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mercredi 23 avril 2014

vendredi 3 août 2012

grandir

je suis si petite,
protège-moi de ton souffle,
donne-moi ta main

mercredi 8 février 2012

Une connaissance inutile (extrait) Charlotte Delbo


PRIÈRE AUX VIVANTS POUR LEUR PARDONNER D'ÊTRE VIVANTS (cliquer pour entendre la lecture de Clotilde de Bayser de la Comédie Française, France culture fictions)

Vous qui passez
bien habillés de tous vos muscles
un vêtement qui vous va bien
qui vous va mal
qui vous va à peu près
vous qui passez
animés d'une vie tumultueuse aux artères
et bien collée au squelette
d'un pas alerte sportif lourdaud
rieurs renfrognés, vous êtes beaux
si quelconques
si quelconquement tout le monde
tellement beaux d'être quelconques
diversement
avec cette vie qui vous empêche
de sentir votre buste qui suit la jambe
votre main au chapeau votre main sur le cœur
la rotule qui roule doucement au genou
comment vous pardonner d'être vivants...
Vous qui passez
bien habillés de tous vos muscles
comment vous pardonner
ils sont morts tous
Vous passez et vous buvez aux terrasses
vous êtes heureux elle vous aime
mauvaise humeur souci d'argent
comment comment
vous pardonner d'être vivants
comment comment
vous ferez-vous pardonner
par ceux-là qui sont morts
pour que vous passiez
bien habillés de tous vos muscles
que vous buviez aux terrasses
que vous soyez plus jeunes chaque printemps
Je vous en supplie
faites quelque chose
apprenez un pas
une danse
quelque chose qui vous justifie
qui vous donne le droit
d'être habillés de votre peau de votre poil
apprenez à marcher et à rire
parce que ce serait trop bête
à la fin
que tant soient morts
et que vous viviez
sans rien faire de votre vie.

mercredi 14 décembre 2011

supplique

 ne me laisse pas seul, 
pas déjà,
je fais mes premiers pas vers toi,
regarde-moi

mercredi 7 décembre 2011

Prière pour...

rester ici encore un peu

 J'aime l'âne... Francis Jammes  (De l'angélus de l'aube à l'angélus du soir 1898)

J'aime l'âne si doux
marchant le long des houx.

Il prend garde aux abeilles
et bouge ses oreilles;

et il porte les pauvres
et des sacs remplis d'orge.

Il va près des fossés,
d'un petit pas cassé.

Mon amie le croit bête
parce qu'il est poète.

Il réfléchit toujours.
Ses yeux sont en velours.

Jeune fille au doux cœur,
tu n'as pas sa douceur:

car il est devant Dieu
l'âne doux du ciel bleu.

Et il reste à l'étable,
résigné, misérable,

ayant bien fatigué
ses pauvres petits pieds.

Il fait son devoir
du matin jusqu'au soir.

Qu'as-tu fait jeune fille ?
Tu as tiré l'aiguille...

Mais l'âne s'est blessé:
la mouche l'a piqué.

Il a tant travaillé
que çà vous fait pitié.

Qu'as-tu mangé petite ?
- T'as mangé des cerises.

L'âne n'a pas eu d'orge,
car le maître est trop pauvre.

Il a sucé la corde,
puis a dormi dans l'ombre...

La corde de ton cœur
n'a pas cette douceur.

Il est l'âne si doux
marchant le long des houx.

J'ai le cœur ulcéré:
ce mot-là te plairait.

Dis-moi donc ma chérie,
si je pleure ou je ris ?

Va trouver le vieil âne,
et dis-lui que mon âme

est sur les grands chemins,
comme lui le matin.

Demande-lui, chérie,
si je pleure ou je ris ?

Je doute qu'il réponde:
il marchera dans l'ombre,

crevé par la douceur,
sur le chemin en fleurs.

mardi 1 novembre 2011

prière

un vieux cerisier,
 traverser l'hiver

ils ont tous si soif,
il étend sur eux son ombre,
mais leur abandon

mardi 25 janvier 2011

on fermait les yeux, tendait l'oreille, espérait

"Le Pays Basque n'est pas à vendre"
d'une fissure à l'autre, la même antienne,
pourtant on le savait,

ils paieraient,
ils pouvaient,

et derrière les paupières crispées,
les lèvres serrées,
une prière muette grondait,
une supplique silencieuse,
de grâce, un délai,
peine perdue
on le devinait

 un glas fourbissait sa plainte

mardi 7 décembre 2010

Chapelle d'Haranbeltz

Chapelle d'Haranbeltz, en allant de Saint-Palais à Saint-Jean-Pied-de-Port,  prendre un petit chemin sur la droite et c'est là.
Une chapelle dédiée à Saint Nicolas, pas d'évêque ou de chanoine ce 5 décembre, une messe toute simple, le curé d'ici, son basque précis et fluide, des fidèles du village d'Ostabat et d'Amikuze, chants, ferveur et poids du temps à l'œuvre, la porte est restée ouverte, il fait froid, quelques va-et-vient sous le porche et même des flash... sans doute pour la série "Autochtones se livrant à la prière".
trois ans de rénovation, Mais, oui... pas de problème pour quelques photos, le reste de l'année, il faut demander la clef à l'une des quatre fermes voisines
 se reconnaître de cette histoire-là
et dans les images offertes, naïves et gauches, l'enfance. Une source et un réconfort.

vendredi 7 mai 2010

Prière

Getaria
Pénombre apaisante de l'église de Getaria. Sursauter. Des pas. Deux femmes, l'une à la remorque de l'autre. Une bougie allumée dans la niche par la plus jeune, l'autre l'air égarée s'attarde "Vous savez, il y a beaucoup de pêcheurs ici, là, geste vague, c'est la vierge des pêcheurs", prière épaule contre épaule, elles s'éloignent, un gros pilier, elles disparaissent. Soudain dans le silence des sanglots, elles sont blotties l'une contre l'autre, la plus jeune tapote le dos de sa compagne, essaie de l'abriter de son bras mais comment endiguer une telle déferlante ? puis le portable, elle sort, l'autre, sa mère ? dans son sillage. Devant la vierge, entre deux bancs, un mouchoir oublié. Un grand mouchoir d'homme, un mouchoir de travailleur, à carreaux mauves et blancs.

Prière à Marie
Poème de Francis Jammes interprété par Georges Brassens

Par le petit garçon qui meurt près de sa mère
Tandis que des enfants s'amusent au parterre
Et par l'oiseau blessé qui ne sait pas comment
Son aile tout à coup s'ensanglante et descend

Par la soif et la faim et le délire ardent
Je vous salue, Marie.

Par les gosses battus, par l'ivrogne qui rentre
Par l'âne qui reçoit des coups de pied au ventre
Et par l'humiliation de l'innocent châtié
Par la vierge vendue qu'on a déshabillée
Par le fils dont la mère a été insultée
Je vous salue, Marie.
 
Par la vieille qui, trébuchant sous trop de poids
S'écrie: " Mon Dieu ! " par le malheureux dont les bras
Ne purent s'appuyer sur une amour humaine
Comme la Croix du Fils sur Simon de Cyrène
Par le cheval tombé sous le chariot qu'il traîne
Je vous salue, Marie.

Par les quatre horizons qui crucifient le monde
Par tous ceux dont la chair se déchire ou succombe
Par ceux qui sont sans pieds, par ceux qui sont sans mains
Par le malade que l'on opère et qui geint
Et par le juste mis au rang des assassins
Je vous salue, Marie.
 
Par la mère apprenant que son fils est guéri
Par l'oiseau rappelant l'oiseau tombé du nid
Par l'herbe qui a soif et recueille l'ondée
Par le baiser perdu par l'amour redonné
Et par le mendiant retrouvant sa monnaie
Je vous salue, Marie.