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vendredi 4 septembre 2009

Train

Avoir guetté, oublié l'heure mais enfin un jour, il était là, le train et le petit Nikon bien en main. De l'autre côté du gave, silhouette, une haute maison grise, la minoterie Marsan. Désaffectée depuis des années.




Cette gare, on l'avait sans doute jugée inutile, et depuis deux ans déjà elle était désaffectée.
Une gare sans importance, un événement sans importance, personne n'y avait jamais songé sérieusement, personne n'y pensait plus. L'employé de la gare seul y pensait. Il y pensait sérieusement, lui, et, sans cesse, depuis ces deux ans.

Voilà pourquoi tous les jours, à l'heure du train de nuit qui passait autrefois sur la voie 2, il allume sa petite lampe, il se dirige vers la voie 2, il guette ensuite, la montre à la main, anxieux mais confiant, imaginant peut-être que cette lumière clouée dans un coin du décor est celle de la grande gueule du rapide, qu'elle va bouger soudain et grandir, grandir, dans un terrible fracas de suie et d'étincelles.Et personne n'arrive à comprendre pourquoi, ce matin, on a retrouvé l'employé déchiqueté sur une des voies, la tête broyée, les deux bras sectionnés. Et personne ne peut nier que très nettement il s'agit d'un accident de travail, des roues de train seules pouvaient... Le train bien sûr... Les rails, la gare sont là, on pourrait supposer une erreur d'aiguillage, l'ancien trajet un instant retrouvé... Mais comment admettre ce hasard alors que les deux voies de la gare vont se perdre, tranchées soudain, se perdre et s'enfoncer au milieu d'un grand pré vide dans lequel il n'y a aucun indice de catastrophe ?

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