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mardi 16 décembre 2014

marché du samedi (6) : chez le boucher

Boucher de père en fils, le grand-père, quatrième génération, n'est plus. Il officiait aux Halles. Une figure. Béret vissé sur la tête, goût pour les plaisanteries légères "Je parle trois langues, le béarnais, le français et le sous-entendu" art consommé de la citation au débotté, poème de Victor Hugo ou  fable de La Fontaine, c'était le bonheur d'une langue précise et fleurie pour un conseil avisé l'oreille tendue vers vous au-dessus du comptoir,  oui, le grand âge l'avait rendu un peu sourd, la main, elle, ne faiblissait pas, précision du couteau scalpel et goût enfantin pour le prix ou le poids qui tombe juste, c'est que soixante-dix ans d'expérience derrière soi ça compte tout de même, elle s'activant à son côté, soupirant parfois, son discours, elle ne le connaissait que trop, jolie, le teint frais, le cheveu blanc éclatant "après le mariage du fils, j'ai arrêté la couleur", chagrin, fatigue, usure, elle a cessé de venir, ce jour-là dans le petit étal, le fils, la cinquantaine, l'ouvrier et un jeune homme, à une fierté, un échange de sourire, on devine, oui, c'est bien son fils, il découpe, taille, même précision du geste et peut-être autre héritage de cette longue lignée de commerçants, une conversation facile et fluide alors qu'il s'active, "Si j'étudie l'informatique... ? il est surpris Non, le droit, enfin j'ai fini... " une hésitation, cette famille ne connaîtra pas sa sixième génération de boucher "je suis huissier"

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