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samedi 28 février 2026

à Burgos, un soir




 longer l’Arlanzón et découvrir la cathédrale de l’autre côté, 

ici aussi l’eau est montée, elle commence juste à refluer, 

passer le pont, l’arc de Santa María et elle se dresse soudain, imposante presque intimidante, 

19 heures passé et encore des profs des élèves, bloc-notes à la main

vendredi 27 février 2026

oui ?

 


une forme d’hésitation interrogation, 
et se risquer renaître, 
étriqué l’espace,
qu’importe, 
on peut bien faire avec

jeudi 26 février 2026

à Burgos, bar El Patillas

 

Quelqu’un au comptoir Trois générations de père en fils et on a touché à rien, cent douze ans que ça dure, le dernier à arrêté juste avant la pandémie, la mairie a repris, on a le droit de toucher à rien, même pas de mettre un percolateur, c’est un salarié qui maintient des heures d’ouverture, d’un soir à l’autre on ne sait jamais qui sera là, parfois des personnes très connues, bien sûr que vous pouvez filmer, maintenant nous aussi on est sur les réseaux sociaux 

el Patillas, pour les pattes de cheveux des propriétaires successifs, ces favoris, un signe distinctif 


15 secondes 


presque deux minutes 

mercredi 25 février 2026

sur les hauteurs de Ciboure

 

à droite, au fond, la pointe de Sainte-Barbe, 

sur la gauche, le fort de Socoa

mardi 24 février 2026

Pau, un petit tour à pied

 

enfiler ses tennis et on y est, le parc Beaumont,


le magnolia est en fleur, il est beau, des photos, des selfies, saisir aussi les Pyrénées enneigées à l’horizon, pas simple, ça prend du temps, attendre son tour, 


descendre vers Bizanos, une collinette et perché son petit château, Franqueville, 


rejoindre la Nationale, puis le gave en longeant la vigne,


une longue allée de mimosa, son parfum, 


des soins à rattraper après les semaines de pluie, du monde sécateur à la main, 


 et avant la passerelle de Gelos, l’aubépine, son jaillissement, sa fragilité. Pas de trace encore de lilas dans les coins à, en cause les fortes gelées de janvier ? le guetter. 

lundi 23 février 2026

Pau, en descendant vers la place de la Monnaie



sur l’écriteau Tant qu’il y a de l’amour et de la zigue pq être triste 


et par-delà  des portes murées, des fenêtres vomissant le lierre, la lumière d’un jour neuf, la neigeuse aubépine, le printemps fait signe, oui, pourquoi être triste 

dimanche 22 février 2026

Lu et vu (178)

 Lu

Terre des oublis de Duong Thu Huong

L’étrange tumulte de nos vies de Claire Messud

Où j’ai laissé mon âme de Jérôme Ferrari 

Jean-Luc et Jean-Claude de Laurence Potte-Bonneville

(…) Jean-Luc, il est en curatelle. Il fait ce qu'il veut. S'il veut sortir, il sort. Pour Jean-Claude ils avaient tout bordé avec le psychiatre et le tuteur, on avait rédigé un protocole que Jean-Claude avait compris, et signé. Et puis ces sorties du mardi et du jeudi, elles leur font un bien fou.

Des larmes de fatigue et de rage lui montent aux yeux. En quelques mois ici, elle a fait bouger tant de lignes. Avant son arrivée, l'après-midi au foyer c'était sieste obligatoire et interdiction de descendre au rez-de-chaussée, comme ça on pouvait nettoyer les sols tranquille. Ça l'avait sidérée, tellement loin de ce qu'elle avait appris en master deux, tellement triste. Elle avait fait voler ce gentil système en éclats, à coups de groupes de travail et en arrachant quelques crédits pour des formations bientraitance.

Le psy l'avait aidée, il était partant, et en conclusion de l'évaluation externe les consultants avaient noté que « la dynamique participative initiée autour de la réflexion sur la liberté d'aller et venir a débouché sur des initiatives dont il convient de souligner l'intérêt, tant du point de vue de la restauration du pouvoir d'agir des résidents, que de la compréhension par les professionnels des enjeux de l'accompagnement » (p 111)


« Il est mort.

  • Tu crois?
  • Il y connaît rien! T'y connais rien, imbécile! Genre il est "mort"! Il est pas mort.
  • Ah ouais, depuis quand t'es genre spécialiste en morts toi ?
  • Depuis que j'ai vu qu'y respirait encore, tête de tête.
  • Les enfants, vous reculez, vous reculez.
  • Ouais c'est ça, tu te crois pour un Nobel?
  • Tu te prends pour un Nobel. Vas-y parle français au moins, précaire!
  • C'est ta face à comédons qu'est précaire.
  • Genre t'es trop méchante Juliette!
  • Ah oui parce que lui il est gentil peut-être à m'insulter de précaire!
  • Faut lui donner des claques. Madame, madame, je peux lui donner des claques? » (p 137)

Vu

Cinéma 

Urchin de Harris Dickinson

Exposition au Parvis Leclerc 

La vie à hauteur d’homme de Stéphane Duroy

texte de présentation : 

L'itinéraire de Stéphane Duroy ne se résume pas à un passage de la presse à la photographie dite « d'auteur » : il se transforme dans une traversée de l'Europe meurtrie, puis d'un monde rude pour les plus vulnérables. À travers son viseur, il capte des images à la fois puissantes et fragiles, empreintes d'une empathie lucide. Il ne juge pas, il montre — et ce faisant, il donne a penser. Ce qu'il photographie, avant tout, c'est l'homme au monde, l'homme affrontant l'histoire et ses fractures.

En 1979, il découvre Berlin-Ouest. Dix ans plus tard, il figure parmi les témoins les plus marquants de la chute du Mur. L'image de cet homme frappant le béton à coups de masse est devenue emblématique. Entre-temps, il parcourt l'Europe de l'Est - Allemagne, Pologne, Slovaquie —, territoires marqués par la guerre, la Shoah et l'emprise communiste.

Dès 1971 déjà, il sillonnait la Grande-Bretagne et les États-Unis, rencontrant les laissés-pour-compte, témoignant de vies cabossées par l'histoire. Là encore, il suit les traces de l'exil et de l'immigration, questionnant un pays longtemps terre d'accueil devenu hostile. Cette enquête l'aura mené jusqu'à déconstruire ses propres images, dans une remise en cause radicale du discours photographique, jamais assez près de son sujet, toujours en recherche.

« J'ai trois thèmes, dit-il: la condition humaine, l'impact de l'histoire sur cette condition, et, lorsque cela devient insupportable, la fuite, l'exil. » Tout est dit.

Ses photographies ne se contentent pas d'être belles : elles sont essentielles, parce qu'elles font dialoguer présent et passé, mémoire et histoire, dans l'instantanéité du cliche.

Né en 1948 en Tunisie, il intègre d'abord l'agence Sipa Press avant de rejoindre VU' en 1986 Il se consacre ensuite à l'élaboration d'une œuvre sur quatre projets majeurs en Angleterre, à Berlin, dans les pays de l'Est et aux États-Unis. L'œuvre de Stéphane Duroy fait régulièrement l'objet d'expositions dont les Rencontres d'Arles en 2024, à la MEP en 2002, ou au Bal (Paris) en 2017.


un entretien de Stéphane Duroy sur France-Culture

samedi 21 février 2026

vieillir (135)

au restaurant, son café tarde à venir, le ballet de serveurs regarde ailleurs, il y a peu il s’empressait, ,, l’air perdu Ah ! bon ? j’avais commandé un café ? Il ne s’en souvient plus, elle prend sa carte bancaire, maintenant c’est elle qui se lève pour aller régler

vendredi 20 février 2026

Pau, boulevard des Pyrénées,

 

15 février, 11 heures 

en contrebas, le toit de l’Hôtel du Département semble se jeter dans le gave, le ginkgo solitaire, tel un danseur sur ses pointes, élève hésitations et arabesques, gris, l’hiver ici, sa beauté 

mercredi 18 février 2026

ombre et lumière (14)

 


au pied du funiculaire 

mardi 17 février 2026

Petites choses (138) qui touchent

marcher d’un bon pas, tête baissée, le long du gave, le croiser, haute silhouette massive, lever les yeux sur lui, son visage s’éclaire, quête un sourire, penser un simple et ses mots vous atteignent alors, ils pétaradent et sortent avec peine, un léger bégaiement, une mitraille Un peu de spiritualité et message délivré, soulagé dirait-on, il s’en repart 

lundi 16 février 2026

chez le fleuriste, boulette

une tape sur l’épaule, se retourner, un temps pour la reconnaître hors de son cadre professionnel, se sourire, dans ses mains une corbeille de pétales, penser mercredi, pas un jour de mariage, les désigner et dire pourtant Un heureux événement ? Pas exactement, une rougeur subite, les yeux s’embuent, la caisse et elle sort, le fleuriste Ça se fait maintenant pour les enterrements, on les lance au moment de l’inhumation. 

dimanche 15 février 2026

Lu et vu (177)

 Lu

Contes du Chemin de Fer de Hamid Ismaïlov

Ce qui gît dans ses entrailles de Jennifer Haigh

Vu

Chronique des années de braise de Mohamed Lakhdar Hamina

samedi 14 février 2026

Carnaval béarnais/Carnaval biarnès, la Sèga

 

un nuage

sur le site de la Ville de Pau

  • Sèga e serada de Carronha

Sent Pançard entre dans la ville et déambule dans différents quartiers historiques jusqu'à la Sèga, une barricade réalisée par deux camps : la société de l'ordre et des notables et la société du désordre et du sauvage. 

A 19h45, retrouvez la Sèga, proposé sous le chapiteau du Hédas, place Récaborde, en raison de la pluie annoncée ce vendredi soir. 

proposé par la Compagnie Jour de Fête.



emblème du Béarn, deux vaches

du pour de rire, une farce, en occitan, en français, de la beauté, des chants, l’orchestre de musique ancienne du conservatoire, du grotesque, des éclairages. des pluies de confettis, mise en scène du pouvoir, ceux qui plient, ceux qui protestent, on comprend tous, les enfants sont assis devant en rangs serrés, les plus jeunes dans les bras de leurs parents, ne rien en perdre, figure du vétérinaire, il y a eu Donald Trump, Emmanuel Macron… un vétérinaire donc, le relais d’une parole officielle honnie La moitié du drapeau est malade, il faut brûler tout le drapeau, dernier avatar d’épidémies sur volailles canards oies ovins, la dermatose nodulaire vient de toucher les bovins, huées et rires, bonheur vivifiant d’être ensemble, la foule trépigne de joie

vendredi 13 février 2026

chevelure

 


des noeuds, un enchevêtrement, à débroussailler d’urgence à moins qu’une bonne coupe ou plus radical encore, tout ratiboiser 

jeudi 12 février 2026

l’Adour

 

4 février, 18h15

le pont Saint Esprit, l’arc d’un nuage nacré, ses reflets irisés, l’autre rive, la silhouette de la cathédrale, Bayonne au crépuscule 

mercredi 11 février 2026

Saint-Sébastien


la Concha, 21 décembre 25, 17h45

à la Santo Tomás, le pied léger et dansant, le soleil bascule déjà derrière le Monte Igueldo, vite, accueillir l’éclaircie

mardi 10 février 2026

petites choses (137) qui amusent

Quand on se chamaille, souvent elle [sa fille] m’offre après une paire de boucles d’oreille, j’en ai une pleine boîte denak korrapilatuak tout emmêlées, elle rit, quatre-vingt-quinze ans, son regard pétille, Tu veux voir ? pas tant de disputes que ça au fond, toute une vie

lundi 9 février 2026

à pied (39) par les crêtes

 

brebis manech sur la ligne d’horizon 

à droite, le Baigura

à gauche, la chaîne pyrénéenne 

dimanche 8 février 2026

Lu et vu (176)

Lu

Le Sermon de la chute de Rome de Jérôme Ferrari

Vu

Musée Bonnat-Helleu, Bayonne 

L'Oublié  Émile Betsellère 1872 huile sur toile 

L'image de ce soldat laissé pour mort sur un champ de bataille, lors de la guerre franco-allemande de 1870-71, évoque l'histoire d'un jeune Bayonnais : Théodore Larran. Ému par son récit, le peintre Émile Betsellère, qui a lui-même douloureusement vécu le conflit, fait de son tableau un hommage aux engagés et aux victimes de la guerre.



Philippe JOLYET

Pierre-en-Bresse 1832 - 1908 Nay

La Fille de l'antiquaire

1891

Huile sur toile


PAUL HELLEU, ARTISTE DE LA BELLE ÉPOQUE

Né à Vannes en 1859, Paul Helleu élève à l'Ecole des Beaux arts se détourne rapidement de la manière de peindre enseignée, jugée trop académique. Il s'enthousiasme très tôt pour l'impressionnisme, et se forme en autodidacte auprès de ses amis Claude Monet, John Singer Sargent et Giovanni Boldini. Dès 1884, il attire l'attention au Salon grâce à son talent de pastelliste, année où il rencontre aussi sa future épouse, Alice, omniprésente dans son œuvre.

Figure de dandy, Helleu soigne son apparence autant que ses intérieurs.

Initié par James Tissot à la pointe sèche, technique de gravure qui permet un dessin d'une grande finesse, il séduit rapidement les collectionneurs. Son cercle comprend le poète Robert de Montesquiou-Fezensac, qui le fait connaître dans les milieux littéraires, et l'écrivain Marcel Proust, qui s'inspire de lui pour créer le personnage du peintre Elstir dans À la recherche du temps perdu.

Autour de 1900, le Tout-Paris s'enthousiasme pour cet artiste mondain aux portraits virtuoses. Sa renommée dépasse bientôt les frontières: traversant la Manche puis l'Atlantique, il peint notamment en 1912 le plafond de la gare Grand Central à New York.



Paul HELLEU

Vannes 1859 - 1927 Paris

Alice Helleu lisant sur la plage de Deauville

1892-1896

Huile sur toile

vendredi 6 février 2026

traces




 champs et prairies,


couturés de barbelés, 

un rêve d’herbe plus verte à côté, 


et au bord de la rivière, 

elles se faufilent et passent, 

obole d’un brin de laine arraché, 

pas à ça près, 

irréductibles petites manechs

jeudi 5 février 2026

un soir au Pays Basque

 

Labastide-Clairence, Pessarou, 18h15



mercredi 4 février 2026

À Mérida, l’Alcazaba Cultural Center

 


lien sur l’Alcazaba Cultural Center 

dernier étage, la bibliothèque au sommet d’une sorte de rampe en colimaçon,  un drôle de petit ascenseur tube. rez-de-chaussée sur pilotis, visibles à travers de grandes baies des vestiges romains, avant même de pousser la porte un affichage et ces mots en particulier 


C'était le meilleur des temps, c'était le pire des temps, l'âge de la sagesse et aussi de la folie ; c'était le siècle de la raison, c'était l'âge de la foi, l'âge de la lumière et des ténèbres ; le printemps de l'espoir et l'hiver du désespoir. Nous avions tout et nous n'avions rien. En un mot, cette époque était si si semblablà l'époque actuelle que...

Charles Dickens.

Histoires des cités  (1859)

mardi 3 février 2026

vieillir (134)

ancien médecin, des troubles de la mémoire, ils sont allés la chercher à l’Ehpad pour un dernier au revoir à son mari, le cercueil est ouvert, elle se penche, lui prend le pouls, sort un stéthoscope imaginaire, le pose sur son cœur, gestes immémoriaux, lui rendre vie

lundi 2 février 2026

Augusta Emérita / Mérida


Pont romain sur le Guadiana, 15/I/2026, 17h1/4

Mérida, en Extremadura, la cité d’un concentré de vestiges romains et autres, wisigoths, islam…

Wikipédia : La colonia Augusta Emerita est une cité romaine fondée en 25 av. J.-C. par le légat romain Publio Carisio sur ordre d'Auguste pour cantonner les soldats démobilisés (émérites) qui avaient combattu dans les guerres cantabres. Vers 15 av. J.-C., elle devient la capitale de la nouvelle province romaine de Lusitanie. Puis, jusqu'au iiie siècle, elle devient la capitale du diocèse d’Hispanie.




… et partout dans la ville, à ciel ouvert, des panneaux explicatifs clairs, le pédagogique à son meilleur, en espagnol et anglais


… sans compter les richesses accumulées au musée romain 


Le dernier Loup de Lázló Krásznahorkai (p 35 à 38) 1ère édition, Hongrie 2009

(…) il s'en voulait terriblement d'avoir accepté cette invitation, et surtout de ne pas avoir clarifié sa situation immédiatement, car plus le temps passait, plus il s'enlisait, il était là, dans le meilleur hôtel de Cáceres et de toute l'Estrédamure, et tout en sachant qu'il ne pourrait rien écrire sur l'Estrémadure, qu'il ne jouait pas franc jeu, qu'il avait dupé les gens à qui il devait ce merveilleux voyage immérité, oui, merveilleux, il devait bien admettre que, si son attirance pour la région ne pouvait en rien atténuer sa profonde dépression, l'Estrémadure possédait un charme particulier, auquel, même s'il n'était là que depuis deux jours, il avait bien du mal à résister, et malgré l'écran de sa déprime et de sa mauvaise conscience, il trouvait, par exemple, que la nature était magnifique en Estrémadure, confia-t-il au barman hongrois, tout particulièrement la dehesa, ce paysage très légèrement ondoyant planté de chênes verts, des chênes verts appelés là-bas encina, qui ne couvraient pas l'intégralité du territoire mais, et c'était ça l'essentiel, se dressaient de façon éparse, déployant leur frondaison à une grande distance les uns des autres, c'est à cause de la sécheresse, lui raconta le chauffeur qui sortit subitement de son mutisme pour lui expliquer le sens du mot dehesa, l'eau est si rare ici que ces chênes ne peuvent pousser que sous cette forme, comme vous pouvez le voir, dit-il en désignant le paysage, il n'y a aucun fourré, aucune broussaille, il n'y a qu'une vaste étendue vert pâle, une immense plaine parsemée de quelques touffes d'herbe et de chênes disséminés, c'est ça la dehesa, vous comprenez ? oui, il comprenait, et sentait combien ce paysage le touchait, car la dehesa, dit-il, était à l'image de son âme, à l'image de quoi ?! s'exclama le barman derrière son comptoir, laissez tomber ! fit-il en trempant ses lèvres dans la bière, il voulait seulement dire que l'Estrémadure était fascinante, car non seulement la nature lui semblait merveilleuse, mais également les habitants, qui étaient, comment dire, disons tout simplement : des gens bien, des gens bien ?! haussa les sourcils le barman hongrois, oui, des gens bien, et il trouvait cela merveilleux, merveilleux et affreux à la fois, à cause de ce qui les attendait, car toutes ces nouvelles autoroutes, ces nouveaux quartiers à Cáceres, et Plasencia, et Trujillo et Badajoz, indiquaient déjà que le monde allait d'une minute à l'autre se fracasser ici aussi, car voyez-vous, dit-il en se penchant en avant et en élevant légèrement la voix pour permettre au Hongrois d'entendre distinctement ce passage malgré la musique assourdissante, voyez-vous, tout cela, cette Estrémadure se trouve en dehors du monde, Estrémadure se dit en espagnol Extramadura, et Extra signifie à l'extérieur, en dehors, vous comprenez ? et c'est pourquoi tout y est si merveilleux, aussi bien la nature que les gens, mais personne n'a conscience du danger que représente la proximité du monde, ils vivent sous la menace d'un terrible danger en Estrémadure, vous savez, ils n'ont pas la moindre idée de ce qui les guette s'ils laissent faire les choses, de ce à quoi ils s'exposent s'ils laissent les autoroutes et les magasins envahir leurs terres, la misère ici était épouvantable, j'ai vu des photographies montrant comment c'était autrefois, et effectivement la misère était vraiment épouvantable, il fallait y mettre fin, ils y ont mis fin, et ils vont poursuivre en ce sens, mais ce qui est dramatique, c'est que le seul moyen dont ils disposent pour cela, c'est de laisser le monde s'introduire, et de laisser ainsi la malédiction s'introduire, car tout, aussi bien la nature que la population de l'Estrémadure, sera frappé de malédiction, et ils ne se doutent de rien, ils ne savent pas ce qu'ils font, ni ce qui les attend, mais lui, dit-il en se désignant, il le savait, et il n'en avait pas dormi de la nuit, il était resté éveillé dans son élégante chambre d'hôtel, à se demander comment il pourrait expliquer cela aux hommes de la Fondation, il était sûr qu'ils ne comprendraient pas de quoi il parlait, et puis il ne saurait pas trouver les mots justes, c'est pourquoi, le lendemain, tout se passa exactement comme les jours précédents, (…)

dimanche 1 février 2026

Lu et vu (175)

 Lu 

Petit fruit de Marion Fayolle


Un gars s'approche du stand, brandit un papier avec des signatures. Il explique que la municipalité a décidé d'arracher les arbres de la cour d'école, qu'ils veulent tout bétonner, enlever l'herbe, la terre et les cailloux pour construire des jeux sur des sols synthétiques. Ces messieurs dames font des réunions, ont des subventions pour créer des zones de biodiversité. Ils plantent trois arbustes pour se donner bonne conscience, gagner quelques électeurs, tout ça après avoir déraciné les platanes de la place du village. Et maintenant ceux de l'école ! Mais les enfants ça veut jouer dans la boue, collectionner les pierres, ramasser les feuilles des arbres, ils en ont rien à foutre de leurs mobiliers colorés, de leurs dalles amortissantes. Ensuite, il faudra mettre des clims, ils se plaindront qu'ils ont trop chaud. Sa colère lance des postillons sur les bocaux. On marche sur la tête. On ne va pas les laisser faire, on restera dans la cour de l'école, on défendra les arbres et nos gosses. La femme s'empresse de signer la pétition, elle admire ce genre de personne, capable de mener des luttes, de résister à l'autorité et à ses injustices. Son mari signe aussi, bien sûr. Il propose de les rejoindre pour expliquer aux élus l'importance du vivant. 

     Un groupe de femmes s'approche. Nous, on ne veut pas d'enfants, on ne sait même pas où est l'école, par contre on est d'accord pour signer. Elles apposent leur nom en bas de la liste avant de poursuivre leur discussion, juste devant leur étal. La grande rousse s'accoude même sur la table. Elle parle fort comme si elle ne s'adressait pas uniquement à ses copines, qu'elle voulait que tout le marché en profite. Il faut de l'inconscience pour faire des gosses dans un monde pareil, notre société va droit dans le mur. Moi, j'ai demandé à mon mari de faire une vasectomie comme ça je suis tranquille. Le mien n'a pas voulu. Je te jure, ça me rend dingue. C'est à moi de prendre la pilule, de m'empoisonner. C'est aussi pour ça que j'en veux pas, il a beau me dire qu'il s'en occuperait, je sais bien que ça me retomberait dessus, que c'est toujours les femmes qui prennent cher. Tu n'as qu'à le quitter et faire comme moi. La plus petite du groupe explique qu'elle a tiré un trait sur les hommes, qu'ils sont tous les mêmes, et que la vie de couple c'est rien d'autre qu'une injonction sociale. Elle ne veut pas d'enfant, elle non plus. Non, franchement, c'est égoïste de vouloir des gamins aujourd'hui, il y a déjà trop d'humains sur la terre. Si vous n'achetez rien, est-ce que vous pouvez vous décaler un peu ? C'est pas contre vous mais les gens qui veulent venir à nous n'arrivent pas à se faufiler. Les trois copines emportent leurs grands discours quelques mètres plus loin devant le camion du fromager. (p 75, 76)

Le dernier loup de Lázló Krasznahorkai

(…) comment aurait-il pu leur parler du poids oppressant sa poitrine, comment aurait-il pu leur expliquer que depuis qu'il avait renoncé à la pensée il avait ouvert les yeux, et compris que tout ce que nous percevions de l'existence n'était qu'un gigantesque mémorial célébrant la vanité des choses, se reproduisant à l'infini, jusqu'à la nuit des temps, que ce n'était pas le hasard qui, avec sa force irréductible, triomphale, invincible, orchestrait la naissance et la déchéance des choses, non, mais plutôt une intention obscure et démoniaque, profondément enracinée dans la substance intrinsèque des choses, une intention nauséabonde, qui imprégnait tout de sa puanteur, le monde est une malédiction, l'œuvre du mépris, voilà ce qui frappait l'esprit de celui qui se mettait à penser et voilà pourquoi il ne pensait plus, avait appris à ne plus penser, ce qui, naturellement, ne l'avait mené nulle part puisque cette puanteur, il la sentait, il avait beau regarder ailleurs, détourner la tête, elle était là, partout, car le châtiment, autrement dit le monde, condamnait celui qui se mettait à penser à être conscient de la vanité et du mépris cachés derrière cette intention, à en être conscient sans cesse, à chaque instant, mais renoncer à la pensée, et ouvrir les yeux, donnait naissance à une autre forme de pensée, autrement dit, il était impossible de sen libérer, l'homme, qu'il pense ou pas, était prisonnier de la pensée, et cette horrible puanteur le prenait à la gorge, que pouvait-il faire ? (..) p 27, 28

Vu

Ciné

Le chant des forêts de Vincent Munier

Une si longue lettre d’Angela Diabang

La vie après Siham de Namir Abdel Messeeh

Spectacle 

La Folle journée ou le Mariage de Figaro de Beaumarchais, adaptation et mise en scène de Léna Bréban