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mardi 19 mai 2009

Le verbe être

André Breton, Clair de terre (poche p 119, 120)

Je connais le désespoir dans ses grandes lignes. Le désespoir n'a pas d'ailes, il ne tient pas nécessairement à ne table desservie sur une terrasse, le soir, au bord de la mer. C'est le désespoir et ce n'est pas le retour d'une quantité de petits faits comme des graines qui quittent à la nuit tombante un sillon pour un autre. Ce n'est pas la mousse sur une pierre ou le verre à boire. C'est un bateau criblé de neige, si voulez, comme les oiseaux qui tombent et leur sang n'a pas la moindre épaisseur. Je connais le désespoir dans ses grandes lignes. Une forme très petite, délimitée par des bijoux de cheveux. C'est le désespoir. Un collier de perles pour lequel on ne saurait trouver de fermoir et dont l'existence ne tient pas même à un fil, voilà le désespoir. Le reste nous n'en parlons pas. Nous n'avons pas fini de désespérer si nous commençons. Moi je désespère de l'abat-jour vers quatre heures, je désespère de l'éventail vers minuit, je désespère de la cigarette des condamnés. Je connais le désespoir dans ses grandes lignes. Le désespoir n'a pas de cœur, la main reste toujours au désespoir hors d'haleine, au désespoir dont les glaces ne nous disent jamais s'il est mort. Je vis de ce désespoir qui m'enchante. J'aime cette mouche bleue qui vole dans le ciel à l’heure ou les étoiles chantonnent. Je connais dans ses grandes lignes le désespoir aux longs étonnements grêles, le désespoir de la fierté, le désespoir de la colère. Je me lève chaque jour comme tout le monde et je détends les bras sur un papier à fleurs, je ne me souviens de rien et c'est toujours avec désespoir que je découvre les beaux arbres déracinés de la nuit. L'air de la chambre est beau comme des baguettes de tambour. Il fait un temps de temps. Je connais le désespoir dans ses grandes lignes. C'est comme le vent du rideau qui me tend la perche. A-t-on idée d'un désespoir pareil ! Au feu ! Ah ils vont encore venir... Au secours ! Les voici qui tombent dans l'escalier... Et les annonces de journal, et les réclames lumineuses le long du canal. Tas de sable, va, espèce de tas de sable ! Dans ses grandes lignes le désespoir n'a pas d'importance. C'est une corvée d'arbres qui va encore faire une forêt, c'est une corvée d'étoiles qui va encore faire un jour de moins, c'est une corvée de jours de moins qui va encore faire ma vie.

lundi 18 mai 2009

Au coeur de la ville


un éclat de ciel, un brin d'herbe, la mousse vert tendre, comme un petit air de subversion discrète, le printemps.

Voir Gilles Clément Le Tiers Paysage

vendredi 15 mai 2009

Plus beau village de France



A se pencher
Mélancolie
On pourrait y
Sombrer dans
Mais table ouverte,
Des livres
Un Banquet
La vie partagée.




Aux hôtes merci.

jeudi 14 mai 2009

Vieil ascenceur














Calle Muntaner, dans l'Eixample, Barcelone.
Marbre de l'entrée.
Bois, cuivre.
Noblesse des matériaux.
Grilles, volets à ouvrir, refermer, banquette pour s'asseoir.
Un cérémonial.
Début du siècle dernier, une idée du confort.
Avant que
normes,
autre idée du beau, hantise sécurité et fonctionnel,
n'effacent tout.
Ascenceur en sursis.

mercredi 13 mai 2009

Chantier (5)














Chemin pour le petit cloître.
Échafaudages.
Ravaler.
Effacer les traces du temps.
Partout.
Jusque sur nos visages.

lundi 11 mai 2009

Plus beau village de France


Lagrasse.
On y passe, on admire. Photos d'usage.
Mais ça dit quoi de comme on y vit ?






vendredi 8 mai 2009

Métier


A Barcelone encore, le livreur de bouteilles de gaz.

Pas raccordés à un système de distribution dans cette grande ville ?