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mardi 9 août 2016

"... il y aurait eu une suspension avec un abat-jour presque en forme d’assiette"


 
 

W ou le souvenir d’enfance de Georges Perec

Moi, j’aurais aimé aider ma mère à débarrasser la table de la cuisine après le dîner. Sur la table, il y aurait eu une toile cirée à petits carreaux bleus ; au-dessus de la table, il y aurait eu une suspension avec un abat-jour presque en forme d’assiette, en porcelaine blanche ou en tôle émaillée, et un système de poulies avec un contrepoids en forme de poire. Puis je serais allé chercher mon cartable, j’aurais sorti mon livre, mes cahiers et mon plumier de bois, je les aurais posés sur la table et j’aurais fait mes devoirs. C’est comme ça que ça se passait dans mes livres de classe.







lundi 8 août 2016

matin

marcher vers le soleil interrogeant son ombre,
un si petit pas de de la pose à la posture

samedi 6 août 2016

terrasse de café, Barcelone

jambes interminables sanglées dans un petit bout de jupe noire, lourdes boucles brunes dansant autour d'un visage menu, elle butine, gracieuse, d'une table à l'autre, un délicieux gazouillis,tiens, du français, s'étonner, elle "Mais si,on continue à parler le français dans le monde cherchant un peu ses mots une fille qui parle français, c'est un blanc, sourire lumineux c'est sexy et un garçon, sa bouche s'arrondit joliment, frimousse d'enfant, trop mignon."

mercredi 3 août 2016

de la sélection chez les Blondes d'Aquitaine

"il est beau, il a une jolie coupe mais on ne va pas le garder, les troupeaux ont blanchi, trop ! la mode est maintenant à ceux de rouges"

lundi 1 août 2016

en Álava

un couple, la soixantaine "Non, on ne parle pas le Basque, nos parents ne le parlaient pas, il avaient peur, ça été tellement réprimé du temps de Franco, et ils ne le parlent toujours pas, ils continuent à avoir peur, nos enfants oui, eux le parlent, mon aîné a trente-sept ans, je voulais qu'il sache, oui, une évidence mais quand je l'ai mis en ikastola, j'ai eu droit à des remarques, vous soutenez ETA ou quoi, ils étaient douze, maintenant ils y vont tous"

lundi 4 juillet 2016

Je sais maintenant que je ne possède rien...

 
JE SAIS... Philippe Jaccottet
(L'Effraie et autres Poésies, éd. Gallimard, 1953)

Je sais maintenant que je ne possède rien,
pas même ce bel or qui est feuilles pourries,
encore moins ces jours volant d'hier à demain
à grands coups d'ailes vers une heureuse patrie.

Elle fut avec eux, l'émigrante fanée,
la beauté faible, avec ses secrets décevants,
vêtue de brume. On l'aura sans doute emmenée
ailleurs, par ces forêts pluvieuses. Comme avant,

je me retrouve au seuil d'un hiver irréel
où chante le bouvreuil obstiné, seul appel
qui ne cesse pas, comme le lierre. Mais qui peut dire

quel est son sens ? Je vois ma santé se réduire,
pareille à ce feu bref au-devant du brouillard
qu'un vent glacial avive, efface... Il se fait tard.

vendredi 1 juillet 2016

"Lorsqu'on épuise ses forces dans la vision du malheur, comment affronter le malheur même ?"


Le mauvais démiurge par E. M. Cioran


p 134-135 (extraits)

*  

   La psychanalyse sera un jour complètement discréditée, nul doute là-dessus. Il n'empêche qu'elle aura détruit nos derniers restes de naïveté. Après elle, on ne pourra plus jamais être innocent. 

*

   L'irrésolution atteignait chez lui au rang de mission. N’importe qui lui faisait perdre tous ses moyens. Il était incapable de prendre une décision devant un visage.

*

   Il est, tout compte fait, plus agréable d'être surpris par les événements, que de les avoir prévus. Lorsqu'on épuise ses forces dans la vision du malheur, comment affronter le malheur même ? Cassandre se tourmente doublement : avant et pendant le désastre, alors qu'à l'optimiste sont épargnés les affres de la prescience