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dimanche 16 août 2026

Lu et vu (202)

 Lu

Les Enfants de la Forêt aux rennes de Kristín Ómarsdóttir

Tant de nuances de pluie d’Asha Lemmie

Un territoire fragile d’Eric Fottorino

Vu

Soudain de Ryüsuke Hamaguchi

Captation filmée : Ballets de l’Opéra de Paris

Who cares ? de George Balanchine / Boléro Maurice Béjart / « The Seasons’ Canon » de Crystal Pite

samedi 15 août 2026

les jumelles

 


au fil des ans, les avoir vues souvent marcher ensemble, le pas vif, le pas un peu moins vif, elles ont été mariées l’une ici, l’autre là, veuvage divorce, les voilà à nouveau réunies, des semaines à n’en voir qu’une, elles ressurgissent habillées pareil, plus que jamais leur côté deux gouttes d’eau, une réminiscence d’enfance qui sait

Pau, place de la Libération, 10 heures 

vendredi 14 août 2026

Conversation (78) avec l’aïeule

son visage s’éclaire, elle sourit, un large sourire Tu sais ce que j’aime maintenant, Badakixu zer maite dutan orai c’est regarder les oiseaux, si on m’avait dit qu’un jour je passerais du temps à ça, tu t’y connais toi, tu sais leur nom ? ah, quel dommage, c’est tellement joli, les mésanges, les roitelets, les chardonnerets avec leurs nids ronds, comme de petites boules et des plumes qui dépassent, je m’assieds sur le banc devant la maison, les entendre aussi et ils sont là-même, dans les hortensias eta ondoko sasi ttipi ondoan  et le petit buisson à côté 

mercredi 12 août 2026

vieillir (138)

 une place libre à chacun de vos côtés, elles s’installent, il y a peu la même salle des profs, la soixantaine dans le viseur, l’une On aimerait être comme ça à ton âge, en écho, l’autre Oh, oui alors, et dans leur bouche, c’est bien un élan de gentillesse, vous avez dû aussi le penser le dire en son temps mais aujourd’hui entendre surtout combien cet âge leur semble vertigineusement loin et de fait il l’est, même si pour vous leur âge c’était hier à peine, comme une accélération 

mardi 11 août 2026

parole (16) de mère

fin des années cinquante, deux sœurs, deux berceaux côte-à-côte, deux mois d’écart, la première repue dort à poings fermés, la seconde pleure à fendre l’âme, exaspérée, la mère exténuée Zer dun hori, zerria ? Qu’est-ce que tu as ça, un cochon ? lancé et aussitôt oublié mais dans le coeur ulcéré de l’autre une blessure qui se faufile jusque dans la génération suivante, soixante-dix ans plus tard

lundi 10 août 2026

par les sous-bois (27)

 


dessus dessous 

un lacis de racines

un peuplier




dimanche 9 août 2026

lu et vu (201)

lu

Née contente à Oraibi de Bérengère Cournut

«Ma fille, tu as maintenant le précieux pouvoir de porter la vie. Tu as encore le temps avant d'accomplir ton destin de femme et de mère, mais d'ici quelques semaines, tu te soumettras au rite de puberté en t'éloignant quelque temps du village. Plus tard, il te faudra choisir un mari. » Nous étions toujours dans la pénombre et la voix de ma mère s'est faite sourde, presque lointaine. « Un mari qui... comment dire? Un mari capable de te dispenser ses bienfaits aussi bien le jour que la nuit. C'est-à-dire un homme sachant travailler, mais sachant également t'aimer. Et souviens-toi de ceci: peu importe si comme les nuages cet homme a de temps en temps des airs menaçants. L'essentiel n'est pas là. Reproche-t-on à l'orage de gronder avant de répandre la pluie? Reproche-t-on aux torrents d'être furieux quand ils dévalent les falaises et irriguent la plaine?» (p 61, 62)


La route qui mène au pays de Chigoze Obioma


   Le dîner arrive - un généreux plat d'èba et de morue séchée en sauce d'ogbono, dont les hommes sont en train de parler. C'est le meilleur repas que Kunle ait fait depuis celui qu'ils ont pris chez Felix. Tandis que la nourriture se pose en lui, il se sent heureux, ici, et en sécurité. Toutefois il n'arrive pas à comprendre pourquoi il éprouve en même temps un grand découragement. C'est le schéma que suit son esprit au Biafra. Avant d'entrer dans l'armée, il avait des sentiments mieux délimités, tandis qu'ici ses émotions s'enroulent les unes dans les autres comme des plantes grimpantes. Il est heureux, et puis voilà qu'une tristesse entre dans sa journée sur des roues invisibles et se fait exploser. Là, il comprend que c'est la nourriture qui l'a attristé : s'il n'était pas venu ici, à la recherche de Tunde, il aurait repris la fac et mangerait la cuisine de sa mère ou irait au restaurant proche de son appartement. (p 206, 207)


Kunle décèle une hésitation chez son ami, une retenue

- car certaines choses, une fois dites, peuvent changer un monde bien au-delà de ce qu'on imagine. Felix remue les pieds, change de position comme s'il avait une toux coincée dans la gorge : cachée mais mauvaise. (p 473)


Vu


Cinéma

Le bon, la bête et le truand de Sergio Leone


Exposition 


Estives par David Le Déodic à la Médiathèque 


   "Au fil de mes reportages pour le journal Sud Ouest, j'ai eu l'occasion de parcourir les estives et les paysages de montagne.



   Je ne suis pas un spécialiste de cet univers mais certaines rencontres, certaines lumières et certains instants m'ont particulièrement touché.



   Ces photographies sont nées de ces moments-là. Notamment, les troupeaux dans l'immensité des paysages, les gestes de bergers, et la montagne qui rythme le quotidien".



samedi 8 août 2026

Par les sous-bois (26)

 

petit bois de Franqueville, 10 heures 

vendredi 7 août 2026

conversation (77) avec l’aïeule

des méfaits du soleil, On a aussi dit que c’était bon, bah tu sais, ça change ce qu’ils disent les docteurs, là aussi des modes, tiens par exemple et nous glissons ailleurs dans sa mémoire, je me souviens pour la première, jusqu’à quatre mois ase eta lo rassasier et dormir, ils disaient alors, eta gero et ensuite ene amak erran zataxun ma mère  m’avait dit, tu vas maintenant faire le plus difficile et c’était vrai, la mettre loin de toi dans une chambre du bas, on dormait en haut à cette époque, je ne l’entendais plus pleurer

jeudi 6 août 2026

par les sous-bois (26)

 


la terre à bras-le-corps 
une puissance,
s’accrocher et résister 

depuis peu, des panneaux explicatifs 

Le parc du Château de Pau


Une forêt ancienne


Le parc boisé du Chateau de Pau est un domaine national protégé au titre des monuments historiques administré par le ministère de la culture. Il abrite une forêt ancienne de chênes et de hêtres. Les vieux arbres, les bois morts et les cavités sont indispensables à de nombreuses espèces.


Véritable îlot de biodiversité en pleine ville


Un site à préserver


Ce milieu exceptionnel accueille des insectes rares liés au bois, comme le Pique-prune, le Lucane cerf-volant ou le Grand capricorne, ainsi que plusieurs chauves-souris protégées.

Ces richesses font du parc un réservoir de nature unique pour l'agglomération paloise.

La préservation des grands arbres, du bois mort, des abris pour la faune et des milieux ouverts est essentielle pour maintenir cette biodiversité, tout en conciliant protection de la nature, sécurité et accueil du public.


Natura 2000


Un équilibre entre préservation de la biodiversité et activités humaines Natura 2000 est un outil européen qui vise à protéger les milieux naturels et les espèces les plus remarquables, tout en permettant des usages respectueux de la nature.

Le parc est inscrit au réseau de sites Natura 2000 en tant que "Parc boisé du Château de Pau".


28 déc 2025, 10 h, parc du château au fond

mercredi 5 août 2026

conversation (76) avec l’aïeul

fin de repas, par les volets entrebâillés le regard glisse vers le tracteur bleu garé dans la cour, une horloge massive, l’épaisseur de silences et son tic-tac, du haut de ses quatre-vingt-dix ans passés, il trône au bout de la table, une force de la nature, La sieste ? non, juste m’installer un moment dans le fauteuil et laisser mes pensées dériver 

mardi 4 août 2026

Conversation (75)

 


chez nous il a juste fait un pipi de chat, à peine de quoi rafraîchir un peu, la pluie, c’est sûr, on aimerait mieux comme vache qui pisse

lundi 3 août 2026

Petites choses (152) qui touchent.


les enfants arriveront plus tard pour toboggans et balançoires, pour l’instant elle est seule sur son banc, elle, une jeune fille, un stylo, des feuilles blanches, une petite brique de chocolat, indifférente à ce qui l’entoure, absorbée, elle écrit

dimanche 2 août 2026

Lu et vu (200)

 Lu

La jeune fille et la mer de David Vann

Les petites musiques de Roland Buti

Les visages ronds et lisses des sœurs Clément expriment toujours la confiance béate des enfants qui se réveillent. Elles sont jumelles. Fausses jumelles, lui ont-elles dit. Nées dans les mêmes minutes, elles ne se ressemblent pas. L'une est-elle meilleure que l'autre ? se demande Jana. Celle qui est sortie en deuxième du ventre de leur mère en cédant volontiers sa place d'aînée ? Ou le contraire peut-être ? La lumière aveuglante tout la-bas ? Un danger? Celle qui a ouvert la voie pour sa cadette doit être la plus altruiste...

Quelle surprise de réaliser un jour qu'elles ont des prénoms ! Une lettre laissée sur la crédence de la salle à manger adressée à Mesdemoiselles Blanche et Constance Clément. Oui, oui, bien sûr, elles étaient la bonté incarnée. Jana ne pouvait rien leur reprocher. La plupart des êtres humains ont l'air d'être des contrefaçons à force d'habitudes invétérées, n'est-ce pas? C est ce que disait Máša en regardant les habitants de la petite ville industrieuse dans laquelle elle avait atterri. Les sœurs Clément semblent avoir décidé des choses une fois pour toutes. Voilà qui doit être vraiment rassurant. Un fameux apprentissage quand même : apprendre à nier le doute en soi. L'avoir si bien appris que cela vient naturellement sans effort. Et se fabriquer un air joyeux à partir de rien. Avec le sentiment d'avoir établi ses quartiers au bon moment au bon endroit avec les bonnes personnes. C'est ce qu'elles veulent pour les filles. Elles appellent ça « développer l'aptitude à la vie intime et sérieuse ». Il ne faut pas courir le monde inutilement. Ce n'est que de la poudre aux yeux. On y perd la fraîcheur de sa jeunesse, c'est ce qu'elles répètent. Jana pense au joueur de flûte traversière du musée de l'Auberson. Petite fille, elle était impressionnée. Un automate androïde. Toute une mécanique compliquée à l'intérieur, des ressorts, des pistons, des soupapes pour faire bouger et souffler un garçonnet dans les trous de l'instrument. Sa figure joufflue de porcelaine brillante. De grands yeux écarquillés, un sourire au coin des lèvres, béat pour l'éternité. C'est cela qui remplit le visage des sœurs Clément : une torpeur délicieuse, celle de la courte mélodie toujours répétée. Et tant pis pour les rouages invisibles.

  • Jana! Ne buvez pas au goulot ! Prenez donc un verre !
  • Oui, mademoiselle Clément.

Jana se compose un visage de poupée. Et un sourire, la bouche fendue jusqu'aux oreilles. (p 113, 115)

Je chante et la montagne danse d’Irene Solà

Après avoir dit un poème, je laisse toujours passer un peu de temps. Après la résonance des mots, après que ma voix a touché toutes les choses et a rempli tout l'espace entre les outils, je me tais. Pour séparer le poème du reste. Et j'écoute. Le poète dit. Le poète proclame. Mais le poète écoute aussi. Un oiseau. L'air qui reprend possession de l'espace entre les feuilles. Le léger sifflement que fait entendre le monde, au fond de toutes les oreilles...(p 80)


Dans la poésie, il y a tout. Dans la poésie, il y a la beauté, la pureté, la musique, il y a les images, le mot prononcé, la liberté et la faculté d'émouvoir et de laisser entrevoir l'infini. L'au-delà. L'infini qui n'est ni sur la terre ni dans le ciel. L'infini à l'intérieur de chacun. Comme une fenêtre tout en haut de la tête, dont on ignorait qu'elle était là et que la voix du poète ouvre un peu, un tout petit peu, et là-haut, dans cet interstice, il y a l'infini. (p 82)



   L'inspiration, bonne compagne, vient de temps lointains et aussi des choses qui sont tout près. On se rappelle quand on était petit, ou le jour où on est mort, ou tous les matins d'après, ou on pense à sa mère, on observe ce qu'on a devant les yeux, la nuit et les pierres, et l'inspiration arrive et elle remplit les joues et le nez d'une allégresse de vin doux.

   Souvent, je compose en pensant à des gens. Je pense à quelqu'un de ma vie d'avant ou de ma vie d'aujourd'hui et je lui fais un poème. Le son des applaudissements amis est chaud, agréable. Les menottes de Palomita font comme un bruit de noix, un bruit musical. J'aime écrire en pensant à des gens parce que c'est comme un cadeau. Parce que la voix du poète convoque. Elle convoque les êtres aimés et les temps passés et les temps à venir. Et ceux que le poète nomme se rassemblent et font une ronde tant que dure le son de sa voix, comme un feu de joie, intense, qui chauffe et qui brûle, mais qui s'éteint aussi le moment venu. (p 86)


J'entre. La maison m'observe, silencieuse. Etonnée.  Sur ses gardes. C'est une maison ancienne mais pas très grande, une petite maison de métayers ou de bergers. L'entrée est perchée sur trois marches, comme trois dents. C'est une petite entrée aux murs rustiques, avec un sol de carreaux tous différents. Le portemanteau et le meuble à chaussures. Un placard à la porte en bois plein de veines. Une table massive et dessus un plateau avec des clefs, des papiers et des lettres. La cuisine se trouve à gauche. Elle est carrelée de blanc, avec çà et là une fleur bleue. L'évier en marbre rose, une fenêtre aux rideaux brodés et un vaisselier ancien avec les assiettes, toutes blanches, rangées à l'extérieur. Une table robuste, sombre, polie et brillante tellement elle est ancienne et tellement elle a servi, et un banc qui doit avoir un paquet d'années, avec des coussins de lin, et un vase avec des fleurs sèches, et des petites chaises et une télévision. Mia sait y faire pour conserver les meubles. Pour sauver des choses condamnées. Et sa maison est propre, accueillante. Pas comme la nôtre, toujours en désordre. Et au milieu, lui, mon homme, et eux, mes petits-enfants. (p 135)


Vu

Sous le ciel de Kyoto de Akiko Ohku

vendredi 31 juillet 2026

Famille (19)

presque un demi-siècle ensemble et sa rage ménagère parfois il n’en peut plus, elle raconte Je voulais me débarrasser du piano, il encombre et là figure-toi que non, il prétend qu’il y est attaché, l’instrument de la petite, tu parles je lui dis le piano, c’est toi qui as poussé, tes idées généreuses tout ça, du flan, tu as beau dire, surtout un marqueur social, elle, ce qu’elle voulait c’était un saxophone et là tu sais ce qu’il me sort, elle l’a encore en travers, évidemment ça, tu aurais pu le ranger

jeudi 30 juillet 2026

Petites choses (151) qui surprennent

elle avance, puissante, une belle jeune femme, sa longue robe légère bat ses chevilles, une petite corne pointe au-dessus de l’oreille gauche, se demander c’est quoi, coincé dans le voile enroulé serré autour de sa tête, un portable, elle est en conversation

mercredi 29 juillet 2026

par les sous-bois (25)

 


vaillant, sur une souche. 
un visage sourit, 
goguenard le sourire

mardi 28 juillet 2026

vieillir (137)

elle vous rattrape dans la rue, bien trente ans que vous ne l’avez pas revue Je t’ai reconnue grâce à ta robe, penser, elle a mieux résisté que vous, la robe

lundi 27 juillet 2026

s’asseoir là (12)

 

passerelle de Franqueville, dimanche 26 juillet, 10h1/2

il pleut, on l’attendait on avait presque oublié et soudain c’est là, une grosse averse tiède, l’abri d’un arbre, une chaise abandonnée, clapotis chuchotis, retrouver cette musique-là,

dans le gave un chien s’ébroue 

dimanche 26 juillet 2026

Lu et vu (199)

 Lu 

La vie têtue de Juliette Rousseau

première page, en sorte de préliminaire 

   La langue française, dans sa construction patriarcale, ne me permet pas de donner à lire la lignée de femmes blessées dont je viens. Elle nous efface, encore et toujours. Les méthodes d'écriture dites « inclusives » non plus, elles qui continuent de faire advenir le masculin, y compris là où les hommes ont depuis longtemps choisi de déserter. Ma langue ne cherche pas l'égalité, ni de nouvelles règles. Elle invoque des filia-tions, rétablit des trajectoires.

   Comme dans nos vies, souvent, le masculin l'em-porte. Mais parfois, c'est le féminin. Ni l'un ni l'autre ne me semblent désirables. Je ne cherche pas à forger la langue d'un monde souhaitable. Ce sont nos vérités qui m'intéressent. Tant mieux si apparaissent ensuite, dans ma généalogie comme dans les autres, des êtres libres de cette binarité épuisante, et qui trouveront leurs propres mots pour se dire.

   Nous dire avec justesse, c'est laisser la porte ouverte à ce qui vient pour nous remplacer, joyeusement et sans douter, comme tout ce qui naît pour vivre pleinement. Dans la langue comme dans nos histoires, nous ne sommes jamais que des passages.


en exergue 


L'un des affronts les plus cruels, cependant, résidait 

dans le fait de devoir cacher la douleur, l'enterrer, 

la privatiser - un mensonge qui ne visait qu'à dissimuler 

et défendre l'ordre social qui produit, dans nos vies, les

pertes trop nombreuses et injustifiées.


Cindy Milstein, Rebellious Mourning


Je est un autre, Septologie III-V de Jon Fosse 

(…) et il pense que toutes les âneries que le Pasteur débite sur le sens qu'il y aurait à la mort insensée de sœur Alida relèvent davantage de l'insulte, parce que la Soeur est morte et il n'y a aucun sens à cette mort et par conséquent il n'y a aucun sens à la vie, et il faut vivre avec ça, sans quoi il vaut mieux mourir, pense Asle, et pour réussir à vivre avec cette souffrance insensée on ne devrait pas avoir à écouter les boniments tout aussi insensés que débite le Pasteur, pense Asle, parce que le sens que bonimente le Pasteur est une plaie, alors que l'insensé apporte pour ainsi dire une sorte de paix, Asle pense, et il pense qu'il ne fera pas sa confirmation, et je suis assis dans ma voiture garée devant la Galleri Beyer, et je regarde encore et encore la neige qui recouvre le pare-brise, et je pense que l'une des choses les plus importantes dans la peinture est de pouvoir s'arrêter à temps, de savoir quand une image dit ce qui peut être dit, parce que si on continue trop longtemps l'image est souvent ruinée, oui, je sais ça depuis que j'ai peint mon tout premier tableau, je pense, parce que, oui, certes, il est possible de gratter la toile et de la repeindre, ou de peindre par-dessus, mais alors l’image ne se donne plus, et une image doit se produire, elle doit venir d'elle-même, comme un événement, comme un cadeau, oui, une bonne image est un cadeau, et une espèce de prière, c'est à la fois un cadeau et une prière de gratitude, je pense, et je n'aurais jamais pu réussir à faire une bonne image à la seule force de ma volonté, parce que l'art s'opère, l'art se produit, c'est comme ça, et quand je suis allé au bout de mes possibilités avec une image il ne me reste plus qu'à la regarder dans le noir, oui, la regarder dans une pièce la plus obscurcie qui soit, je pense, et comme en été il ne fait jamais vraiment noir l'automne et l'hiver sont par conséquent les meilleurs moments pour moi en tant que peintre, si bien que les images que je peins au printemps et en été doivent attendre l'automne ou l'hiver avant que je puisse voir une image correctement, oui, dans le noir, oui, je dois voir les images dans le noir pour voir si elles brillent, pour les rendre plus lumineuses encore, ou meilleures, ou plus justes, ou quel que soit le mot qu'il faille employer, l'image doit en tout cas avoir une obscurité lumineuse, je pense, et je pense que je devrai me remettre à peindre dès que je rentrerai à la maison tout à l'heure car j'ai le sentiment assommant que quelque chose est définitivement terminé, que je ne pourrai plus peindre, que je n'ai plus envie de peindre, que je ne veux plus peindre, auquel cas je dois me remettre à peindre dès aujourd'hui, je pense, auquel cas je dois rentrer à la maison dès que possible, (…) p 122, 123.

(…) elle a dit aussi que quand elle entendait à quel point tous ces chrétiens maltraitaient le nom de Dieu, elle pensait que si Dieu avait été tel qu'ils le disaient, elle ne croirait certainement pas en Lui, elle a dit, et je me souviens qu'elle a dit ça un des premiers jours où nous étions ensemble, je pense, et je lis très peu, trop peu, mais je lis la Bible de temps en temps, et elle contient quelques textes qui m'ont beaucoup apporté, peut-être surtout ceux qui disent que le royaume de Dieu est en vous, en nous, en moi, parce que je me sens souvent proche de Dieu, je pense, et Ales disait que peut-être l'ange que je sentais veiller sur moi c'était Lui ? ou peut-être que c'était le Saint-Esprit qui était proche de moi ? elle disait, je pense, mais ce n'étaient et ce ne sont que des mots, des mots et des mots, car dans le fond quelle différence ça fait ? je pense, et je pense que la Bible doit être interprétée, lue de façon imagée, oui, exactement, imagée, comme une image, comme un tableau, avec sa propre vérité, parce que la Bible est littérature, et en fin de compte la littérature et la peinture sont la même chose, je pense, et la Bible doit être comprise à partir de l'esprit de la Bible, car, comme l'a écrit Paul, la lettre tue, mais l'Esprit fait vivre, je pense, parce que même si la Bible est littérature elle est aussi quelque chose de plus que de la littérature, je pense, et je dois me trouver très en marge pour quelqu'un qui se dit être au sein de l'Église catholique, je pense, ou plutôt, à penser comme je pense, je dois me trouver en dehors, et pourtant j'ai trouvé ma place au sein de l'Église, je pense, et se considérer comme catholique n'est pas seulement une question de foi, oui, mais une manière d'exister dans la vie et dans le monde qui n'est pas sans rappeler celle d'être artiste, puisque être artiste peintre est aussi une façon de vivre, une manière d'exister dans le monde, et pour moi ces deux manières d'exister dans le monde vont très bien ensemble, dans le sens où elles génèrent toutes les deux une distance par rapport au monde et pointent vers quelque chose de différent, vers quelque chose qui est dans le monde, quelque chose d'immanent, comme ils disent, et vers quelque chose qui est loin du monde, quelque chose de transcendant, comme ils disent, et c'est à peine compréhensible, je pense, et je pense de nouveau que le Royaume de Dieu est en moi, parce que le Royaume de Dieu existe, je pense, et je le sens quand je fais mon signe de croix, je pense, et je fais mon signe de croix, et je le fais en permanence, mais seulement quand je suis seul, eh bien, et aussi quand je suis dans l'Église, et je fais mon signe de croix plusieurs fois par jour, dès qu'une douleur m'enserre, mais aussi quand la gratitude m'enserre, oui, là aussi, oui, je tais mon signe de croix tout le temps en fait, car il y a une force dans ce geste, oui, c'est certain, même s'il est impossible de dire de quelle sorte de force il s’agit, parce que la force est dépourvue de mots, mais elle est là, la force, c'est mon expérience, et tant pis s'il est impossible de comprendre pourquoi c est comme ça puisque c'est incompréhensible, je pense, (…)  p 209, 210

samedi 25 juillet 2026

vendredi 24 juillet 2026

sur les hauteurs de Biriatou

 

17 juillet 2018, 13 heures 

mercredi 22 juillet 2026

à la ferme (24)

 ils ont éteint la télé, y a rien, et le frais sous l’arbre devant la maison, le silence, premières étoiles, venus de la forêt des canards sauvages fendent le ciel, les suivre des yeux, ils disparaissent déjà, elle C’est magique le silence encore, plus tard C’est drôle,  l’année dernière à cette époque, on était infesté de moustiques et là rien, les géraniums et la verveine ça y fait peut-être, lui Plutôt les hirondelles, regarde sur les fils électriques, et c’est vrai des nuées, longtemps qu’on en n’avait pas vu autant, le silence retombe

mardi 21 juillet 2026

conversation (74) avec l’aïeule

entre les mains, la photo de son mariage, trois hommes portant beau sur le côté Horiek, apetz batzu, ceux-là,  des prêtres, sûr je les aimais pas beaucoup, on pouvait rien faire, même de danser entre nous, gizonak, gizonendako, les hommes pour les hommes, c’est comme ça la religion eta gu ixil ixila et nous silencieuses hats zinartzen zixien ils soupiraient d’aise (jubilaient), jakixula tu peux me croire

lundi 20 juillet 2026

conversation (73) avec l’aïeule dans le bus

elle sourit et s’installe à côté de vous, commence aussitôt, une vieille dame soignée, la voix rocailleuse de son enfance aragonaise, la sécheresse, le jardin, arroser un peu, obligé, les légumes ça m’est égal, du moment que je garde les fleurs, s’assure qu’elle ne fait pas erreur, coup d’œil rapide sur le côté, vous connaissez mes filles, acquiescer et en boucle L’année dernière, trois qui sont partis, j’ai enterré le mari, le frère et une sœur, le frère, un célibataire, il pensait qu’àvvoyager, il est allé partout, en Amérique, en Chine, dans le Nord aussi, des pays où c’est qu’il fait froid, elle cherche un peu, en Norvège, en Finlande et finalement un jour, il répondait pas, il répondait pas, on y est allé voir, on l’a trouvé mort dans son lit, on s’y attendait pas mais ça faisait des complications en moins que si on avait dû aller le chercher loin, il est enterré au village, une belle mort quand on y pense

dimanche 19 juillet 2026

Lu et vu (198)

 Lu

La Vieille maison d’Oscar Peer

À ces occasions, Henrietta le paie un peu à la journée, pas grand-chose, parce qu'elle est terriblement radine, mais alors il mange au moins un repas correct. Johanna est une bonne cuisinière, elle connaît également ses plats préférés, par exemple les beignets de pommes, les crêpes aux airelles, mais surtout les plains, ces plats mijotés avec du lard et du bouilli.

Johanna, il l'aimait bien, depuis toujours, déjà autrefois, lorsqu'elle était une jeune fille juste sortie de l'école. Johanna, c'était son grand amour, elle était entrée en lui comme un soleil de mars. Si c'est vrai qu'il n'y a qu'un seul grand amour dans la vie, alors ce fut elle. Avec d'autres jeunes filles, c'était venu et passé; avec elle, c'était resté pour toujours. Elle était partie en Suisse romande, durant plus d'un an, puis elle était revenue. Elle parlait français. Parfois, ils se voyaient, par exemple quand il y avait un bal. Lui, alors déjà dans sa trentaine, elle, une jeune de dix-huit ans. Ils avaient même dansé. Au moment du damenvalser, c'était carrément elle qui venait l'inviter. Une jeune femme aux yeux foncés, parfois vive et rieuse, avec ses caprices, parfois taciturne et l'air absent. Il pensait jour et nuit à Johanna, imaginant son visage, ses formes. Entre-temps, hélas, elle avait été demandée par un autre, c'est-à-dire par Arnold, fils d'un entrepreneur, dix ans plus jeune que Chasper. Plus jeune et surtout bien plus riche. Un époux riche, et encore tout ce que Johanna possède elle-même. Emil, son père, avait été marchand de bois et avait ramassé l'argent à la pelle. Johanna doit avoir hérité d'un capital, tout le monde le sait. Avare, elle ne l'est point, au contraire, elle donnerait tout.

Désormais, on ne parle plus de mariage; cela ne fut qu'un rêve, mais peut-être qu'elle l'aidera.

Chasper n'oublierait jamais le jour où ils s'étaient embrassés. Il était en montagne, fauchant leur pré maigre, un sacré bout de terrain, par moitié sur une pente et par moitié sur une épaule avec vue sur toute la vallée. (p 39, 40)


Sans cette lettre de Johanna, il n'aurait pas crapahuté encore une fois jusqu'à Salön. Johanna a parlé à la femme de leur boulanger et lui a demandé s'ils ne peuvent pas l'aider. On sait que Fridolin est riche; de plus, ils n'ont pas d'enfants. Maria, sa femme, est passablement plus âgée que son mari, c'est une petite vieille à l'âme d'enfant. Elle est la bonté même. Ce n'est pas pour rien qu'elle a presque vingt filleuls et filleules, surtout de familles pauvres. Aujourd'hui encore, lorsque des enfants viennent acheter du pain, ils savent qu'ils vont recevoir quelque chose en plus, une pâtisserie ou un petit chocolat. Elle les prend simplement de l'étagère et les pose sur le comptoir, avec le sourire ridé d'une petite grand-maman à l'allure de bonne fée. Elle offrirait toute l'épicerie.

Partois, sur le chemin, on l'entend chantonner toute seule. Lucrezia, la sage-femme, dit d'elle qu'elle est restée attachée au ciel d'une main, à la naissance. (p 87)


Vu 

à Avignon


depuis le Jardin du Rocher des Doms 


sur un panneau :

Jean-Pierre Barillet-Deschamps (1824-1873), avec sa sensibilité et ses connaissances en horticulture, développe un art des jardins qui lui est propre et dont tous les principes s'expriment au Jardin du Rocher des Doms :

  • une composition générale épurée qui s'organise selon un grand axe perspectif,
  • des espaces centraux aux formes ovales,
  • une grande promenade en ellipse et des lisières périphériques protectrices,
  • la présence majeure de l'eau scénographiée en grande cascade, pièce d'eau centrale, fontaines et bassins,
  • des décors pittoresques de rocailles,
  • de grandes pelouses centrales aux modelés souples,
  • l'apport de touches colorées avec les corbeilles de fleurissement, comme tableaux à découvrir à chaque saison,
  • le choix d'une gamme de mobilier stylé, composante identitaire du jardin 
photo b.


Spectacle


théâtre 


Alif texte et mise en scène de Abdelwaheb Sefsaf


La ménagerie de verre, mise en scène de Philippe Person 


Évangile de la nature d’après De rerum natura de Lucrèce, mis en scène par Christophe Berton, interprété par Stanislas Nordey


Moby Dick adaptation et mise en scène de Benjamin Bouzy 


A Love Suprême par la Compagnie Amarante


lecture


Correspondance (1944-1959) Albert Camus / Maria Casarès lecture musicale L’éclat d’une passion par la Compagnie Triptyk Théâtre


dans le cadre de Souffle à Avignon 


Les vieilles de Gaël Octavia sous la direction de Nelson-Rafaël Madel,  proposé par ETC Caraïbes 


J’ai pris feu une fois pis ça s’est jamais éteint de Pascale St-Onge, sous la direction de Marie-Eve Groulx


Comédie musicale 


Post ! livret Vincent Bourigault, mise en scène Vincent Bourigault et Maud Saint-Jean par la Compagnie Coincé dans la Machine 


DK et Chantal Raffanel, responsable du théâtre de l’Isle 80

Concert


Kaddour Hadadi dit HK devant le petit théâtre de L’Isle 80