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dimanche 21 juin 2026

Lu et vu

 Lu

Neige de Jon Fosse

L’objet d’amour d’Edna O’Brien

«Marie chérie», fit-il, plongeant son regard dans ses yeux. Ses yeux brun-vert. Il confessa qu'il ne pouvait l'aimer, parce qu'il aimait déjà sa femme et ses enfants, et de toute manière, « tu es trop jeune, trop innocente».

Le lendemain, sur le départ, il demanda s'il pouvait lui envoyer quelque chose par la poste; il arriva onze jours plus tard : un portrait d'elle en noir et blanc, très ressemblant, sauf que la fille du dessin était plus laide.

«Des clous, oui », fit sa mère, qui avait espéré un bracelet en or ou une broche. « Ça te fait une belle jambe. »

Ils l'accrochèrent à une pointe dans la cuisine, puis, un jour, il tomba et quelqu'un (probablement sa mère) s'en servit pour ramasser la poussière; depuis, il a toujours servi à cela. Mary aurait aimé le garder, le fourrer dans une malle, mais la honte l'en empêcha. C'étaient des gens durs, qui ne pouvaient se laisser aller au sentiment ou aux pleurs qu'en cas de décès.

«Marie chérie », avait-il dit. Jamais il ne l'écrivit. Deux étés passèrent, les tisons de Satan fleurirent deux étes, le vent emporta les graines de chardon, les arbres de la forêt grandirent d'une trentaine de centimètres. Elle avait le pressentiment qu'il reviendrait, et la peur qu'il ne le fasse pas la rongeait. (p 20, nouvelle L’objet d’amour)


(…)  Il savait fort bien qu'il ne se passait pas grand-chose entre les hommes et les femmes.

La sienne avait failli le rendre fou, assise devant le feu de la cuisine à raconter qu'elle voyait des visages dans les flammes avant de se lever subitement et de courir à l'étage voir s'il y avait un homme sous son lit. Il l'avait envoyée à Lourdes l'été dernier, histoire de voir si ça la remettrait d'aplomb, mais elle était revenue pire.

«L'amour, c'est de la c...!» Sa femme avait pris la manie de mettre du sucre et des pêches dans le moindre morceau de viande qu'elle cuisinait. Puis la lubie l'a saisie d'acheter un sablier. Elle jouait avec le soir, le retournant et regardant le sable qui s'écoulait dans le globe inférieur. Puérile, voilà ce qu'elle était. (p 65, nouvelle Durs à cuire)


Vu

Personne ne rira de Hynek Bočan, présenté par Joël Chapron

jeudi 18 juin 2026

Conversation (67)

elle surveille de près la composition de ses produits de beauté, mange bio, utilise vélo et transports en commun, ne prendra plus l’avion, a appris à sa jeune    femme de ménage à nettoyer les carreaux au papier journal et vinaigre, la tranquille assurance d’être vertueuse donc, Mon fils et sa compagne, oui eux aussi bien  sûr sont conscients, elle hésite à poursuivre, des préliminaires, ils vivent à Paris, gagnent très bien leur vie et rêvent de se rapprocher, eh ! bien, elle se jette à l’eau, avec l’arrivée du deuxième à l’automne,  ils s’achètent une Tesla, une voiture d’Elon on n’aurait pas cru, Elon on dit comme ça entre nous avec Jacques 

mercredi 17 juin 2026

Conversation (66)

quel âge, la soixantaine, peut-être moins, la rue abîme, bermuda et tongs, un bob, des journées entières sur un banc au soleil, autour de lui, à ses pieds, une panoplie d’écriteaux en carton, ce banc sa tribune et malgré la dèche sensible, grosse tirelire posée à côté de lui, la noblesse d’un maintien, une voix agréable et bien posée, il aurait été journaliste, bijoutier, enseignant, chacun de supputer, une figure du centre-ville, toujours quelqu’un près de lui, jeune vieux, homme femme,  debout assis, oreille tendue vers sa parole, en passant saisir un Aujourd’hui des produits contre, tu parles, les moustiques les tigres et les autres sont morts de rire

mardi 16 juin 2026

Conversation (65) entre amies

dès le pas de la porte Sympa ce haut, tu l’as acheté où, elle l’examine avec soin, je te le connaissais pas, ça te donne, elle cherche ses mots, hésite, se reprend, caresse du bout des doigts son propre décolleté, comment dire, oui, ça, tu as l’air  moins plus féminin 

lundi 15 juin 2026

l’été,

 

vers dix heures, avant la passerelle de Gelos

à la fraîche, sous les grands arbres, le long du gave

dimanche 14 juin 2026

Lu et vu (193)

 Lu

Djamila de Tchinghiz Aïmatov

J'étais bouleversé. La steppe semblait avoir soudain fleuri, elle bougea, écarta les ténèbres et, dans cette steppe vaste, j'aperçus deux amoureux. Et eux ne me remarquaient point, tout comme si je n'avais pas existé. Je marchais et les regardais, qui, ayant oublié tout au monde, ensemble se balançaient en mesure avec la chanson. Et je ne les reconnaissais plus. C'était pourtant toujours Daniiar, dans sa chemise de soldat, dégrafée, élimée, mais ses yeux, semblait-il, brûlaient dans l'obscurité. C'était toujours ma Djamilia serrée contre lui, si timide et silencieuse, des pleurs étincelants à ses cils. Ils étaient des êtres nouveaux, merveilleusement heureux.

Est-ce que ce n'était pas là le bonheur? Car tout cet énorme amour de la terre natale qui avait en lui engendré cette musique inspirée, Daniiar lui en avait entièrement fait hommage, c'était pour elle qu'il chantait, il la chantait.

Cette même incompréhensible émotion qui me venait toujours des chansons de Daniiar à nouveau s'empara de moi. Et soudain ce que je voulais me devint clair. Je voulais les peindre.

Je m'effrayai de mes propres pensées. Mais le désir était plus fort que la peur. Je les peindrai tels que les voilà, heureux! Oui, tels que les voilà, à cette heure! Mais le pourrai-je? J'avais la respiration coupée de peur et de joie. Je marchais dans un oubli doucement enivré. J'étais heureux, moi aussi, parce que je ne savais pas encore combien dans l'avenir ce désir audacieux me réservait de difficultés. Je me disais que la terre, il fallait la voir comme Daniiar la voyait, qu'avec des couleurs c'était la chanson de Daniiar que je raconterais, que j'aurais aussi des montagnes, la steppe, des gens, les herbes, les nuages, les rivières. J'en vins même alors à penser : « Et où je vais les prendre les couleurs? On n'en donne pas à l'école : ils en ont besoin pour eux-mêmes! » Comme si toute l'affaire avait résidé seulement en cela.

La chanson de Daniiar s'interrompit inopinément. C'était Djamilia qui l'avait étreint avec frénésie, mais aussitôt elle s'était rejetée en arrière, arrêtée un instant, elle s'était jetée de côté et avait sauté à bas de la britchka. Daniiar, indécis, tira les rênes, les chevaux firent halte.(99, 100)

Des jours et des nuits à Chartres de Henning Mankell (théâtre)

Le serment d’Europe de Wadji Mouawad  (théâtre)

Vu

Cinéma 

Certains l’aiment chaud de Billy Wilder

Une année italienne de Laura Samani

Théâtre : retour d’atelier de la Compagnie L’Auberge Espagnole 

Résiste réunit deux propositions théâtrales:

Vera de Petr Zelenka

Deux histoires où la vie personnelle des protagonistes va être bouleversée par la dure réalité de la mondialisation. 

Une directrice de casting perd tout à cause du rachat de son entreprise par une société étrangère: pouvoir, chute vertigineuse, trahison, cynisme.  


Sing my life de Cathy Min Jung

Un groupe d'ouvrier·ères dont l'outil de travail est délocalisé en Chine s'organise pour lutter, protester, se défendre tandis que l'une d' elles participe à un concours de chant. Entre paillettes et huile de moteur, télé-crochet et usine, garde d'enfants et manifestations, quand le quotidien est bouleversé par la nécessité de faire des choix pour s'en sortir, rêver et lutter.