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dimanche 21 octobre 2018

au marché (9)



il s'active autour de sa petite table rouge, des œufs, Elles pondent pas beaucoup, un peu le creux, quelques oignons, de ceux qui piquent, quatre ou cinq sachets de haricots blancs tarbais de maïs, des noisettes, les dernières tomates du jardin, Et un bouquet ? il montre le seau vide, Je viens de vendre le dernier mais j'en avais que deux, les fleurs, c'est la fin maintenant, calculette résolument de côté, stylo et calepin, poser l'opération, Y en a qui disent que c'est pas prudent, compter, recompter, voilà, ça vous fait 3 euro 54, payer, il se penche sur la petite caisse improvisée, rendre la monnaie, barrer l'opération,de l'application dans les gestes, il se redresse, sourit Oui, c'est vrai, on peut se tromper mais ça vous fait les entendements

mardi 25 septembre 2018

vieillir (23)

pas tout à fait quarante ans, des femmes le plus souvent, vraie gentillesse dans leur regard, vous faire plaisir, un élan et elles se lancent "j'espère qu'à ton âge, je serai aussi en forme que toi", un compliment donc, réaliser dans le même temps combien cet âge leur semble vertigineusement loin, pelletées de temps au-dessus d'abîmes, songer que vous-même en son temps, voire aujourd'hui le dites à des octogénaires à vélo ou à l'assaut de montagnes sac au dos, faire plus attention, ça va si vite, une accélération tandis que le pas se fait lent

mercredi 19 septembre 2018

une victoire




Téléphone, sa voix, joyeuse, claironne "La Normande a fait un petit veau, une femelle. Notre première naissance sexée. 
- Sexée... ?! 
- Oui, ça coûte plus cher, avec l'insémination artificielle on peut maintenant choisir le sexe, ça va aussi venir pour les humains, c'est sûr."




lundi 3 septembre 2018

petites choses qui (6) réchaufffent le coeur

soleil au zénith, l'été se fait accablant, aubaine d'un grand portail ouvert, une longue allée se perd dans l'immensité d'un parc, arbres vertigineusement hauts, des bancs, s'asseoir là, allonger ses jambes, tourner son visage vers le ciel, il a disparu dans les ramures, brise légère, pour un peu il ferait frais, puis c'est l'heure, à regret replonger dans la fournaise, croiser un couple, ils se hâtent, font cap vers votre banc, sur leur visage comme un soulagement,

se sourire

mardi 21 août 2018

mariage (8) à Pau, église Saint-Martin

un attroupement au bas des marches, on a investi, le plus beau jour de sa vie, longue limousine crème, demoiselles d'honneur, robe vaporeuse rose, larges ruban de satin gris, ça bourdonne, une effervescence fébrile qui devient palpable, on la guette, ça y est, elle va sortir, armée de portables, le photographe attitré, elle avance lentement vers la lumière, sa silhouette blanche gainée dans une longue robe, traîne, dentelle, escarpins, la voilà, sourire radieux, sujets d'un jour, ils se pressent à ses pieds, petits pistolets pointés sur elle, des grappes de bulles irisées s'échappent dans le soleil, un trop d'émotion, elle lance soudain ses longs bras musclés vers le ciel, V de la victoire,  sans doute une habituée des podium, des images venues du sport s'interposent, Roland Garros, championnat, un instant encore, elle va porter, c'est sûr, le trophée à ses lèvres

jeudi 9 août 2018

conversation (4)

c'était enfoui, et soudain on s'en est souvenu, leurs airs, leur assurance, une brutalité, elle passe où quand elle quitte les mots, ils parlaient, parlaient, on tentait sa voix et l'un déclarait "Parle à mon cul, ma tête est malade", c'était sans appel, on la bouclait et se barrait

mardi 24 juillet 2018

si ce n'était parfois le coeur glacé des hommes (2)


pour la vieille chapelle abandonnée, pour l'envol des clochettes, pour la brise légère qui s’engouffre et sèche vos vêtements, pour une griserie qui vous saisit,

si ce n'était parfois le cœur glacé des hommes

pour la grand-mère qui s'affole, le temps de se retourner et le petit a filé droit dans les vagues, pour la femme aux cheveux gris,  des boucles légères plaquées sur ses tempes, tôt encore, ventre lourd en avant, le nombril pointe, précautionneuse, elle marche, pour le gros homme appuyé sur une béquille, les vagues caressent ses chevilles, progression improbable au bord de la rupture mais il est là, vaillant, avance, aller retour,

 si ce n'était parfois le cœur glacé des hommes

pour l'homme qui passe à votre hauteur, ce qu'il est velu, son regard vous effleure, il se détourne, robe à pois, chapeau orange, jeune côté pile, votre âge côté face, pourquoi s'attarderait-il, pour tous ces corps offerts, vigoureux, élancés, ou vieillissants, la plage arpentée dans un sens dans l'autre, une hâte, une lutte, une nonchalance, qu'importe, vivants, tous

si ce n'était parfois le cœur glacé des hommes