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dimanche 8 novembre 2026

Lu et vu (212)

 Lu 

SEPTOLOGIE VI-VII Un nouveau nom de John Fosse 

(…) il m'est arrivé quelque chose, quelque chose qui me tourmente, et peu importe d'ailleurs ce que c'est, je pense, et j'entends Asleik dire croix de Saint-André, et il appuie sur le mot, avec cette insistance répugnante sur le mot, dès qu'il s'agit pour lui de prouver que lui aussi a des connaissances il le dit de cette manière, avec cette vantardise, simplet comme il est, Åsleik, oui, c'est le mot juste, simplet, je pense, et je pense que j'ai dit que je l'accompagnerai à Dygna pour fêter Noël avec la Sœur, comme il dit, Åsleik, avec celle qui s'appelle Guro, et je pense que c'est encore ce qui peut m'arriver de mieux, car pour peu que je reste seul je ne quitterai pas le lit, je ne me lèverai même pas, oui, juste pour aller chercher de l'eau si j'ai soif ou de la nourriture si j'ai faim, mais sinon je resterai au lit, dans la chambre, sans allumer la lumière, pour qu'il fasse le plus noir possible, et ensuite j'essaierai de dormir, j'essaierai de ne penser à rien, car je veux que tout soit vide, oui, vide et silencieux, oui, silencieux, oui, silencieux et sombre, car tout ce qui manque à présent c'est le silence, oui, je voudrai que tout soit entièrement silencieux, je voudrai qu'un silence tombe sur moi comme tombe la neige, et qu'il me recouvre, oui, qu'un silence tombe sur tout ce qui existe, et aussi sur moi, oui, aussi sur moi, puisse un silence neiger sur moi, puisse un silence me recouvrir, me rendre invisible, rendre tout invisible, faire tout dispa-raître, je pense, et ainsi toutes les pensées disparaî-tront, toutes les images qui se sont emmagasinées dans ma mémoire et qui me tourmentent disparaîtront à leur tour, et je serai vide, vide et rien que vide, je deviendrai un néant silencieux, une obscurité silencieuse, et peut-être est-ce la paix de Dieu à laquelle je pense en cet instant, ou peut-être que ce n'est pas elle ? peut-être que ça n'a rien à voir avec ce qu'on nomme Dieu ? (…)  p 14,15 édition de poche 


L’Homme qui avait peur des livres de Marcel Cohen


Mais les livres l'éloignaient autant de ceux qui lisent que de ceux qui ne lisent pas. Un jour où, adulte, il s'était trouvé seul dans l'appartement d'une amie, il en avait conclu qu'en dépit de bien des affinités, il ne pourrait jamais vivre avec elle.

Il avait trouvé insupportable qu'elle rangeât les auteurs par ordre alphabétique. Les R étaient tout en bas, au ras du sol, le dos des volumes éraflé par l'aspirateur. Par la force des choses, Verlaine était très éloigné de Rimbaud. L'homme imagina son amie en directrice d'orphelinat faisant l'appel d'une voix autoritaire dans une cour grise : « Radiguet Raymond ! Renard Jules !

Rimbaud Arthur ! Rivarol Antoine ! » L'homme chercha Rilke. Il le trouva au rayon littérature germanique, caché derrière une porte. (p 35)


Quelques libraires de neuf, maintenant qu'il y réfléchissait, l'avaient beaucoup intimidé, eux aussi. Il se souvenait d'un vieil homme, dans une boutique à peine plus grande que sa chambre à coucher. Il l'avait regardé de si haut, lui avait demandé ce qu'il cherchait sur un ton si inquisi-teur, que le lycéen n'avait su que bredouiller une excuse avant de ressortir. Il lui avait fallu vingt ans pour oser pousser une seconde fois la porte de cette librairie. En réalité, plus que les libraires, c'est le temps qu'il passait devant les rayons qui l'embarrassait : il avait honte de laisser croire qu'il entrait pour lire gratuitement. Or il lui fallait beaucoup plus de temps qu'à quiconque pour se décider. Quand le livre convoité était trop cher, le dilemme n'était pas très grand s'il pouvait acquérir un autre titre du même auteur. Mais devoir choisir un autre écrivain parce qu'il lui manquait quelques francs ressemblait à une trahison. (p 47)


Le grand paon-de-nuit de Marcel Cohen


Choses que je croyais perdues de Clémentine Mélois


Vu 


Spectacle 

Dans le ventre des cerveaux écrit et mis en scène par Jules Sagot et Christophe Montenez

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