Lu
Alors c’est bien de Clémentine Mélois
Le couple que formaient mes parents, c'est La Promesse de l'aube, de Romain Gary: «On croit que ça existe ailleurs, que ça peut se retrouver.
On compte là-dessus. On regarde, on espère, on attend.» Lorsque j'étais enfant, je n'avais aucun doute sur le fait qu'une fois adulte, je vivrais dans la plus idéale complicité avec quelqu'un qui m'aime sans condition. Tout comme, en voyant les seins identiques et parfaits des danseuses du Crazy Horse à la télévision les soirs de réveillon, Jétais convaincue que, plus tard, j'en aurais de pareils. Pour les seins comme pour l'amour, la vie nous fait à l'aube une promesse qu'elle ne tient pas toujours. (p 61, folio)
Vu
Cinéma
La Gradiva de Marine Atlan, séance en présence de la co-scénariste Anne Brouillet
Irish Travellers d’Alexandre Murphy en présence du réalisateur
Exposition
à Paris
Simone Veil Mes sœurs et moi au Mémorial de la Shoah
L'intimité d'une mémoire
La première fois que j'ai rencontré Simone Veil, c'était pour réaliser un film avec elle sur son enfance et sa déportation et pour l'interroger sur sa vie après Auschwitz. J'ai su très vite que, si je voulais mieux connaître Simone, il me fallait aussi rencontrer une autre femme, sa sœur Denise Vernay.
Denise Vernay, déportée en tant que résistante, était une femme au caractère trempé, élégante et discrète. Elle m'a ouvert la porte de son appartement de l'avenue de l'Observatoire à Paris sans réserve, à la surprise de Simone. Simone a été troublée que Denise accepte d'être filmée et interrogée sur leur famille. Denise m'a parlé de leur enfance à toutes les trois, avec Simone et Madeleine, dite Milou. Milou, c'était leur aînée trop tôt disparue après avoir survécu à l'enfer d'Auschwitz. La vie de Denise ressemblait à un roman dont, par modestie, elle gommait les chapitres les plus spectaculaires. J'ai filmé Simone avec Denise. Les filmer ensemble, puis séparément, m'a paru comme une urgence pour plus tard.
C'était il y a plus de vingt ans.
Avec Denise, Simone abandonnait son tailleur officiel, « la grande Simone», comme l'appelait son aînée avec une pointe d'ironie et de tendresse, redevenait « la petite dernière», celle qui se collait aux jupes de sa mère sur presque toutes les photos avant la déportation.
Une cassette amateure que l'un des enfants de Denise m'a confiée est un des points de départ de mon travail. Elle a été enregistrée le 21 février 1988. Elle a plus de soixante-dix ans, elle fume encore beaucoup, elle est chaleureuse, mince, belle et drôle aussi : «Je suis un peu émue et en même temps contente. Il y a quelques mois, Simone m'a dit : « Mais au fond qu'est-ce que tu as fait dans la Résistance? Je ne sais même pas ce que tu as fait dans la Résistance". Ce jour là, Simone est arrivée en retard, à cause d'une rage de dents. Peut-être aussi parce que ce passé était trop douloureux à entendre.
Il me restait à retrouver la troisième voix du trio : celle de Milou. Milou la mystique, la force morale et l'idéaliste, celle dont Denise redoutait le jugement et qui était pour Simone une seconde mère. Cette voix, je l'ai découverte, intacte, dans les lettres à ses sœurs, dans son journal, avant et après la déportation. Quand je demandais à Simone de me raconter leur vie à toutes les trois à Birkenau, elle me disait que Milou, au retour de déportation, avait écrit ce qu'elle-même n'était plus capable de me dire.
On comprend l'empreinte laissée par Milou sur Denise et Simone. Les trois sœurs Jacob se sont aimées, elles se sont toujours confiées l'une à l'autre, elles n'ont jamais rompu leur lien, aussi différentes soient elles. Elles puisaient cette confiance à une source commune, l’amour de leur mère
Yvonne, dont la droiture et le rayonnement ont impressionné jusqu'à Auschwitz. Simone déjà âgée, la nommait encore « Môman», avec l'intonation d'une petite fille qui appelle sa mère la nuit.
David Teboul
Les vies minuscules au Panthéon
septembre 2026-31 janvier 2027
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Adrianna Wallis, 1981, Corrençon-en-Vercors (France) Les Lettres ordinaires, Fragile 2019 |
Cartons de lettres perdues envoyés par La Poste. Courtoisie de l'artiste.
Adrianna Wallis s'est interrogée sur le destin des lettres qui ne peuvent , atteindre leurs destinataires en raison des erreurs d'adressage figurant sur les enveloppes. Ce projet l'a conduite dans un centre dédié de La Poste où les employés ouvrent les plis à la recherche d'indices leur permettant de retrouver l'expéditeur ou le destinataire.
Parfois, ils échouent, et c'est dans ces courriers perdus d'auteurs inconnus et d'anonymes que l'artiste s'est immergée : lettres d'amour, d'amitié, histoires de famille, tumultes intérieurs... Elle a décidé que ces morceaux de vie devaient être entendus et a obtenu, entre 2016 et 2020, que La Poste lui réexpédie des dizaines de milliers de ces courriers perdus, à raison d'un carton tous les trois mois. Ce sont certains de ces cartons qui sont exposés ici. Adrianna Wallis réalise également des performances à partir de ces lettres, réactivée à l'occasion de cette exposition.
à l’entrée, présentation
Conçue à partir de la collection du Centre Pompidou en résonance avec le Panthéon qui l'accueille, l'exposition « Vies minuscules » réunit une trentaine d'artistes et traverse cent ans de création, du début du 20e siècle à aujourd'hui. Empruntant son titre et son inspiration à l'écrivain Pierre Michon, l'exposition explore la manière dont l'art a su se mettre à l'écoute des vies reléguées aux marges de l'Histoire, leur donner une place et témoigner de leur part infime, intime ou infâme. Tantôt imposantes et tantôt fragiles, les œuvres ici rassemblées peuvent être vues comme les fragments d'un autre récit, érigeant des tombeaux précaires et poétiques dans les interstices de notre mémoire collective.
Le Panthéon honore les personnalités dont le mérite fait la grandeur ; reviendrait-il à l'art de faire accueil à celles et ceux que le temps a rendu invisibles, troublant l'opposition du petit et du grand ? Déployés dans toute la nef, dessins, peintures, photographies, sculptures, installations, vidéos prennent place dans un dialogue avec le monument et proposent à leur façon un parcours de visite. Présentés dans la salle de la maquette, un exemplaire et des extraits de Vies minuscules rappellent avec quelle force la littérature peut faire écho aux élans, aux rêves et aux douleurs des vies perdues de vue.
Pierre Michon, Vies minuscules © Éditions Gallimard


