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samedi 31 janvier 2026

à Pau, boulevard des Pyrénées

 


un ciel bas, des trottoirs luisants de pluie et dès les premiers reliefs euria zaldiz la pluie à cheval soulevée par un vent venu de l’ouest du sud qui tourbillonne, nuages qui s’effilochent, crinières, dévoilent, se recomposent et filent avant de disparaître, tout au fond la chaîne enneigée, guetter l’Ossau, un cache-cache

vendredi 30 janvier 2026

du côté des mères (6)

à Saint-Sébastien, une boulangerie salon de thé prise d’assaut en ce samedi après-midi animé, à défaut près du comptoir une grande table à compléter, prendre place, en face, une mère couve des yeux ses deux petites, l’une a le nez plongé dans un chocolat bien crémeux, l’autre grignote un bout de tortilla, puis elles échangent, en laissent un peu, sur le comptoir des carafe d’eau des verres, on va chercher si on en veut, la mère n’a rien pris, juste de l’eau, elle finit les restes, les petites sont contentes, la mère aussi, sourires croisés, elles sortent

jeudi 29 janvier 2026

à Lisbonne, sortie de messe

 

Baixa Chiado, 13 heures 

d’un pas vif, gilet au crochet maison, grande jupe pour elle, leurs couleurs à tous deux se font discrètement écho, élégance d’un couple, 


sur leur gauche un peu plus haut, le café À Brasileira, que fréquenta dit-on Fenando Pessoa, 


à droite, la librairie Bertrand, la plus ancienne elle l’assure du Portugal, son coin café tout au fond, Pessoa encore et encore tel un produit dérivé

mercredi 28 janvier 2026

à Lisbonne, un dimanche après-midi

dimanche 11 janvier 26, 16 heures 

 le dimanche s’alanguit, 

d’´une fenêtre entrouverte une voix de femme, 

fado,


assis sur le rebord, adossé au montant, un homme fume,

volutes bleus dans le jour gris, 

son regard vague vers la rue déserte,

désœuvrement 

il s’ennuie

palpable, 


une mélancolie,

une douceur aussi,

éviter de le dévisager plus, 

écouter



mardi 27 janvier 2026

à Evora


12 janvier, 15h30

Chapelle des Os, y aller vraiment ? Si l’on était tenté de l’oublier « Vanité, tout est vanité », un solide rappel. 



Wikipedia : à l'entrée, Nós ossos que aqui estamos pelos vossos esperamos  « Nous, les os ici présents, attendons que les vôtres nous rejoignent »

La phrase Melior est dies mortis die nativitatis « Le jour de la mort vaut mieux que celui de la naissance » tirée de l’Éclésiaste (7.1-6) est inscrite au plafond.

lundi 26 janvier 2026

d’une langue à l’autre (3)

songer au Zer berri Quoi de neuf peu utilisé en famille au profit de Ze xehetasun berri Quelles petites nouvelles, quels détails, goût donc xehetasunendako pour les détails, les petites choses, le minuscule, un goût venu de loin

dimanche 25 janvier 2026

Lu et vu (174)

 Lu

Histoire de Tölne de Mario Rigoni Stern

Hors-champ de Marie-Hélène Lafon

La servante écarlate de Margaret Atwood 

       Histoires dans le monde Discours prononcé par Margaret Atwood le 15 octobre 2017 à Francfort, à l'occasion de sa réception du prix de la Paix des libraires allemands, et traduit de l'anglais (Canada) par Patrick Dusoulier.

Ainsi donc, quelle est l'histoire que nous nous racontons à propos du moment actuel et de ses péripéties ? Quelle que soit la cause de ce bouleversement que nous vivons, c'est le genre de moment où les lapins dans le pré dressent les oreilles, parce qu'un prédateur a fait son entrée.

Bientôt va venir un loup revêtu d'une peau de mouton, ou même un loup habillé en loup, et ce loup va dire : « Lapins, vous avez besoin d'un dirigeant fort, et je suis justement celui qu'il vous faut. Je vais faire apparaître comme par magie le monde parfait du futur, et des cornets de glace pousseront sur les arbres. Mais d'abord, nous devrons nous débarrasser de la société civile - elle est trop molle, elle est dégénérée -, et il nous faudra abandonner ces normes de comportement qui nous permettent de nous promener dans la rue sans nous flanquer des coups de couteau. Et ensuite, nous devrons nous débarrasser de ces gens. C'est alors, et alors seulement, qu'apparaîtra la société parfaite!»

L'identité de ces gens varie d'un lieu à l'autre, et d'une époque à l'autre. Il a pu s'agir de sorcières ou de lépreux, qui les unes comme les autres ont été tenus pour responsables de la peste noire. Cela a pu être des huguenots, dans la France du XVII ème siècle. Cela a pu être des mennonites. (« Mais pourquoi vous ? ai-je demandé à un ami mennonite. Vous semblez si inoffensifs ! - Nous étions pacifistes, m'a-t-il répondu. Dans un continent en guerre, nous donnions un mauvais exemple. »)

Bon, toujours est-il que le loup conclut : « Faites ce que je dis, et tout ira bien. Défiez-moi, et grrr grrr, miam miam, vous serez croqués menu. »

Les lapins sont pétrifiés, parce qu'ils sont terrifiés et désorientés, et le temps qu'ils comprennent qu'en fait, le loup ne leur veut pas du bien, mais qu'il a tout organisé au seul bénéfice des loups, il est trop tard.

Oui, allez-vous me dire, nous le savons bien. Nous avons lu les contes, nous avons lu de la science-fiction, nous avons été mis en garde, souvent. Mais cela n'empêche pas toujours cette histoire de se rejouer dans des sociétés humaines, encore et encore. (p 18, 19)


J’aimerais croire que c'est juste une histoire que je raconte. J'ai besoin de le croire. Je dois le croire. Les gens qui ont la faculté de croire que de telles histoires ne sont que des histoires ont plus de chances de s'en tirer.

Si c'est une histoire que je raconte, j'ai donc un pouvoir sur son dénouement. Elle aura alors un dénouement et la vie réelle s'ensuivra. Je pourrai reprendre les choses là où je les ai laissées.

Ce n'est pas une histoire que je raconte.

Dans ma tête, c'en est une aussi, au fur et à mesure.

Je la raconte, je ne l'écris pas, parce que je n'ai rien pour écrire et que de toute façon il est interdit d'écrire. Mais si c'est une histoire, même dans ma tête, il faut que je la raconte à quelqu'un. On ne se raconte pas une histoire pour son seul bénéfice. Il y a toujours quelqu'un d'autre.

Même quand il n'y a personne.

Une histoire, c'est comme une lettre. Je dirai : Cher toi ou À toi. Rien que toi, sans prénom. Attacher un prénom attache le toi au monde réel, ce qui est plus risqué, plus dangereux : va savoir quelles y sont les chances de survie, tes chances, bien à toi? Je dirai : toi, toi, comme dans une vieille chanson d'amour. Toi peut faire référence à plus d'une personne.

Toi peut faire référence à des milliers.

Je ne cours pas de danger imminent, te dirai-je.

Je ferai comme si tu pouvais m'entendre.

Mais ça ne sert à rien, parce que je sais que tu ne

peux pas. (p 93, 94)


Vu

Spectacle 

Nos matins intérieurs par le Collectif Petits Travers, mise en scène de Nicolas Mathis, texte et directeur d’acteur Jean-Charles Massera