Rechercher dans ce blog

samedi 31 décembre 2016

"Au cœur de quelques-uns seulement, l'impérieuse nécessité des choses inutiles d`elle-même s`impose"

Les radis bleus
Pierre Autin-Grenier

Samedi 31 décembre
Saint Sylvestre

Minuit, je jette un truc complètement cassé dans un lit en cage de fer et finalement le truc y trouve un sommeil qu`il voudrait sans réveil.
C’est moi.
Dimanche 1er janvier
Jour de l'An

Est-ce bien la brise légère qui fait trembler l”eau du lac, ou n'est-ce pas plutôt la vieille coque du voilier bleu, engravée du côté des ajoncs? Cette soudaine éclaircie dans le sombre du jour, la doit-on au soleil qui perce le silence ou à l”arbre nu dont les branches mortes un instant s'écartent, pour discrètement faire place à un pays plus lumineux? Et les cailloux blancs, sur le bord du chemin, qu'attendent-ils si patiemment qui ne soit fervente promesse de lointains voyages?

C'est à force de mépris pour toutes ces choses insignifiantes d'apparences que nous sombrons dans la folie de l'immédiatement efficace. Vivre requiert alors des tempêtes évidentes, des canicules féroces et des routes sans cailloux, vite tracées à travers plaines et montagnes. Au reste nous n'accordons un seul regard, pressés de l'inscrire au calendrier du temps perdu.

Au cœur de quelques-uns seulement, l'impérieuse nécessité des choses inutiles d`elle-même s`impose. Ils veillent ; soupèsent l'impondérable et protègent l'éphémère. Ils savent trop, du fond de leur désespoir tranquille, comment s`écroulerait soudainement le monde une fois supprimé tout ce qui ne sert à rien.

dimanche 18 décembre 2016

petites choses (5) que l'on croyait immuables







 




et qui disparaissent de nos villes, une enseigne, Les grands magasins généraux Larraillet, vieux vendeurs empressés le mètre à la main, vieux comptoirs de bois, meubles à tiroirs, le grand tiroir caisse, la patronne trônant, ouvrir fermer, l'argent rentrait, "listes de mariage, trousseau", égrène encore le store, une façon de vivre s'éloigne déjà, un crépuscule, on oubliera



jeudi 8 décembre 2016

une rentrée

combien maintenant, oui, bientôt, quarante, des sixièmes devant soi, petite main levée Vous nous racontez comment vous êtes devenue Maitresse ? C'est mon frère, il est en troisième, il m'a dit que, toujours quelqu'un pour réclamer l'histoire, un rituel désormais, la dérouler, ses passages obligés, les matins froids, l'hiver, une classe unique, la salle à hauts plafonds, le bûcher du préau, le tour pour allumer le feu, le poêle qui crachote et l'arrivée de Mademoiselle descendue, telle une fée ou une princesse, depuis ses appartements et ces jours fastes où elle nous réunissait "Il fait trop froid pour se mettre tout de suite à travailler" nos mains tendues vers le poêle, dans les siennes, un recueil de contes, Andersen, Marcel Aymé, et elle lisait, sa voix, une chaleur douce, un engourdissement bienheureux,  la regarder, ses ongles faits, sa coupe courte, ses jolis vêtements, ah ! ses petites bottes blanches, l'admirer, et penser très fort Un jour, moi aussi, je serai maîtresse, les voilà calmes,  presqu'alanguis, la tension du premier jour est redescendue, s'en souvenir plus tard, par temps d'attente déçue quand plus rien ne se passe, étancher une soif, combler une faim, le lait des histoires

lundi 5 décembre 2016

elle était ouverte à tous vents,


https://youtu.be/dUmhDPWxGaQ

un clic sur l'image pour vidéo 50 s

errer de pièce en pièce, les ronces enroulent leurs doigts griffus aux barreaux des chambres, le jour n'en a cure, il poursuit sa course, abstractions sur les planchers vermoulus, se souvenir d'eux, vieux tracteur, vieille charrette, vieille voiture, l'évier abandonné, un rameau de laurier se racornit, que Dieu protège notre maison, l'âtre, ce qui reste d'une cheminée qui a réuni, prendre avant le feu ou la benne le manche d'une vieille faux


jeudi 24 novembre 2016

téléphone

elle fulmine, j'ai un seul fils et il n'a même pas le temps de me parler, il fait toujours autre chose en même temps, tantôt il est en voiture, tantôt dans la rue ou au supermarché, je devine le bruit autour mais lui, non, il doit tout me répéter, tiens, j'aimerais autant qu'il m'appelle pas, ou alors moins souvent mais dix vraies bonnes minutes, rien que pour moi, quelle époque

dimanche 20 novembre 2016

La ronde (16) : sur l'incipit "Il était cinq heures du soir"


 La ronde est un échange périodique de blog à blog sous forme de boucle. Le premier écrit chez le deuxième, qui écrit chez le troisième et ainsi de suite. Cette fois chaque texte commence par "Il était cinq heures du soir."


J'ai le plaisir aujourd'hui d'accueillir  Noël Bernard qui nous offre un "pantoum " forme empruntée à la culture malaise et fortement modifiée en France depuis Victor Hugo : les règles fixées par Théodore de Banville sont respectées dans ce texte. De mon côté, je suis accueillie par Céline.
 
l'oiseau

il était cinq heures du soir
dans la cour danse la fillette
sur son aile brodée en noir
au ciel vire l'étrange mouette

dans la rue danse la fillette
à cloche pied dans le soleil
au ciel vire l'étrange mouette
et passe un nuage vermeil

à cloche pied dans le soleil
elle aime les regards tranquilles
et passe un nuage vermeil
nimbé de rayons immobiles

elle aime les regards tranquilles
des hommes qui vont affairés
nimbé de rayons immobiles
l'oiseau tourne en cercles serrés

des hommes qui vont affairés
la fillette heureuse qui chante
l'oiseau tourne en cercles serrés
il siffle d'une voix méchante

la fillette heureuse qui chante
respirant les parfums d'été
il siffle d'une voix méchante
laissant le ciel épouvanté

respirant les parfums d'été
tout à coup s'interrompt son rêve
laissant le ciel épouvanté
l'oiseau jette une trille brève

tout à coup s'interrompt son rêve
l'enfant lève un œil interdit
l'oiseau jette une trille brève
quelque chose tombe et grandit

l'enfant lève un œil interdit
sa lèvre a cessé sa comptine
quelque chose tombe et grandit
tout d'un blanc cinglant s'illumine

sa lèvre a cessé sa comptine
la feuille tourne et vole au vent
tout d'un blanc cinglant s'illumine
fulgurance d'un feu mouvant

la feuille tourne et vole au vent
dans la cour où tout est silence
fulgurance d'un feu mouvant
l'oiseau vers l'horizon s'élance

dans la cour où tout est silence
un petit tas de charbon noir
l'oiseau vers l'horizon s'élance
il était cinq heures du soir


      La ronde tourne dans ce sens :





chez Élise 

chez Céline 
Guy 


DH Dominique Hasselmann

DA Dominique Autrou

Franck etc.


dimanche 13 novembre 2016

les regarder, songer

et si c'était comme pour les plantes vertes ? se réjouir de leur présence mais ne pas trop s'en occuper. Penser à les oublier. Oui, cesser l'acharnement pédagogique