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samedi 24 janvier 2026

Les nuits de la lecture, dixième édition

 
Salle des Fêtes d’Arudy, 23 janvier 2026, 18h25

sur le thème Villes et Campagnes, aux mêmes dates, ça s’est trouvé comme ça, que la fête programmée pour les cinq ans de La Curieuse, trois écrivaines invitées respectent l’engagement pris ça fait un bout de temps, Violaine Bérot la veille à la BPI de Beaubourg, Marie-Hélène Lafon marraine (avec Laurent Gaudé) de l’édition et Elsa Sanial, des inscriptions encore et encore, trop petite la Médiathèque, refuser du monde, pas question, la communauté des communes de la Haute Vallée d’Ossau offre la salle des fêtes, une armada se met en ordre de bataille, cette librairie leur lieu à eux, les gens du coin, un lieu de désir, nécessaire, vitale, sur le pont  Marianne Lassus, la libraire, orchestre, fédère, encourage, la queue s’allonge, pas bien chaud dehors, on patiente, quelqu’un On a vu de la lumière alors… on rit, ça papote, parle de neige qui monte, qui redescend, du coup de vent de mercredi, ce vent du sud qui rend fou et décoiffe les sommets, de tout de rien, on est ensemble et c’est déjà bon, 

on rentre peu à peu, la salle est grande, pas forcément hospitalière, un peu froid dedans aussi, pas que dehors, ça se remplit et soudain c’est lancé, dans le vif même si ça hésite cherche sa voie on dirait, puis très vite ça décolle, les échanges se font fluides, ça rebondit, ricoche, lectures croisées entre les auteures, Violaine Bérot lit Marie-Hélène Lafon qui lit Elsa Sanial laquelle lit Violaine Bérot, tressées d’autres venues du public, entre les auteures ça prend, à l’œuvre une alchimie souterraine, on le sent, on le voit, on le vit, et ça se cimente, se sédimente, se dépose en nous, c’est fort, une communauté éphémère prend corps, puissante et fragile, c’était pas gagné, un côté bonne franquette pour plats uniques et inoubliables, vous revient le On a vu de la lumière suivi du machinal alors on est rentrés, oui, la lumière est bien là, « la chaleur que tisse la parole » aussi, on sourit des lèvres des yeux du cœur à sa voisine de chaise, en retour son sourire des lèvres des yeux du coeur, une autre fois, entre  vous, ça, une première pierre, ça flotte, du vibratile, on se sent plus aimants, plus accueillants, cent soixante-dix personnes,  à n’y pas croire, des applaudissements, les chaises grincent un peu, sortir d’une sorte d’engourdissement rêve éveillé, du monde déjà s’avance vers chacune des tables, le moment des dédicaces, Marianne On se retrouve  pour un cap a cap avec elles, d’accord ?

mercredi 31 décembre 2025

vieillir (83)

c’est dans une petite vallée des Pyrénées, 

la vallée d’Ossau,

dans un gros village,

Arudy,

une toute petite librairie, 

La Curieuse, 

un peu de monde à l’intérieur cet après-midi-là, quelqu’un à la caisse, de jeunes mamans et leurs enfants tout juste sortis de la à la crèche, deux adolescents dans le rayon à eux dédié et  un vieil homme frêle appuyé sur sa canne, suivre son avancée du coin de l’œil, observer sa mise soignée, chemise de trappeur, doudoune sans manches, pantalons de velours côtelé, quatre-vingt-quinze ans vous dira-t-on plus tard, il furète au rayon nouveautés, puis soudain vers la libraire Ce poète chilien, Pedro… comment il s’appelait déjà ? Neruda, vous voulez parler de Pablo Neruda ? ah ! Pablo, oui, Pablo, c’est ça, et ce prénom martelé encore, Pablo, Pablo, fichue mémoire, la libraire à son secours, Allez, allez, vous nous direz bien un poème, lui, la voix ferme, arcbouté à sa canne, sans faillir, sans faiblir, un extrait du Chant Général de Pablo Neruda,

Je prends congé, je rentre 

chez moi, dedans mes rêves, 

je retourne à cette Patagonie 

où le vent frappe les étables 

et où l'Océan disperse la glace.

Je ne suis qu'un poète et je vous aime tous, 

je vais errant par le monde que j'aime : 

dans ma patrie on emprisonne les mineurs 

et le soldat commande au juge.

Mais j'aime, moi, jusqu'aux racines 

de mon petit pays si froid.

Si je devais mourir cent fois, c'est là, oui, que je veux mourir, 

si je devais naître cent fois, c'est là aussi que je veux naître, 

près de l'araucaria sauvage, 

des bourrasques du vent du Sud, 

des cloches depuis peu acquises.

Qu'aucun ne pense à moi. 

Pensons à toute la terre, 

frappons amoureusement sur la table.

Je ne veux pas revoir le sang 

imbiber le pain, les haricots noirs, 

la musique : je veux que viennent avec moi 

le mineur, la fillette, l'avocat, le marin 

et le fabricant de poupées, 

que nous allions au cinéma, que nous sortions  

boire le plus rouge des vins.


Je ne viens rien solutionner.


Je suis venu ici chanter, je suis venu 

afin que tu chantes avec moi.


ensuite un blanc, l’émotion partagée, la densité d’un silence, son épaisseur, puis des applaudissements, sans doute est-ce cela, une épiphanie, 


le sourire modeste et rassuré, encore une fois il est allé au bout, sa commande Les Misérables pour un de ses petits-fils, la nuit vient, il ne s’attarde pas, la libraire le raccompagne, une marche traîtresse à la sortie, l’instant d’après le voir passer au volant de sa Clio, des enfants pas loin mais il vit seul dans un village à flanc de montagne

mercredi 12 juin 2024

À pied (20) de Sévignacq-Méracq à Oloron Sainte-Marie

 

Arudy depuis Bescat vers 8h1/2, le 6/6/24

béarnaises