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samedi 31 janvier 2026

à Pau, boulevard des Pyrénées

 


un ciel bas, des trottoirs luisants de pluie et dès les premiers reliefs euria zaldiz la pluie à cheval soulevée par un vent venu de l’ouest du sud qui tourbillonne, nuages qui s’effilochent, crinières, dévoilent, se recomposent et filent avant de disparaître, tout au fond la chaîne enneigée, guetter l’Ossau, cache-cache habituel 

vendredi 30 janvier 2026

du côté des mères (6)

à Saint-Sébastien, une boulangerie salon de thé bondée en ce samedi après-midi animé, à défaut près du comptoir une grande table à compléter, prendre place, en face, une mère couve des yeux ses deux petites, l’une a le nez plongé dans un chocolat bien crémeux, l’autre grignote un bout de tortilla, puis elles échangent, en laissent un peu, sur le comptoir des carafes d’eau des verres, on va chercher si on en veut, juste de l’eau devant la mère, elle n’a rien pris pour elle, finit leurs restes, les petites sont contentes, elle aussi, sourires croisés, elles se lèvent et sortent

jeudi 29 janvier 2026

à Lisbonne, sortie de messe

 

Baixa Chiado, 13 heures 

d’un pas vif, gilet au crochet maison, grande jupe pour elle, leurs couleurs à tous deux se font discrètement écho, élégance d’un couple, 


sur leur gauche un peu plus haut, le café À Brasileira, que fréquenta dit-on Fenando Pessoa, 


à droite, la librairie Bertrand, la plus ancienne elle l’assure du Portugal, son coin café tout au fond, Pessoa encore et encore tel un produit dérivé

mercredi 28 janvier 2026

à Lisbonne, un dimanche après-midi

dimanche 11 janvier 26, 16 heures 

 le dimanche s’alanguit, 

d’´une fenêtre entrouverte une voix de femme, 

fado,


assis sur le rebord, adossé au montant, un homme fume,

volutes bleus dans le jour gris, 

son regard vague vers la rue déserte,

désœuvrement 

il s’ennuie

palpable, 


une mélancolie,

une douceur aussi,

éviter de le dévisager plus, 

écouter



mardi 27 janvier 2026

à Evora


12 janvier, 15h30

Chapelle des Os, y aller vraiment ? Si l’on était tenté de l’oublier « Vanité, tout est vanité », un solide rappel. 



Wikipedia : à l'entrée, Nós ossos que aqui estamos pelos vossos esperamos  « Nous, les os ici présents, attendons que les vôtres nous rejoignent »

La phrase Melior est dies mortis die nativitatis « Le jour de la mort vaut mieux que celui de la naissance » tirée de l’Éclésiaste (7.1-6) est inscrite au plafond.

lundi 26 janvier 2026

d’une langue à l’autre (3)

songer au Zer berri Quoi de neuf peu utilisé en famille au profit de Ze xehetasun berri Quelles petites nouvelles, quels détails, goût donc xehetasunendako pour les détails, les petites choses, le minuscule, un goût venu de loin

dimanche 25 janvier 2026

Lu et vu (174)

 Lu

Histoire de Tölne de Mario Rigoni Stern

Hors-champ de Marie-Hélène Lafon

La servante écarlate de Margaret Atwood 

       Histoires dans le monde Discours prononcé par Margaret Atwood le 15 octobre 2017 à Francfort, à l'occasion de sa réception du prix de la Paix des libraires allemands, et traduit de l'anglais (Canada) par Patrick Dusoulier.

Ainsi donc, quelle est l'histoire que nous nous racontons à propos du moment actuel et de ses péripéties ? Quelle que soit la cause de ce bouleversement que nous vivons, c'est le genre de moment où les lapins dans le pré dressent les oreilles, parce qu'un prédateur a fait son entrée.

Bientôt va venir un loup revêtu d'une peau de mouton, ou même un loup habillé en loup, et ce loup va dire : « Lapins, vous avez besoin d'un dirigeant fort, et je suis justement celui qu'il vous faut. Je vais faire apparaître comme par magie le monde parfait du futur, et des cornets de glace pousseront sur les arbres. Mais d'abord, nous devrons nous débarrasser de la société civile - elle est trop molle, elle est dégénérée -, et il nous faudra abandonner ces normes de comportement qui nous permettent de nous promener dans la rue sans nous flanquer des coups de couteau. Et ensuite, nous devrons nous débarrasser de ces gens. C'est alors, et alors seulement, qu'apparaîtra la société parfaite!»

L'identité de ces gens varie d'un lieu à l'autre, et d'une époque à l'autre. Il a pu s'agir de sorcières ou de lépreux, qui les unes comme les autres ont été tenus pour responsables de la peste noire. Cela a pu être des huguenots, dans la France du XVII ème siècle. Cela a pu être des mennonites. (« Mais pourquoi vous ? ai-je demandé à un ami mennonite. Vous semblez si inoffensifs ! - Nous étions pacifistes, m'a-t-il répondu. Dans un continent en guerre, nous donnions un mauvais exemple. »)

Bon, toujours est-il que le loup conclut : « Faites ce que je dis, et tout ira bien. Défiez-moi, et grrr grrr, miam miam, vous serez croqués menu. »

Les lapins sont pétrifiés, parce qu'ils sont terrifiés et désorientés, et le temps qu'ils comprennent qu'en fait, le loup ne leur veut pas du bien, mais qu'il a tout organisé au seul bénéfice des loups, il est trop tard.

Oui, allez-vous me dire, nous le savons bien. Nous avons lu les contes, nous avons lu de la science-fiction, nous avons été mis en garde, souvent. Mais cela n'empêche pas toujours cette histoire de se rejouer dans des sociétés humaines, encore et encore. (p 18, 19)


J’aimerais croire que c'est juste une histoire que je raconte. J'ai besoin de le croire. Je dois le croire. Les gens qui ont la faculté de croire que de telles histoires ne sont que des histoires ont plus de chances de s'en tirer.

Si c'est une histoire que je raconte, j'ai donc un pouvoir sur son dénouement. Elle aura alors un dénouement et la vie réelle s'ensuivra. Je pourrai reprendre les choses là où je les ai laissées.

Ce n'est pas une histoire que je raconte.

Dans ma tête, c'en est une aussi, au fur et à mesure.

Je la raconte, je ne l'écris pas, parce que je n'ai rien pour écrire et que de toute façon il est interdit d'écrire. Mais si c'est une histoire, même dans ma tête, il faut que je la raconte à quelqu'un. On ne se raconte pas une histoire pour son seul bénéfice. Il y a toujours quelqu'un d'autre.

Même quand il n'y a personne.

Une histoire, c'est comme une lettre. Je dirai : Cher toi ou À toi. Rien que toi, sans prénom. Attacher un prénom attache le toi au monde réel, ce qui est plus risqué, plus dangereux : va savoir quelles y sont les chances de survie, tes chances, bien à toi? Je dirai : toi, toi, comme dans une vieille chanson d'amour. Toi peut faire référence à plus d'une personne.

Toi peut faire référence à des milliers.

Je ne cours pas de danger imminent, te dirai-je.

Je ferai comme si tu pouvais m'entendre.

Mais ça ne sert à rien, parce que je sais que tu ne

peux pas. (p 93, 94)


Vu

Spectacle 

Nos matins intérieurs par le Collectif Petits Travers, mise en scène de Nicolas Mathis, texte et directeur d’acteur Jean-Charles Massera

samedi 24 janvier 2026

Les nuits de la lecture, dixième édition

 
Salle des Fêtes d’Arudy, 23 janvier 2026, 18h25

sur le thème Villes et Campagnes, aux mêmes dates, ça s’est trouvé comme ça, que la fête programmée pour les cinq ans de La Curieuse, trois écrivaines invitées respectent l’engagement pris ça fait un bout de temps, Violaine Bérot la veille à la BPI de Beaubourg, Marie-Hélène Lafon marraine (avec Laurent Gaudé) de l’édition et Elsa Sanial, des inscriptions encore et encore, trop petite la Médiathèque, refuser du monde, pas question, la communauté des communes de la Haute Vallée d’Ossau offre la salle des fêtes, une armada se met en ordre de bataille, cette librairie leur lieu à eux, les gens du coin, un lieu de désir, nécessaire, vitale, sur le pont  Marianne Lassus, la libraire, orchestre, fédère, encourage, la queue s’allonge, pas bien chaud dehors, on patiente, quelqu’un On a vu de la lumière alors… on rit, ça papote, parle de neige qui monte, qui redescend, du coup de vent de mercredi, ce vent du sud qui rend fou et décoiffe les sommets, de tout de rien, on est ensemble et c’est déjà bon, 

on rentre peu à peu, la salle est grande, pas forcément hospitalière, un peu froid dedans aussi, pas que dehors, ça se remplit et soudain c’est lancé, dans le vif même si ça hésite cherche sa voie on dirait, puis très vite ça décolle, les échanges se font fluides, ça rebondit, ricoche, lectures croisées entre les auteures, Violaine Bérot lit Marie-Hélène Lafon qui lit Elsa Sanial laquelle lit Violaine Bérot, tressées d’autres venues du public, entre les auteures ça prend, à l’œuvre une alchimie souterraine, on le sent, on le voit, on le vit, et ça se cimente, se sédimente, se dépose en nous, c’est fort, une communauté éphémère prend corps, puissante et fragile, c’était pas gagné, un côté bonne franquette pour plats uniques et inoubliables, vous revient le On a vu de la lumière suivi du machinal alors on est rentrés, oui, la lumière est bien là, « la chaleur que tisse la parole » aussi, on sourit des lèvres des yeux du cœur à sa voisine de chaise, en retour son sourire des lèvres des yeux du coeur, une autre fois, entre  vous, ça, une première pierre, ça flotte, du vibratile, moment où vous vous êtes sentis plus aimants, plus accueillants, cent soixante-dix personnes on entend, à n’y pas croire, des applaudissements, les chaises grincent un peu, sortir d’une sorte d’engourdissement rêve éveillé, du monde déjà s’avance vers chacune des tables, le moment des dédicaces, Marianne On se retrouve  pour un cap a cap avec elles, d’accord ?

vendredi 23 janvier 2026

jeudi 22 janvier 2026

Petites choses (136) qui réchauffent le coeur

un enchevêtrement de feuilles d’aloe gorgées de pluie, un vieux bulbe oublié là et trois clochettes mauve au bout d’une tige, dans la petite jungle elle s’est frayé un chemin, une jacinthe a fleuri 

mercredi 21 janvier 2026

un soir à Séville

 

dimanche 18 janvier, 18h50

dans quelques instants, 19 heures,


l’appel des cloches 


mardi 20 janvier 2026

ombre et lumière (13)

 

Évora, 17 janvier, 13h30


lundi 19 janvier 2026

colombarium romain

 

16 janvier, 18 heures 

stèles, grenadiers et cyprès par un mélancolique soir pluvieux à Augusta Emerita Mérida

dimanche 18 janvier 2026

Vu (173)

 Vu

Ciné

Los Tortuga de Belén Funes

Expositions

A Évora : centre d’art contemporain Fondation Eugenio de Almeida 

Mapeando o que não se vê / cartographier ce qui ne peut pas être vu



 vit l'Invisible


Mafalda Milhões en dialogue avec Mapping the Unseen


(…) L'illustratrice, éditrice et créatrice de livres Mafalda Milhões présente une intervention unique, conçue comme une extension poétique et sensorielle de l'exposition principale.



Inspirée par l'univers des villes invisibles d'Italo Calvino et les thèmes de l'exposition - mémoire, émotion, appartenance et territoires rêvés - Mafalda tire un lieu où les plus jeunes (et les adultes curieux) peuvent découvrir et inventer leurs propres "villes invisibles"


(…) La proposition de Mafalda Milhões nous invite à considérer l'art comme un territoire habitable et l'enfance comme une façon de voir et d'être dans le monde - ouvert, inventif et toujours en construction.


Chantal Akerman


Une voix dans le désert, 2002


Vidéo monocanal, couleur, son, 52'11"


Collection МАСВА. Fondation MACBA. Travail acheté grâce à El Corte Inglés


Une voix dans le désert [A Voice in the Desert] est une vidéo qui faisait partie de l'installation vidéo De l'autre côté [From the Other Sidel qu'Akerman a conçue pour Documenta à Kassel en 2002. Elle a réalisé la vidéo à la frontière entre le Mexique et les États-Unis, en particulier dans le désert de l'Arizona, une zone qui s'étend sur deux montagnes et divise les deux pays.


Là, elle a installé un écran de dix mètres sur lequel sont montrées les minutes de clôture du film De lautre côté. C'était une représentation de la frontière elle-même, sur laquelle elle a projeté des images nocturnes fantomatiques de personnes essayant de traverser d'un côté à l'autre. Ces images ont été projetées des deux côtés de l'écran afin qu'elles puissent être vues par les personnes de chaque côté de la frontière. Situées dans le paysage désertique, ces images ont disparu à l'aube comme une allégorie des désirs et des rêves contrecarrés des hommes et des femmes qui étaient partis à la recherche d'un nouvel avenir.


L'analogie devient plus prononcée dans le cas du protagoniste de De l'autre côté, une Mexicaine qui réussit à traverser la frontière et se dirige vers le nord, mais disparaît peu de temps après. Le propriétaire de la maison où Akerman vivait pendant son voyage lui a raconté cette histoire et Akerman l'a ensuite racontée en anglais et en espagnol dans le film. Cependant, le sien n'est pas le seul témoignage, car le fils de la femme révèle également son chagrin et son inquiétude découlant de sa recherche infructueuse de sa mère.


L'œuvre est une critique non seulement du problème de longue date de la frontière entre le Mexique et les États-Unis, mais aussi des nombreux épisodes de conflits qui se terminent par une tragédie. En conséquence, il condamne également la peur de l'autre, la pauvreté et l'identité fragile.


À Mérida, centre culturel, exposition photo d’Oskar Alvarado Vitoria-Gazteiz 1968


Là où les lucioles se déploient

 


Deleitosa est mon village. Mes parents, grands-parents, arrière-grands-parents et autres ancêtres y sont nés. C'est le lieu qu'Eugene Smith a choisi pour son essai photographique « Village espagnol » en 1950. Loin de se contenter de dépeindre les éléments de ce qui est devenu une icône photographique du sous-développement socio-économique de l'Espagne rurale, mon regard recèle des nuances subjectives liées à une série d'expériences personnelles, de lieux et de souvenirs. 



Des images qui entremêlent des épisodes flottant dans mon imagination avec les nouvelles réalités qui coexistent dans le village. Il y a un besoin émotionnel de réfléchir au territoire dont nous faisons partie. D'explorer notre identité dans l'écho des lieux qui nous parlent encore ou dans l'absence-présence des personnes et des êtres qui les habitent. De créer une interprétation visuelle qui évoque le mystère manifesté dans les rythmes quotidiens, dans la qualité poétique qui sous-tend l'étrange.


À Séville 


Centre d’art contemporain la Cartuja


Kader Attia, Le paradis perdu


La Vénus Dogon, 2024

Bois et marbre

Taille : 225 x 77 x 60 cm




Dans l'œuvre La Vénus Dogon, qui ouvre l'exposition, Kader Attia pose dès le premier geste une archéologie critique de l'histoire de l'art. La pièce est composée d'une base de sculpture classique - une Vénus gréco-romaine - surmontée d'un tronc d'arbre sculpté qui renvoie directement aux esthétiques africaines traditionnelles, en particulier aux sculptures dogon. Cette superposition de formes ne vise pas une synthèse harmonieuse, mais fonctionne comme un choc visuel et conceptuel : deux généalogies de l'art, historiquement séparées et hiérarchisées par le canon occidental, apparaissent ici assemblées, mais sans diluer leurs tensions. Le résultat est une figure hybride qui n'efface pas les fractures, mais les rend visibles. Attia opère ainsi une reconstruction de l'histoire en couches, une forme de palimpste visuel qui interpelle le récit linéaire et eurocentrique de l'art. 



Cette Vénus fragmentée et recomposée souligne non seulement la violence symbolique de l'appropriation coloniale, mais propose une relecture sous un autre angle : une réappropriation critique qui déplace le centre du discours. Au lieu de chercher un retour à l'origine, l'œuvre démantèle l'idée même d'une origine unique pour montrer que toute identité - culturelle, esthétique, historique - est déjà une construction stratifiée, une accumulation de souvenirs, d'effacements et de réouvertures.



HalamTawaaf, 2008


Canettes de bière

500 cm

COURTOISIE DU BROOKLYN MUSEUM OF ART


Halam Tawaaf propose une critique acerbe du point de rencontre entre spiritualité, consumérisme et mondialisation. Cette installation de cinq mètres de diamètre est entièrement composée de canettes de bière vides disposées en cercle, évoquant le pèlerinage autour de la Kaaba lors du Hajj. Le titre lui-même – fusion de « halam » (de l’arabe haram, interdit par la loi islamique) et de tawaf (le pèlerinage autour du sanctuaire) – souligne une tension persistante entre le sacré et le profane, entre pureté rituelle et résidus de la consommation mondiale. Les canettes de bière, symbole banal des excès occidentaux, se muent en corps sculpturaux, orchestrant une parodie rituelle qui révèle l’ambivalence de nombreuses identités contemporaines : entre fidélité à la tradition et inévitable enchevêtrement dans une économie culturelle dominée par le capital. En transformant les déchets en symbole, Attia inverse la logique du fétiche : ce qui est rejeté devient structure, ce qui est considéré comme impur se métamorphose en forme. Comme dans d’autres œuvres de l’artiste, le geste sculptural ne purifie pas, mais expose ; il n’idéalise pas, mais tend à interroger les significations. 



 Tawaaf, par sa répétition métallique, pose une question troublante : qu’est-ce qui est préservé ?

Qu’est-ce qui est perdu ? Et que négocie-t-on dans les corps tiraillés entre cultures, religions et systèmes économiques conflictuels ?



Conversation éternelle, 2024


Sculpture murale en techniques mixtes, calebasses et récipients en acier inoxydable


220 x 200 x 18 cm

COURTOISIE DE Mª LUISA RODRÍGUEZ ARELLANO


Dans Conversation éternelle, Kader Attia crée une sculpture murale fondée sur le contraste entre les calebasses séchées – récipients traditionnels utilisés dans de nombreuses cultures africaines – et les récipients contemporains en acier inoxydable. L’œuvre, conçue comme un dialogue visuel entre l’organique et l’industriel, l’artisanal et le manufacturé, suggère un échange entre différentes périodes historiques et épistémologies. Les calebasses, avec leur texture irrégulière et leur légèreté, évoquent des formes de transmission orale, de confinement symbolique et de savoir ancestral transmis de génération en génération.


À l’inverse, les récipients métalliques reflètent le présent globalisé, l’aspect stérile de la production de masse et une logique de conservation dénuée d’histoire. La conversation évoquée par le titre n'est ni harmonieuse ni close, mais tendue, ouverte et persistante : un conflit entre des mémoires matérielles qui coexistent sur un même plan sans se dissoudre. Comme dans d'autres œuvres d'Attia, la réparation ne provient pas ici d'une résolution, mais de la possibilité de faire coexister des fragments en friction, de reconnaître leurs différences sans les hiérarchiser. « Conversation éternelle » transforme la surface murale en un espace de résonance : une archive élargie où ce qui est préservé n'est pas une image figée, mais une relation dynamique entre des formes de savoir qui se questionnent constamment.



Sandra Poulson Donde el polvo respira / où la poussière respire



Savon bleu et eau, 2023


Savon, déchets textiles de décharge, feutre, coton, aluminium, acier et bois


7 x 1,7 x 2,3 m


AVEC L'AIMABLE AUTORISATION DE L'ARTISTE ET JAHMEK CONTEMPORARY ART


Présenté au Pavillon britannique de la Biennale d'architecture de Venise en 2023, Sabão Azul e Agua (Savon bleu et eau) articule un ensemble d'objets du quotidien chargés de symbolisme : une batterie à laver à la main, une balustrade, le chemisier d'une robe traditionnelle angolaise, un panorama de la côte et des moules d'empreintes humaines. Chaque pièce est fabriquée à partir de tissus coupés, cousus et remplis, dans certains cas avec des restes textiles, et enfin recouverts de savon bleu, un matériau qui confère une unité formelle et, en même temps, une densité historique à l'installation.



L'œuvre nous place dans l'Angola colonisé, en dialogue avec la mémoire de l'arrière-grand-mère de l'artiste, qui travaillait à laver des vêtements pour des familles portugaises pendant la période coloniale. Ce geste quotidien se transforme en un dispositif scénographique où passé et présent se chevauchent. Le savon bleu - produit d'origine portugaise devenu un élément habituel dans la vie angolaise - est ici une clé narrative : il renvoie au travail domestique de son arrière-grand-mère, mais aussi à l'héritage colonial et aux usages ambigus qu'elle a acquis au fil du temps, allant même jusqu'à servir de moyen de camouflage dans le trafic illégal de diamants.


La balustrade, élément architectural associé à la présence coloniale, fait allusion à un symbole de pouvoir et de domination qui persiste encore dans les paysages urbains angolais, rappelant la continuité de ces structures dans la vie quotidienne.


De même, le chemisier brodé et le pano da costa révèlent un réseau complexe de significations : alors que la première est liée à la robe traditionnelle angolaise, le pano - tissu rectangulaire utilisé à l'origine dans les vêtements des femmes asservies - fait référence à la fois au commerce des textiles et à la traite des femmes entre commerçants portugais et africains. Son incorporation dans la tenue traditionnelle bahianaise au Brésil ajoute une autre couche de mémoire transatlantique et symbolique.



Dans cette installation, l'acte de laver ou de couvrir de savon bleu devient un geste poétique et politique : nettoyer les surfaces pour révéler les traces d'un passé qui a voulu faire taire. Poulson propose ainsi un exercice de révélation, où les matériaux et les objets du quotidien se transforment en porteurs d'une mémoire historique complexe, invitant à réfléchir sur la persistance du colonialisme dans les dynamiques culturelles et sociales contemporaines.


Jem Perucchini El alma diáfana de una mañana inmóvil L’âme diaphane d’un matin immobile 


« Parfois


On sent le silence,


Et à ce moment-là


La lumière se fait


Infinie,


Et en profondeur


De chaque mot


Résonne


L'essence


De ce que nous sommes.»


Giuseppe Ungaretti




Dans un monde où la réalité s'entremêle souvent avec l'insaisissable, des réflexions sur la condition humaine surgissent qui transcendent le quotidien. Les expériences oniriques, ces moments éphémères qui nous transportent dans des paysages oniriques, révèlent les couches cachées et plus profondes de notre existence. Dans la danse entre le tangible et le métaphysique, nous nous trouvons dans un voyage constant de recherche et de connexion, aspirant à comprendre le sacré de notre existence. Dans cette exploration, la peinture de Jem Perucchini (Tekeze, Éthiopie, 1995) devient un miroir de cette quête : elle incarne l'introspection et le désir spirituel dans une représentation figurative.



Perucchini, aux racines éthiopiennes, apporte avec lui un riche héritage culturel imprégné d'influences byzantines qui ont marqué la tradition artistique de son pays d'origine. La peinture éthiopienne reflète un dialogue constant entre le sacré et le quotidien dans ses fresques vibrantes et son symbolisme profond. Cet héritage est combiné à sa formation en Italie, où il a étudié à l'Académie de Brera, ce qui lui a permis de fusionner des éléments de sa culture natale avec les techniques et les concepts de l'histoire de l'art de la Renaissance et du XXe siècle italien. « Je suis né en Éthiopie, un pays d'une richesse historique extraordinaire et lié à l'Occident. J'ai grandi et j'ai fait mes éducations en Italie, d'une grande importance dans l'histoire de l'art. Ces deux aspects de ma vie convergent dans mon œuvre » Ainsi, son œuvre devient un carrefour, où la spiritualité de l'iconographie éthiopienne s'entremêle avec l'histoire de l'art italien et de la modernité, créant un langage visuel unique qui invite à la contemplation et à la réflexion sur la condition humaine.



(…) Ainsi, chaque peinture devient un fragment d'une grande histoire. Cette continuité historique et métaphysique se reflète dans l'utilisation de la lumière, de la couleur et de la composition, qui non seulement capturent l'essence du moment présent, mais évoquent un sentiment de transcendance. La peinture de Perucchini est un voyage métaphysique, et dans cet univers de formes et de couleurs, les textures et les finitions jouent un rôle crucial, étant essentielles pour créer une atmosphère évocatrice avec des motifs et des rugosités qui mettent en valeur le sacré - un héritage de la tradition byzantine et éthiopienne - et suggèrent une grande variété de sensations tactiles. Sa palette, soigneusement choisie, permet à l'interaction entre la couleur et la surface d'enrichir l'expérience visuelle du spectateur.



Caixa Forum HORS CADRE. Œuvres de RINEKE DIJKSTRA et  PHILIPPE PARRENO


Deux œuvres audiovisuelles de la Collection d'art contemporain de la Fondation "la Caixa" interprètent les peintures noires de Goya et La ronde de nuit de Rembrandt.


Rineke Dijkstra et Philippe Parreno proposent une approche différente de ces œuvres.


"JE CHERCHE TOUJOURS ATTENTIVEMENT LES MOMENTS OÙ LES GENS SONT PRIS AU DÉPOURVU." RINEKE DIJKSTRA


"UN JEU DE PRESTIGIDITATEUR ENTRE UN ESPACE QUI SE PERD EN JOUANT À ÊTRE UNE IMAGE ET DES IMAGES QUI TENTENT DE PRODUIRE UN ESPACE." PHILIPPE PARRENO


Récemment, la Fondation "la Caixa" a acquis pour sa collection d'art contemporain deux audiovisuels qui permettent une approche inédite des peintures noires de Goya et de La ronde de nuit de Rembrandt.


Leur exposition commune répond à un regard sur l'art du passé à partir de l'interaction avec le public. 


Night Watching, de Rineke Dijkstra, est une installation vidéo qui enregistre les commentaires de différentes personnes alors qu'elles regardent La ronde de nuit de Rembrandt, sans que nous puissions jamais la voir. Certains établissent un lien entre cette peinture et leur propre vie ou l'examinent dans le contexte historique de l'art. 


D'autre part, le film immersif La quinta del sordo, de Philippe Parreno, nous emmène dans la maison où Goya a créé ses peintures noires, recréant un espace qui n'existe plus.