le sud de Pau, beaucoup d’Espagnols, de Portugais aussi, se sont installés par là, une petite rue tranquille, de l’autre côté du grillage posée sur l’herbe haute, une toute petite maison ratatinée sur elle-même aux volets gris qui s’écaillent, la façade mériterait elle aussi un bon coup de peinture, trois marches, la porte d’entrée, au-dessus sur un panneau en bois qui se déplierait tel un parchemin, son nom Hermosa Belle, penser Fut un temps et aussitôt l’entendre elle Ceux qui ont ça ne sont pas sans rien elle disait
Même si
"Le dire ne console pas de ce qui reste à dire."
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lundi 11 mai 2026
dimanche 10 mai 2026
Lu et vu (188)
Lu
Les habitantes de Pauline Peyrade
Vous ne connaissez rien de moi de Julie Héraklès
Retour à Balbec de Renaud Meyer
Trent-sis de Malika Moustadraf
Le jardinier et la mort de Guéorgui Gospodinov
Toute la littérature mondiale, et celle de Bulgarie ne fait pas exception, chante la mère et écrit des lettres kafkaïennes amères au père.
Un jour, alors qu'on lui demandait où travaillait son père, un camarade de classe a répondu : dans la fabrique à gifles. L'espace de quelques secondes, l'institutrice enregistra machinalement cette information comme crédible et commença à l'écrire dans le journal de classe. Tous les pères, à cette époque, travaillaient dans des fabriques: de porcelaine, de caoutchouc, de briques, pourquoi pas de gifles.Puis elle se rendit compte de ce qu'elle allait écrire et eut un regard noir, tandis que nous étions morts de rire.
Mais la fabrique à gifles ne faisait pas qu'exister, elle fonctionnait à plein régime. Et produisait des gifles à la chaîne. Je vais mettre en marche la fabrique à gifles, nous avertissait-on régulièrement, s'il nous prenait l'idée de faire quelque chose qui n'était pas permis. En général, c'étaient nos pères qui y travaillaient, ils étaient eux-memes des fabriques à gifles, même si les mères ne s'en abstenaient pas. Ni les instituteurs. Et ça a commencé bien avant notre naissance. On raconte que, dans le règlement de l'école de Gabrovo, en 1884, il était écrit: « Sont admis à l'école des enfants qui ont grandi avec des gifles et les supportent.»
Frapper quelqu'un sur la joue ou lui tirer l'oreille était tout à fait dans l'ordre des choses. Je vais te déchirer les oreilles n'était ni une métaphore ni une hyperbole, la prof principale de mon frère lui avait vraiment fendu légèrement le bas du lobe, comme le confirma le médecin de l'école. Je garde le souvenir d'avoir été visé par une craie ou frappé par une baguette, mais celle qui faisait le plus mal en giflant était la prof d'allemand avec sa bague en fer. (Les profs d'allemand sont-elles plus dures que celles de français, ou la langue n'a-t-elle rien à voir avec ça, me demandais-je alors.)
Malgré tout, la menace la plus sérieuse à cette époque-là était toujours: Je vais le dire à ton père! Le père devait être l'épouvantail, le corps disciplinant. Et, dans la plupart des cas, il l'était. «Où est Kirtcho, ses parents le cherchent pour le battre», est demeuré l'une des répliques les plus populaires d'un film bulgare pour enfants. Certains de mes camarades de classe se vantaient même de la dérouillée qu'ils avaient reçue ou qui les attendait le soir. (p 161, 162)
Mon père était l'Atlas qui portait sur ses épaules des tonnes de passé. Et, maintenant qu'il s'en est allé, je sens tout ce passé se fissurer, s'écrouler silencieusement sur moi et me submerger de tous ses après-midi. Les après-midi de l'enfance qui s'écroulent silencieusement. Et je n'ai personne à qui demander de l'aide. (p 210)
Je continue à photographier des fleurs en train de se flétrir, à différents stades de flétrissure, de décoloration, des pétales qui tombent, des pistils et des étamines carrément dénudés, ceux de petites vieilles déjà, ayant dépassé leur fonction de séduction. Fleurs désertées par les abeilles, qui s'en vont... Il y a un chagrin et une beauté propres au flétrissement, mais sans le désespoir accompagnant le vieillissement chez les êtres humains et les animaux. C'est sans doute la raison pour laquelle je continue de prendre en photo des roses, des iris, des tulipes qui s'en vont, des pivoines qui se dépouillent, des arums et des violettes qui pâlissent... La botanique sait mourir en beauté, sans mourir. La botanique en sait encore un peu plus sur la mort. (p 215)
Vu
Cinéma
Ève de Joseph L. Mankiewicz
Spectacle
Strano du cirque Trottola
vendredi 8 mai 2026
Conversation (61)
Une photo d’identité en noir et blanc s’échappe d’un livre, la vôtre, plus tard, une amie, elle la tourne et retourne dans ses mains, Ça fait combien tu dis ? plus de quarante, non, je te reconnais pas, elle s’essaie à préciser, tu ressembles pas à toi mais à quelqu’un d’autre, oui, à l’actrice d’une série que je regarde le vendredi soir, tu veux savoir comment elle s’appelle, c’est ça ? Coup d’œil rapide au programme télé à portée de main Y a pas son nom, c’est un second rôle.
mercredi 6 mai 2026
Conversation (60)
un village, un puits au centre, elle est assise sur la margelle, ample jupe fleurie et grand chapeau qu’elle ôte d’un geste vif, son crâne rasé, un choix J’en ai rêvé toute ma vie, je vais avoir quatre-vingts ans, c’était maintenant ou jamais, la coiffeuse d’ici ne voulait pas, j’ai dû aller jusqu’à Pau pour le faire, elle sourit, se caresse la nuque, j’ai prévu une grande fête pour mon anniversaire, ce sera le 10 octobre, j’ai déjà lancé les invitations, figurez-vous qu’il y en a une qui a répondu qu’elle n’était pas sûre de pouvoir parce qu’elle aurait peut-être les petits-enfants, non, mais vous vous rendez compte, comme si elle pouvait pas s’arranger et de but en blanc Vous avez des enfants, vous ? elle enchaîne, l’amour, je dis pas, c’est pas pareil, deux ans qu’il est plus là, il me manque
lundi 4 mai 2026
dimanche 3 mai 2026
Lu et vu (187)
Lu
La collision de Paul Gasnier
Une chambre au-dessus d’un magasin d’Anthony Shapland
La révolte des pendus de B. Traven
Sans oublier qu’en plus c’est bien la fin du monde de Chloé Delaume, préface Lydie Salvayre
Ouin Ouin boogie
C'était un hétéro alpha
Un restau après le cinéma
Je souriais à ce spécimen
En me répétant Not all men
Il était à peine minuit pile
Il s'est changé en crocodile
Pleurant d'être persécuté
Par des folles et des mal baisées
Il m'a dit le patriarcat
Ma petite, ça n'existe pas
Prenons du recul un instant
Ici on n'est pas en Iran
Si les femmes ne sont pas au pouvoir
C'est que depuis la préhistoire
On sait qu'elles n'ont pas les épaules
Et c'est pas grave : chacun son rôle
Il chouinait on ne peut plus rien dire
Déconstruire ça veut dire détruire
Je n'en peux plus de cette maladie
Partout y a des féminazies
Le féminisme et ses maquerelles
Il nous pleut des nuées de sauterelles
Mamans toutes seules jamais putains
C'est comme un châtiment divin
Il m'a dit le patriarcat
Ma petite, ça n'existe pas
Prenons du recul un instant
Ici c'est pas l'Afghanistan
Si les femmes ne sont pas au pouvoir
C'est que depuis la préhistoire
Elles supportent mal la pression
Mais sont douées pour tenir une maison
Il criait vous pouvez voter
Faire des études, ce que vous voulez
L'égalité est déjà là
C'est juste vous qui n'assurez pas
Toutes vos histoires de charge mentale
D'inégalités salariales
De grandes invisibilisées
C'est un truc pour vous rassurer
Il m'a dit le patriarcat
Ma petite, ça n'existe pas
Prenons du recul un instant
Ici on n'est pas en Iran
Je lui ai rappelé un pouvoir
Qu’on a depuis la préhistoire
Il hante petits et grands garçons
Le fantasme de castration
(p 62, 63)
Vu
cinéma
Yellow letters de Iker Çatak
Spectacle
Le poids des fourmis Théâtre Bluff Philippe Cyr
samedi 2 mai 2026
parole de (14) veuve
tant que je peux, je continue, j’aime toujours marcher, sortir, ce que je n’aime plus c’est rentrer
