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lundi 30 octobre 2017

Stage Théâtre animé par David Geselson (1)

AUTOPORTRAIT – DU RÉEL A LA FICTION
« Comment composer une fiction à partir de sa propre histoire ? À partir de quand l’utilisation de soi pour créer cesse d’être exclusivement narcissique ? Tout peut-il faire fiction ? À travers une série d’exercices d’écriture et d’improvisation autour de l’autoportrait, nous travaillerons à créer une série de très courtes formes théâtrales sur une journée. » David Geselson

David Geselson, en 2009, crée la compagnie Lieux-Dits, qui a pour vocation de travailler sur l’écriture contemporaine et les processus de création théâtrale.


un samedi d'octobre au THEATRE SARAGOSSE -PAU

Journée fluide.
Lui, David Geselson, totalement présent, attentif à chacun, rassurant aussi.
Richesse d'une langue précise, complexe, souple, capable dans l'instant de ricocher. 

En travail, pensée à ciel ouvert.

Prof soleil, de ceux qui éclairent, réchauffent et déminent les zones d'ombre.

Prof chercheur d'or, un mot, il creuse une galerie, et soudain, c'est là, ça brille, pépite dont on ne se savait pas porteur.

dire,
passer à côté,
ne rien entendre de soi-même,
dans ses mains, une baguette vibre,
prof sourcier,
une eau,
la Parole.

Prof tel qu'on se rêverait.

Premier exercice : trois face au groupe, le premier dit un moment marquant de sa vie à la première personne, le second le reprend dans les mêmes termes, le troisième utilise le matériau et tente une mise en forme/mise en scène, user d'un décalage

     être la troisième du dernier groupe, ne pas se défiler, blancs, ellipses dans le récit entendu, accrocher aux premiers mots, une histoire d'abandon, s'en saisir mais tourner court, sentiment de voix perdue, s'en retourner piteusement à sa place, oui, on sait c'était mauvais, y repenser, alors "Essayer. Rater. Essayer encore. Rater encore. Rater mieux."
     Peut-être.

Tu m'aimais pourtant. Enfin, je crois. Un jour, ça t'a pris et tu t'es barrée. Comme ça. Sans rien me dire. Sans me prévenir. Comment t'as pu ? Soudain, t'étais plus là. Je me revois. Au portail. Au virage au bout du chemin. A la fenêtre. Des heures, des jours à guetter ton retour. Cette pitié dans les regards  sur moi. Et ce silence, un silence opaque. Peut-être que t'étais au ciel ?Au-dessus de ma tête, des signes entre les grands. Puis très vite le masque du visage habituel. Ils savaient, bien sûr. Tous. Je le sentais, enrageais. Puis un autre jour, comme si de rien n'était, tu étais là à nouveau. Joyeuse, virevoltante. Et si jeune. Tu m'as prise dans tes bras, le monde s'ordonnait, tu m'as soulevée, portée presqu'au ciel  et dans un éclat de rire, Ma chérie, maman vient te chercher, on déménage Et la piscine ? j'ai dit. Quoi la piscine ? Elle s'en foutait. La piscine, elle s'en foutait. Les copines, l'école, tout ça, aussi. Les cartons à toute vitesse, le camion déjà là, une grosse voiture au portail, un inconnu au volant C'est tonton, je l'ai trouvé vieux, tonton, et puis un peu gros, un enfant à l'arrière Ton demi-frère, et la route, C'est quand qu'on arrive, la nuit, le sommeil, l'oubli, une douceur, au réveil, la route encore et l'Allemagne. Des mois hébétée, sans comprendre, sans apprendre. Dans une langue, dans l'autre, mots coincés dans la gorge. Ça ne voulait plus sortir. A l'école, seule. Toujours. Reléguée dans un coin. Muette. Du temps encore. Ce que ça m'a semblé long. Quelqu'un d'autre dans ta vie. Retour vers chez nous. En moi depuis, une sorte de terre brûlée. Ou de gouffre. Irréductible. Alors oui, ça tangue dur. Ça plombe aussi mais je m'accroche. Ne pas céder au vertige, jeter des  mots, esquisser une danse, se redresser. Et avec ça, autour de ça, contre ça, grandir.

dimanche 15 octobre 2017

nanties

coupe irréprochable, le cheveu de la bonne couleur, cendré discrètement méché, deux trois bijoux de bon aloi, élancé et même en tenue de sport, une élégance, votre âge à peu près, le cours se termine, vestiaire, se rhabiller, elle boutonne son chemisier, sourire engageant -Vous ne travaillez pas cet après-midi ?  du bout des lèvres -C'est mercredi elle reprend Mais y en a qui z'ont cours, non ? pas franchement une attitude qui vous grandit, non, c'est sûr, pas de quoi être fière, mais l'espace d'un instant, se sentir, soi aussi nantie, nantie de la langue

dimanche 8 octobre 2017

tout ça pour ça

bientôt soixante ans, une forte femme, rieuse, bien charpentée, le verbe haut et dru, se dire, pas froid aux yeux et sur l'air de même pas peur, Me dénuder, je l'ai fait en vrai et ici-même, oui entièrement ! on portait juste des masques de Minnie, des images vous traversent, à quoi ça peut bien ressembler des femmes, et d'abord combien de femmes, à poil  en masque de Minnie sur un plateau, elle maîtrise ses effets, suspens, pfff !!! une vraie déception eh ! bien, les copines, j'en avais plusieurs dans la salle, elles m'ont même pas reconnue