Sur le thème du fil(s) j'ai le plaisir aujourd'hui d'accueillir Céline tandis que je me décale vers Franck.
Les participants de cette ronde évoluent aujourd'hui dans le sens suivant :Gilbert
chez Hélène
chez Cécile
chez Céline
chez Elise
chez Franck
chez Guy
chez Dominique A
chez Danielle
chez Dominique B
chez Jacques
chez Gilbert
Anansi
C’est la troisième fois que je recommence.
La première n’était pas parfaite,
la deuxième, la porte s’est ouverte et quelqu’un est passé, sans rien voir...
Alors celle-ci, je l’ai refaite ici.
Là, je suis bien je crois...
Calée dans un coin, de quoi m’accrocher et bien me cacher.
Je n’ai aucune envie de me retrouver écrasée sur une vitre par un bouquin de 300 pages, ou par une chaussure sur un mur blanc.
(Outre la brutalité de cet acte, ça laisse des traces.)
Là, ni vue ni connue, je suis à mon aise pour commencer mon travail, lent et minutieux.
Est-ce que cela intéresse quelqu’un?
Si on me demandait pourquoi je fais et refais sans jamais me lasser, je dirai que c’est parce que je suis faite pour ça.
Je ne vois pas bien ce que je pourrais faire d’autre.
Je tisse ma toile.
Même si la lumière passe au travers comme si elle n’existait pas.
Je tisse sans cesse, je tricote, je recommence à chaque fois qu’elle est détruite.
Même si la pluie goutte lourde sur mes fils délicats,
Même si le vent qui passe l’arrache sans vergogne, sans l’ombre d’un soupçon de gêne ou de politesse,
Je continue, je tisse, plusieurs toiles dans plusieurs coins.
Je rêve de ne plus avoir besoin de coins, en l’air, suspendue, énorme, en plein arc en ciel...
Des chef d’œuvre monumentaux sont restés dans la mémoire collective, des prouesses techniques, des toiles de maîtres.
Ce sont des phares qui éclairent au loin...
Moi je n’ai pas d’ambition.
Je tisse à ma façon, certes avec quelques bouts de ficelles qui me restent de ce que j’ai englouti goulûment fut un temps de récits, de notes et de modèles.
Ces trésors transmis, je les ai mangés, puis digérés. Ils sont là, en moi, quelque part...
Mais ne me demandez pas de les recracher au fil d’une discussion bien pensante pour montrer que j’en ai dans les tripes !
Comme si on demandait à un boulanger de redonner la farine d’un pain...
Je ne suis pas historienne, ni conservatrice, je suis dans le présent et je tisse.
Quoi ? Des toiles.
Dans quelques années, j’aurai peut-être le temps de me demander ce que j’ai bien pu fabriquer...
C’est tellement abstrait voire abscons, ce fil que l’on sort de soi que l’on mêle et entremêle, le nez dessus, les pieds aussi marchant même dessus ces fils, souhaitant qu’ils soient assez solides pour nous porter par dessus le vide, le temps de finir ce qu’on a commencé.
Funambule, je crois, oui.
Travailler avec le vide, et l’illusion du quelque chose dans le rien.... ou du trois fois rien dans le tout qui fait mouche...
Les mouches ?
Elles révèlent notre existence !








