m'assis à ma table d'écriture avec sur mes doigts le mucus desséché du nouveau-né. » (p 37-39)
s’étonner avec une amie de l’attitude déjantée de la principale lors d’un pot de fin d’année, risquer un Elle devait être bue, la voir ciller Ah ! ça se dit pas ? Je voulais dire qu’elle était sans doute ivre… et dans l’instant songer à Edana zen une traduction restée jusqu’à ce jour dans votre français.
oui, je sais on a beau être des producteurs, on a pas toujours du surplus des veaux, si j’ai besoin de lait, je vais au moins cher, chez Aldi, qu’est-ce que tu veux, c’est le porte-monnaie qui commande
Il pousse la porte de la cuisine, l’air du dehors entre avec lui, il s’assied, cale ses coudes sur la toile cirée Tuvas prendre un peu de café, il est chaud, des protestations mais le temps de le dire et une petite tasse disparaît dans ses larges mains, sa voix rocaille, J’ai regardé le match à Oyonnax, il doit faire plus froid que chez nous par là-bas, les spectateurs, faut voir comme ils étaient troussés.