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lundi 7 septembre 2009

Garder les vaches


Garder les vaches mais aussi les brebis, les oies... des heures où le temps semblait long, des heures à les empêcher de passer d'un pré à l' autre, danger du trèfle, les vaches enflaient puis mouraient, les empêcher aussi de goûter au maïs, quand elles l'avaient fait une fois, difficile de les retenir ensuite, méchanceté des oies, pas une légende, qui guignaient les mollets, pourtant prendre un livre mais se jurer d'avoir l’œil, se faire embarquer par le récit et lever des yeux égarés sur le parent courroucé Tu as encore laissé passer les vaches... ou les brebis... ou les oies... suivi d'un On ne peut pas te faire confiance, cinglant et désolé.

dimanche 6 septembre 2009

Larmes

... essuyées dans le noir, à la dérobée, quand même, c'est jamais que du cinéma Le temps qu'il reste, troisième et dernière partie du film, la mère a vieilli, elle est sur le balcon, inaccessible, le fils la regarde, pas un mot échangé, d'ailleurs est-ce encore possible ? il installe un petit haut-parleur, une chanson s'élève, d'amour sans doute, écoutée avec le père dans sa jeunesse ? sur son visage raviné un sourire hésite, puis c'est le pied qui sous la table, discrètement, marque la mesure, non, son esprit ne s'est pas totalement enfui, ici, à Tel Aviv ou ailleurs, quelle importance, soudain notre histoire à tous. Notre angoisse aussi. Bouleversant.

samedi 5 septembre 2009

Retour

Adieu vacances ! ... et à nouveau le pupitre encombré.
Grippe oblige, penser au paquet de mouchoirs jetables. Une grippe, sponsorisée par Kleenex ?!
Penser aussi à la calculette, celle qui fait froncer du sourcil Nous ne sommes pas en cours de maths, vous calculerez votre moyenne chez vous... et lecture, il y a deux mois, il y a longtemps, l'année dernière.



vendredi 4 septembre 2009

Train

Avoir guetté, oublié l'heure mais enfin un jour, il était là, le train et le petit Nikon bien en main. De l'autre côté du gave, silhouette, une haute maison grise, la minoterie Marsan. Désaffectée depuis des années.




Cette gare, on l'avait sans doute jugée inutile, et depuis deux ans déjà elle était désaffectée.
Une gare sans importance, un événement sans importance, personne n'y avait jamais songé sérieusement, personne n'y pensait plus. L'employé de la gare seul y pensait. Il y pensait sérieusement, lui, et, sans cesse, depuis ces deux ans.

Voilà pourquoi tous les jours, à l'heure du train de nuit qui passait autrefois sur la voie 2, il allume sa petite lampe, il se dirige vers la voie 2, il guette ensuite, la montre à la main, anxieux mais confiant, imaginant peut-être que cette lumière clouée dans un coin du décor est celle de la grande gueule du rapide, qu'elle va bouger soudain et grandir, grandir, dans un terrible fracas de suie et d'étincelles.Et personne n'arrive à comprendre pourquoi, ce matin, on a retrouvé l'employé déchiqueté sur une des voies, la tête broyée, les deux bras sectionnés. Et personne ne peut nier que très nettement il s'agit d'un accident de travail, des roues de train seules pouvaient... Le train bien sûr... Les rails, la gare sont là, on pourrait supposer une erreur d'aiguillage, l'ancien trajet un instant retrouvé... Mais comment admettre ce hasard alors que les deux voies de la gare vont se perdre, tranchées soudain, se perdre et s'enfoncer au milieu d'un grand pré vide dans lequel il n'y a aucun indice de catastrophe ?

jeudi 3 septembre 2009

12 juillet, Tour de France

Viseu. Écran de télévision suspendu entre deux arbres, quelques hommes suivent l'arrivée du Tour de France, à l'ombre de la cathédrale.
Se souvenir alors de Felice Gimondi, un nom qui sonne si joliment, Mastrotto, le régional de l'aventure, Louison Bobet, la mort de Tom Simpson en haut du Mont Ventoux un 13 juillet, toute la famille à la côte de Méharin, la caravane, les bonbons par poignées, les serpentins, les chapeaux de papier, les petits jouets, la musique assourdissante, la foule au bord de la route, mais tout allait si vite, déjà rentrer, se souvenir aussi d'avoir commencé mais jamais fini le carnet du journal Sud Ouest, maillot vert, maillot jaune, classement de la montagne, des après-midi devant la télé, il revenait des champs et passait la tête dans l'entrebâillement de la porte Alors ils sont à combien de l'arrivée ? Tu viens me chercher quand ils approchent, moments partagés.
Puis ce beau texte de Pierre Michon Fausto Coppi, crois pas l'avoir rêvée cette mince plaquette Verdier, en l'honneur d'un anniversaire , le quinzième, le vingtième de la maison d'éditions? L'avoir pourtant égaré.
Impardonnable.

mercredi 2 septembre 2009

Repas

Adresser aux uns ou aux autres un  "Le soir, vous mangez à la fourchette ?" curieux. S'assurer que l'on vit comme tout le monde. Continuer à dire dîner pour le repas de midi et souper pour celui du soir. Ailleurs utiliser le vocabulaire juste mais, toujours avec une petite gêne. Sentiment de trahir un peu. Ou de singer.
Manger à la fourchette, autrement dit, utiliser une fourchette ou se contenter d'une assiette de soupe et d'un café au lait. Le plus souvent conclure par un "Ah ! vous non plus" satisfait invariablement suivi d'un "C'est vrai qu'après un bon goûter..."

mardi 1 septembre 2009

Commerce


Ce sera tout ? Béret vissé sur la tête, il découpe, emballe avec soin et tend le petit paquet brun. Quatre-vingts ans, sans doute le plus vieux du marché. Au travail au côté de sa femme aussi âgée que lui. Dans le minuscule étal, son fils et l'été, parfois, son petit-fils. Sa fierté "Je suis la quatrième génération à faire ce métier".

Mot gentil pour la route, un sourire, le boucher.

Pourtant, il a disparu sans bruit de nos paysages bien avant l'épicier ou le boulanger, des campagnes d'abord puis des villes.

Là une perruche dans la devanture, des chambres à louer, tourisme.