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| Lisbonne, Carmo Convent, 18h45 |
"Le dire ne console pas de ce qui reste à dire."
couper dans la longue guirlande, il rechigne bien un peu bien un peu à vendre seulement une demi txistorra, Combien vous êtes déjà, ça va pas vous faire beaucoup Elle, soupir Toutes les femmes sont au régime, se ravisant, au moins un temps Lui Oui, ensuite elles vont plus à la plage
Lu
L’homme qui lisait des livres de Rachid Benzine
Mon Noël avec Marcia de Peter StammVu
Le temps des moissons de Huo Meng
un blablacar de Saint-Sébastien à Bilbao, elle roule tendue, une colère rentrée, les yeux fixés sur la route, quarante-et-un ans disait l’annonce, là-bas à Bilbao un cours groupe de Capoeira, Les enfants, j’en peux plus, c’est horrible, t’as pas idée, j’ai fait ma part un garçon et une fille, douze et quatorze ans, obligée de me je me taire tout le temps, elle fait le geste de se bâillonner, mais j’ai un cahier et je note tout, pour leurs dix-huit ans, s’ils ont besoin de moi je ferai ce qu’il faut mais je les pousserai vers la sortie, tellement hâte, tout à l’heure, avant de partir le petit au foot, bien sûr ses affaires n’étaient pas prêtes, il a fallu l’aider et l’accompagner, l’autre à la danse, là c’est mon tour, je respire, elle se détend peu à peu, demain je les accompagne à Madrid pour Noël, une semaine, j’aime autant ne pas y être, ça tombe bien je travaille, mes sœurs n’ont pas d’enfants, elles savent pas ce que c’est, elles les attendent comme de petits dieux, ils en font ce qu’ils veulent. elles voient même pas qu’ils ont grandi, prévoient des activités, ils n’en veulent pas, c’est simple, ils veulent rien, puis elles m’appellent pour que j’arbitre, je mettrai mon téléphone en mode avion
c’est dans une petite vallée des Pyrénées,
la vallée d’Ossau,
dans un gros village,
Arudy,
une toute petite librairie,
La Curieuse,
un peu de monde à l’intérieur cet après-midi-là, quelqu’un à la caisse, de jeunes mamans et leurs enfants tout juste sortis de la à la crèche, deux adolescents dans le rayon à eux dédié et un vieil homme frêle appuyé sur sa canne, suivre son avancée du coin de l’œil, observer sa mise soignée, chemise de trappeur, doudoune sans manches, pantalons de velours côtelé, quatre-vingt-quinze ans vous dira-t-on plus tard, il furète au rayon nouveautés, puis soudain vers la libraire Ce poète chilien, Pedro… comment il s’appelait déjà ? Neruda, vous voulez parler de Pablo Neruda ? ah ! Pablo, oui, Pablo, c’est ça, et ce prénom martelé encore, Pablo, Pablo, fichue mémoire, la libraire à son secours, Allez, allez, vous nous direz bien un poème, lui, la voix ferme, arcbouté à sa canne, sans faillir, sans faiblir, un extrait du Chant Général de Pablo Neruda,
Je prends congé, je rentre
chez moi, dedans mes rêves,
je retourne à cette Patagonie
où le vent frappe les étables
et où l'Océan disperse la glace.
Je ne suis qu'un poète et je vous aime tous,
je vais errant par le monde que j'aime :
dans ma patrie on emprisonne les mineurs
et le soldat commande au juge.
Mais j'aime, moi, jusqu'aux racines
de mon petit pays si froid.
Si je devais mourir cent fois, c'est là, oui, que je veux mourir,
si je devais naître cent fois, c'est là aussi que je veux naître,
près de l'araucaria sauvage,
des bourrasques du vent du Sud,
des cloches depuis peu acquises.
Qu'aucun ne pense à moi.
Pensons à toute la terre,
frappons amoureusement sur la table.
Je ne veux pas revoir le sang
imbiber le pain, les haricots noirs,
la musique : je veux que viennent avec moi
le mineur, la fillette, l'avocat, le marin
et le fabricant de poupées,
que nous allions au cinéma, que nous sortions
boire le plus rouge des vins.
Je ne viens rien solutionner.
Je suis venu ici chanter, je suis venu
afin que tu chantes avec moi.
ensuite un blanc, l’émotion partagée, la densité d’un silence, son épaisseur, puis des applaudissements, sans doute est-ce cela, une épiphanie,
le sourire modeste et rassuré, encore une fois il est allé au bout, sa commande Les Misérables pour un de ses petits-fils, la nuit vient, il ne s’attarde pas, la libraire le raccompagne, une marche traîtresse à la sortie, l’instant d’après le voir passer au volant de sa Clio, des enfants pas loin mais il vit seul dans un village à flanc de montagne