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| 4 février, 18h15 |
Lu
Le Sermon de la chute de Rome de Jérôme Ferrari
Vu
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| L'Oublié Émile Betsellère 1872 huile sur toile |
L'image de ce soldat laissé pour mort sur un champ de bataille, lors de la guerre franco-allemande de 1870-71, évoque l'histoire d'un jeune Bayonnais : Théodore Larran. Ému par son récit, le peintre Émile Betsellère, qui a lui-même douloureusement vécu le conflit, fait de son tableau un hommage aux engagés et aux victimes de la guerre.
Pierre-en-Bresse 1832 - 1908 Nay
La Fille de l'antiquaire
1891
Huile sur toile
PAUL HELLEU, ARTISTE DE LA BELLE ÉPOQUE
Né à Vannes en 1859, Paul Helleu élève à l'Ecole des Beaux arts se détourne rapidement de la manière de peindre enseignée, jugée trop académique. Il s'enthousiasme très tôt pour l'impressionnisme, et se forme en autodidacte auprès de ses amis Claude Monet, John Singer Sargent et Giovanni Boldini. Dès 1884, il attire l'attention au Salon grâce à son talent de pastelliste, année où il rencontre aussi sa future épouse, Alice, omniprésente dans son œuvre.
Figure de dandy, Helleu soigne son apparence autant que ses intérieurs.
Initié par James Tissot à la pointe sèche, technique de gravure qui permet un dessin d'une grande finesse, il séduit rapidement les collectionneurs. Son cercle comprend le poète Robert de Montesquiou-Fezensac, qui le fait connaître dans les milieux littéraires, et l'écrivain Marcel Proust, qui s'inspire de lui pour créer le personnage du peintre Elstir dans À la recherche du temps perdu.
Autour de 1900, le Tout-Paris s'enthousiasme pour cet artiste mondain aux portraits virtuoses. Sa renommée dépasse bientôt les frontières: traversant la Manche puis l'Atlantique, il peint notamment en 1912 le plafond de la gare Grand Central à New York.
Paul HELLEU
Vannes 1859 - 1927 Paris
Alice Helleu lisant sur la plage de Deauville
1892-1896
Huile sur toile
s’approcher du comptoir, une jeune femme s’interpose, quelques mots en basque avec le serveur, attendre donc, puis Et pour vous ce sera ? Dute bat nahi nuke, Je voudrais un thé, leur stupéfaction embarrassée, avec ma tête de pas du coin, non, ils ne s’y attendaient pas, regard vif, air de défi aussi, vers lui Débrouille-toi maintenant, elle se lance pourtant, aux lèvres un timide sourire d’excuse On n’en est pas là, on vient juste de commencer, S’essayer à les encourager Ça viendra, vous en avez envie, c’est le principal et s’entendre ajouter C’était ma langue, un C’était ma langue qui tel un glas résonne encore
l'ombre déjà généreuse d'un tilleul, les toits en cascade du quartier Saint-Esprit, l'Adour scintillant dans le grand soleil, au loin les flèches de la cathédrale, Bayonne par un radieux jour de mai.
Roland Barthes La lumière du Sud-Ouest
(paru dans L'Humanité du 10 septembre 1977)
" (...) Commence alors la grande lumière du Sud-Ouest, noble et subtile tout à la fois ; jamais grise, jamais basse (même lorsque le soleil ne luit pas), c'est une lumière-espace, définie moins par les couleurs dont elle affecte les choses (comme dans l'autre Midi) que par la qualité éminemment habitable qu'elle donne à la terre. Je ne trouve pas d'autre moyen que de dire : c'est une lumière lumineuse. Il faut la voir, cette lumière (je dirais presque : l'entendre, tant elle est musicale), à l'automne, qui est la saison souveraine de ce pays ; liquide, rayonnante, déchirante puisque c'est la dernière belle lumière de l'année, illuminant chaque chose dans sa différence (le Sud-Ouest est le pays des micro -climats), elle préserve ce pays de toute vulgarité, de toute grégarité, le rend impropre au tourisme facile et révèle son aristocratie profonde (ce n'est pas une question de classe mais de caractère). A dire cela d'une façon aussi élogieuse, sans doute un scrupule me prend : n'y a-t-il jamais de moments ingrats, dans ce temps du Sud-Ouest ? Certes, mais pour moi, ce ne sont pas les moments de pluie ou d'orage (pourtant fréquents) ; ce ne sont même pas les moments où le ciel est gris ; les accidents de la lumière, ici, me semble-t-il, n'engendrent aucun spleen ; ils n'affectent pas l'« âme », mais seulement le corps, parfois empoissé d'humidité, saoulé de chlorophylle, ou alangui, exténué par le vent d'Espagne qui fait les Pyrénées toutes proches et violettes : sentiment ambigu, dont la fatigue a finalement quelque chose de délicieux, comme il arrive chaque fois que c'est mon corps (et non mon regard) qui est troublé.Mon troisième Sud-Ouest est encore plus réduit : c'est la ville où j'ai passé mon enfance, puis mes vacances d'adolescent (Bayonne), c'est le village où je reviens chaque année, c'est le trajet qui unit l'une et l'autre et que j'ai parcouru tant de fois, pour aller acheter à la ville des cigares ou de la papeterie, ou à la gare chercher un ami. J'ai le choix entre plusieurs routes ; l'une, plus longue, passe par l'intérieur des terres, traverse un paysage métissé de Béarn et de Pays basque ; une autre, délicieuse route de campagne, suit la crête des coteaux qui dominent l'Adour ; de l'autre côté du fleuve, je vois un banc continu d'arbres, sombres dans le lointain : ce sont les pins des Landes ; une troisième route, toute récente (elle date de cette année), file le long de l'Adour, sur sa rive gauche : aucun intérêt, sinon la rapidité du trajet, et parfois, dans une échappée, le fleuve, très large, très doux, piqué des petites voiles blanches d'un club nautique. Mais la route que je préfère et dont je me donne souvent volontairement le plaisir, c'est celle qui suit la rive droite de l'Adour ; c'est un ancien chemin de halage, jalonné de fermes et de belles maisons. Je l'aime sans doute pour son naturel, ce dosage de noblesse et de familiarité qui est propre au Sud-Ouest ; on pourrait dire que, contrairement à sa rivale de l'autre rive, c'est encore une vraie route, non une voie fonctionnelle de communication, mais quelque chose comme une expérience complexe, où prennent place en même temps un spectacle continu (l'Adour est un très beau fleuve, méconnu), et le souvenir d'une pratique ancestrale, celle de la marche, de la pénétration lente et comme rythmée du paysage, qui prend dès lors d'autres proportions ; on rejoint ici ce qui a été dit au début, et qui est au fond le pouvoir qu'a ce pays de déjouer l'immobilité figée des cartes postales : ne cherchez pas trop à photographier : pour juger, pour aimer, il faut venir et rester, de façon à pouvoir parcourir toute la moire des lieux, des saisons, des temps, des lumières."