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samedi 31 décembre 2016

"Au cœur de quelques-uns seulement, l'impérieuse nécessité des choses inutiles d`elle-même s`impose"

Les radis bleus
Pierre Autin-Grenier

Samedi 31 décembre
Saint Sylvestre

Minuit, je jette un truc complètement cassé dans un lit en cage de fer et finalement le truc y trouve un sommeil qu`il voudrait sans réveil.
C’est moi.
Dimanche 1er janvier
Jour de l'An

Est-ce bien la brise légère qui fait trembler l”eau du lac, ou n'est-ce pas plutôt la vieille coque du voilier bleu, engravée du côté des ajoncs? Cette soudaine éclaircie dans le sombre du jour, la doit-on au soleil qui perce le silence ou à l”arbre nu dont les branches mortes un instant s'écartent, pour discrètement faire place à un pays plus lumineux? Et les cailloux blancs, sur le bord du chemin, qu'attendent-ils si patiemment qui ne soit fervente promesse de lointains voyages?

C'est à force de mépris pour toutes ces choses insignifiantes d'apparences que nous sombrons dans la folie de l'immédiatement efficace. Vivre requiert alors des tempêtes évidentes, des canicules féroces et des routes sans cailloux, vite tracées à travers plaines et montagnes. Au reste nous n'accordons un seul regard, pressés de l'inscrire au calendrier du temps perdu.

Au cœur de quelques-uns seulement, l'impérieuse nécessité des choses inutiles d`elle-même s`impose. Ils veillent ; soupèsent l'impondérable et protègent l'éphémère. Ils savent trop, du fond de leur désespoir tranquille, comment s`écroulerait soudainement le monde une fois supprimé tout ce qui ne sert à rien.

dimanche 4 septembre 2016

"... l'été dont le débraillé entraîne au dégoût..."

Pierre Autin-Grenier

Dimanche 4 septembre
Sainte Rosalie 
 
     Contrairement à l'été dont le débraillé entraîne au dégoût, l'automne nous encourage à côtoyer l'étrange. On fréquente à nouveau les bars aux murs de crépi jaune. On y parle à mots couverts ; dans la fumée des cigarettes et la lumière diffuse des plafonniers, on croit voir entre deux verres le temps passer à reculons.Dehors, qu'un vent légèrement fou ébruite de fausses nouvelles parmi les feuilles déjà froissées des platanes et ce sont dès le lendemain de solides certitudes qui courent les rues de la ville ! Au sommet du mot Ventoux, on aperçoit certains matins de fabuleux navires de brumes qui appareillent pour le vide et dont les immenses voilures longuement remuent le fond du ciel. Oui, tout redevient possible en septembre car même l'invraisemblable soudain peut s'apprivoiser.

dimanche 26 juin 2016

"... l'obstination des grands arbres à défier le carnage du temps"




Les Radis bleus Pierre Autin-Grenier
Édition augmentée
Collection Folio (n° 4163), Gallimard
Parution : 10-03-2005