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lundi 1 janvier 2018
premier janvier 2018 rêverie
dans la vieille maison presque silencieuse, gestes immémoriaux, leur humilité, préparer le café, allumer le feu, attendre, qu'il s'échappe et c'est le feu, personne, le manteau de la cheminée, un abri, se tenir là assise, dans l'âtre se savoir maillon d'une lignée, un jour laiteux s'arrache à regret de la nuit, un brouillard cotonneux caresse les carreaux, prêter l'oreille, un souffle profond, quelqu'un rêve au-dessus, se couler dans cette respiration, le bois craque, gémit, crépite, parfois une étincelle, un éclat, un éclair, ombre, lumière, rougeoiement, le ballet des flammes, songer à ce qui nous relie, "se sentir sur la même longueur d'onde" dit-on, des fils et un son circule, à la rescousse des mots affluent mais aussi eau qui court et ruisselle, s'agenouiller, dans la conque de ses mains recueillir et trinquer à la vie, irriguer l'âme racornie et replanter, se mettre en route, une voie
samedi 23 décembre 2017
Stage Théâtre animé par David Geselson (2)
AUTOPORTRAIT – DU RÉEL A LA FICTION
«
Comment composer une fiction à partir de sa propre histoire ? À partir
de quand l’utilisation de soi pour créer cesse d’être exclusivement
narcissique ? Tout peut-il faire fiction ? À travers une série
d’exercices d’écriture et d’improvisation autour de l’autoportrait,
nous travaillerons à créer une série de très courtes formes théâtrales
sur une journée. » David GeselsonDavid Geselson, en 2009, crée la compagnie Lieux-Dits, qui a pour vocation de travailler sur l’écriture contemporaine et les processus de création théâtrale.
un samedi d'octobre au THEATRE SARAGOSSE -PAU
exercice 2 : 1 mn pour se dire
combien ça dure une minute ? attendre, attendre encore et passer l'avant dernière. Se lancer.
dire les strates de mots qui vous ont construite, la poésie plus que tout, Comment avancer sans inconnu devant soi ? ainsi de ces visages attentifs tournés vers vous, de cette expérience partagée avec eux, accepter de se risquer un peu, évoquer la langue enfouie, la langue enfuie, à une lettre près, à quoi ça tient dire parfois, la langue revenue,choc un jour de sa beauté, le vieil oncle est à la fenêtre, il contemple, dehors, une sorte de crachin, des panaches blancs accrochés aux coteaux, "to euria zaldiz, tiens, la pluie à cheval", votre regard interloqué "mais ça là, il les désigne du doigt, tu ne savais pas qu'on disait comme ça ? non vous ne saviez pas, mais c'est joli, et juste surtout, ce sont bien des crinières enroulées autour des rondeurs du relief, l'autre vieil oncle dit aussi comme ça, la poésie, c'était dnc là, au plus profond, au plus archaïque de votre langue enfouie, enfuie, revenue, lever un sourcil, J'ai fait une minute ... ? Quelqu'un Trente, une minute trente, il sourit Je ne t'ai pas arrêtée.
exercice 3 : 5 mns pour se dire, 1/2 heure pour préparer et mettre en scène
choisir l'extérieur, s'asseoir adossée à un jeune chêne, tapis de feuilles mortes à vos pieds, il bruisse, crisse, soleil d'une lumineuse journée d'automne, le meilleur et le plus doux des éclairages, à la rescousse le cahier à fleurs des notes décousues prises à la volée ici ou là,
laisser son regard errer autour de soi, cubes gris posés sur le gazon ras, des mots, Espaces Pluriels sur le petit théâtre de plein pied, comme un corps étranger ici, des arbres maigrelets, le ciel, un petit tricycle oublié à même une allée, deviner des présences dans les tours, des regards peut-être, l'esplanade est presque déserte, une femme passe, elle tient son chien en laisse, le bruit de l'avenue, Espaces pluriels, les mots font leur chemin, Espèces d'Espaces, se souvenir de Georges Perec, observer le minuscule, l'anodin,
continuer à nommer, une voiture blanche quitte le parking, une supérette au rez-de-chaussée du second bloc, quelqu'un entre dans la supérette, des feuilles glissent dans le vent, l'automne, une femme, elle tient son petit garçon par la main, jour bleu, douceur de l'air, la beauté, la laideur, voisinages, force de cet inextricable là, vous notez, notez,
mais Georges Perec en ce jour une impasse, à la rescousse d'autres mots, dans votre poche L'imperceptible de Jacques Ancet, réconfort, si blanc, ça dure combien cinq minutes, le recours secours, toujours ces mots à une lettre près, le recours d'une page au hasard,
Henri Michaux, parler encore de la langue basque ? poser son stylo, renoncer, laisser le vent effeuiller les pages, faire silence, se recueillir, attendre, patienter, laisser affleurer, il remontera bien quelque chose
asseoir tout le monde en arc de cercle autour de soi, oui, plus près encore, est-ce encore du théâtre, la mise en scène demandée, est-ce si important, et sur le mode de la conversation intime, égrener le paysage autour de soi, citer quelques-uns des mots dont vous êtes faite, feuilleter le cahier, lire des bribes, se tromper et brouillonne relire le même, vite, vite, prendre une autre page et se rappeler, qui au juste, Nancy Hutson ?
plutôt Michel Schneider, Les variations Goldberg, une aria introductive, trente variations et reprise de cette même aria, qu'ont-elle nourri nous ces variations, on entend autre chose, en peinture aussi, même rouge dans un tableau, des voisinages différents, on ne voit pas le même rouge, poursuivre, s'arrêter, sur votre cahier, vous les avez entourés, désignés, où que vous en soyez, ils feront conclusion, de quoi exactement, vous ne savez trop, "Espaces pluriels. Espèces d'espaces. Tu voudrais, tu ne sais pas, tu ne peu pas. Reste à ta place" vous êtes essoufflée, c'était une longue course
exercice 2 : 1 mn pour se dire
combien ça dure une minute ? attendre, attendre encore et passer l'avant dernière. Se lancer.
dire les strates de mots qui vous ont construite, la poésie plus que tout, Comment avancer sans inconnu devant soi ? ainsi de ces visages attentifs tournés vers vous, de cette expérience partagée avec eux, accepter de se risquer un peu, évoquer la langue enfouie, la langue enfuie, à une lettre près, à quoi ça tient dire parfois, la langue revenue,choc un jour de sa beauté, le vieil oncle est à la fenêtre, il contemple, dehors, une sorte de crachin, des panaches blancs accrochés aux coteaux, "to euria zaldiz, tiens, la pluie à cheval", votre regard interloqué "mais ça là, il les désigne du doigt, tu ne savais pas qu'on disait comme ça ? non vous ne saviez pas, mais c'est joli, et juste surtout, ce sont bien des crinières enroulées autour des rondeurs du relief, l'autre vieil oncle dit aussi comme ça, la poésie, c'était dnc là, au plus profond, au plus archaïque de votre langue enfouie, enfuie, revenue, lever un sourcil, J'ai fait une minute ... ? Quelqu'un Trente, une minute trente, il sourit Je ne t'ai pas arrêtée.
exercice 3 : 5 mns pour se dire, 1/2 heure pour préparer et mettre en scène
choisir l'extérieur, s'asseoir adossée à un jeune chêne, tapis de feuilles mortes à vos pieds, il bruisse, crisse, soleil d'une lumineuse journée d'automne, le meilleur et le plus doux des éclairages, à la rescousse le cahier à fleurs des notes décousues prises à la volée ici ou là,
laisser son regard errer autour de soi, cubes gris posés sur le gazon ras, des mots, Espaces Pluriels sur le petit théâtre de plein pied, comme un corps étranger ici, des arbres maigrelets, le ciel, un petit tricycle oublié à même une allée, deviner des présences dans les tours, des regards peut-être, l'esplanade est presque déserte, une femme passe, elle tient son chien en laisse, le bruit de l'avenue, Espaces pluriels, les mots font leur chemin, Espèces d'Espaces, se souvenir de Georges Perec, observer le minuscule, l'anodin,
continuer à nommer, une voiture blanche quitte le parking, une supérette au rez-de-chaussée du second bloc, quelqu'un entre dans la supérette, des feuilles glissent dans le vent, l'automne, une femme, elle tient son petit garçon par la main, jour bleu, douceur de l'air, la beauté, la laideur, voisinages, force de cet inextricable là, vous notez, notez,
mais Georges Perec en ce jour une impasse, à la rescousse d'autres mots, dans votre poche L'imperceptible de Jacques Ancet, réconfort, si blanc, ça dure combien cinq minutes, le recours secours, toujours ces mots à une lettre près, le recours d'une page au hasard,
Henri Michaux, parler encore de la langue basque ? poser son stylo, renoncer, laisser le vent effeuiller les pages, faire silence, se recueillir, attendre, patienter, laisser affleurer, il remontera bien quelque chose
asseoir tout le monde en arc de cercle autour de soi, oui, plus près encore, est-ce encore du théâtre, la mise en scène demandée, est-ce si important, et sur le mode de la conversation intime, égrener le paysage autour de soi, citer quelques-uns des mots dont vous êtes faite, feuilleter le cahier, lire des bribes, se tromper et brouillonne relire le même, vite, vite, prendre une autre page et se rappeler, qui au juste, Nancy Hutson ?
plutôt Michel Schneider, Les variations Goldberg, une aria introductive, trente variations et reprise de cette même aria, qu'ont-elle nourri nous ces variations, on entend autre chose, en peinture aussi, même rouge dans un tableau, des voisinages différents, on ne voit pas le même rouge, poursuivre, s'arrêter, sur votre cahier, vous les avez entourés, désignés, où que vous en soyez, ils feront conclusion, de quoi exactement, vous ne savez trop, "Espaces pluriels. Espèces d'espaces. Tu voudrais, tu ne sais pas, tu ne peu pas. Reste à ta place" vous êtes essoufflée, c'était une longue course
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Henri Michaux,
Jacques Ancet
jeudi 7 décembre 2017
un dimanche matin (28) au vide-grenier de Gelos
des livres pour enfants, elle a en beaucoup, sait en parler, ils sont beaux, se réfréner et n'en prendre que quelques uns, des serviettes brodées, imaginer des gestes oubliés, le dé, le fil, l'application d'une jeune fille dans un temps enfui,
et du miel, rencontre "J'étais mécano, maigre, profil d'oiseau, teint rouge cuivré des marches au grand air, il déplie sa haute taille, aucun mal à imaginer le bleu de travail, le cambouis, le haut du poignet tendu pour saluer, dans ses mains, une cuillère, tester, si j'avais su j'aurais pris ma retraite plus tôt, ça m'est venu comme ça, une ruche, puis deux, puis on fait connaissance avec d'autres, on prend des conseils à droite à gauche, et maintenant les conseils, c'est moi qui les donne, je vais loin des fois, si j'ai beaucoup de ruches ? coup d’œil aigu, il vous soupèse, une hésitation, des fois que vous seriez des impôts ou d'on ne sait quoi, tant payés à fouiner, une cinquantaine, c'est sûr il minimise, j'ai commencé par en poser deux au col d'Ichères, une vraie joie, il s'anime, dans son élément, beau soudain, tenez, goûtez, tantôt ça a goût à châtaigne, tantôt à tilleul..."
mercredi 29 novembre 2017
vieillir (20) en couple : champagne !
on la croise, une ancienne collègue, sourire vaillant mais l'ombre d'elle-même, bien dix kilos de moins, une de ses amies à mots couverts "il est parti avec une autre", les garçons vivent leur vie, vente de la maison, sorties copines, on la recroise, combien plus tard, deux ans à tout casser, c'est un dimanche, il est 13 heures, un couple se hâte dans la rue vide, l'homme est élégant, la femme aussi, tailleur, ses escarpins claquent sur le pavé, c'est elle, au bout le quartier du Château et ses restaurants, on devine le feu d'une conversation, son sourire vous effleure, elle ne ralentit pas, en salle des profs, elle enseigne ailleurs, affichée et ouverte à tous commande champagne de l'Amicale, parmi d'autres noms, son nom d'avant, un montant, 848 euro
lundi 20 novembre 2017
"C'était l'inflexion enseignée à Charlotte et à Atlanta -même à Columbia- aux gens (...) qui avaient honte de parler comme leurs parents et leurs grands-parents"
Le chant de la Tamassee de Ron Rash
traduit de l'anglais (Etats-Unis) par Isabelle Reinharrez
Lee avait l'accent du sud de la Caroline du Sud, un accent qu'il cultivait, je le savais, comme un autre peaufinerait une poignée de main franc-maçonnique alambiquée. Et, d'une certaine façon, c'était bien ce qu'était son accent : un signe d'appartenance. Il fleurait bon les vieilles fortunes et les demeures ancienes, Porter-Gaude Académy et les bals de débutantes à Charleston. (p 19)
***
"J'ai déjà rencontré certains d'entre vous, a-t-il dit, mais, pour les autres, sachez que je m'appelle Peter Brennon. Je suis le propriétaire de la Société des barrages amovibles de de Carbondale, dans l'Illinois. Je suis également l'inventeur de ce type de barrage"
Sa voix avait l'inflexion monocorde, très Midwest, des présentateurs de journaux télévisés. C'était l'inflexion enseignée à Charlotte et à Atlanta -même à Columbia- aux gens du Sud qui avaient honte de parler comme leurs parents et leurs grands-parents. Mais on ne donnait pas ce genre de cours dans le comté d'Oconee.* (p 56)
*pays natal de la narratrice
*pays natal de la narratrice
***
et deux textes en écho ronde autour des accents de septembre 2017
Pau,
milieu des années 70, file du restau U, des américaines, on les
reconnaissait. Indifférentes à l'apparence. Massives, tunique ample, jean informe, petit sac à dos. Toujours en
groupe. Se détachant sa voix à elle, français fluide et accent basque "à
couper au couteau". On disait comme ça alors. Terroir, territoire,
racines, identité, authentique, et la fierté qui va avec, ce serait
plus tard. Cet accent-là on le gardait encore dans l’oreille, il avait quitté nos lèvres sans même qu'on s'en rende compte, « tu parles pointu ou quoi », ils nous disaient, là-bas, des parents de Méharin, elle avait expliqué, à quinze kilomètres de votre lieu de naissance, ils avaient immigré, dans leurs bagages, cette
langue-là.
et le texte passionnant de Giovanni Merloni
J’ai un accent (1)
J’ai toujours aimé les accents, présents
en grand nombre dans la langue française. J’aimais surtout les accents
circonflexes, sans lesquels il n’y aurait pas eu, je crois, des mots
extraordinaires comme débâcle, château, enchevêtrement ou mât. Je m’amusais de même à mettre l’accent aigu sur l’e de Gérard et les deux accents croisés sur les deux e d’Hélène et d’été. J’adorais la halte que m’imposait la recherche sur le clavier du tréma que je devais placer en tête de l’i chaque fois que je rencontrais des mots fabuleux comme Héloïse, naïf, aïeul ou camaïeu.
Je croyais d’abord que cela n’avait pas d’explication, qu’il s’agissait
de l’héritage de façons de s’exprimer venant de loin, de Charlemagne,
Jaufré Rudel et Jeanne d’Arc. J’obéissais à cet ordre calligraphique
sans vraiment comprendre qu’il s’agissait d’une règle utilitaire, ayant
surtout le but d’aider les gens à écrire et prononcer correctement les
mots.
Par rapport à ma langue d’origine, tout
cela me paraissait curieux et compliqué, si l’on considère qu’en italien
les accents sont rares et qu’ils ont surtout la fonction de donner de
la sonorité en plus aux voyelles terminales de certains adverbes comme più, perché ou de verbes comme partì, morì, andò et tornò.
À part cela, la plupart des mots de ma langue d’origine sont
naturellement accentués et cela simplifie beaucoup la compréhension
réciproque entre la langue orale et la langue écrite. Cela n’empêche
qu’en manque d’une adéquate protection institutionnelle de la langue et à
la suite du bombardement télévisé qui a ravagé profondément notre
immense culture, on assiste aujourd’hui à une sensible distance qui va
devenir un gouffre entre la langue des livres et la langue des bars.
D’ailleurs, la liberté absolue dont
jouissent les divers dialectes d’Italie et la fantaisie verbale effrénée
de mes compatriotes ajoutent au manque de contraintes dans la
construction des phrases (où les relatives abondent) un mélange continu
de mots et d’expressions d’invention. Nombreux dictons du dialecte
sicilien ou napolitain, par exemple, sont tranquillement rentrés dans la
langue parlée en Vallée d’Aoste ou à Venise, tandis que dans les
régions méridionales de la péninsule on intègre surtout la langue
de la Capitale. Cette Babel des dialectes se retrouve de plus en plus
dans les textes littéraires. C’est un phénomène sans doute intéressant —
légitimé et même accéléré par la télévision, unique autorité culturelle
à partir des années 80 — qui dévoile une langue en voie de
transformation sous un ciel qui n’a pas envie de se soumettre à
n’importe quelle règle.
Cependant, je vous épargne la longue
lamentation nostalgique sur la beauté et richesse de nos dialectes du
temps où les dialectes mêmes s’enracinaient dans des endroits
circonscrits où la langue se développait harmoniquement avec l’évolution
ou involution de chacune des sociétés humaines concernées… Inutile
d’évoquer une fois de plus les voyages en train dans les années 60 et
70, où les gens de différentes parties d’Italie se rencontraient et
essayaient de se parler, chacun dans son idiome, parfois
incompréhensible…
C’est à l’époque révolue de ces voyages en train que le premier terme qui venait à la bouche c’était celui de l’accent :
— Vous êtes de Parme, n’est-ce pas ? Je le reconnais par votre accent !
— Vous êtes de Parme, n’est-ce pas ? Je le reconnais par votre accent !
À Parme en fait, en plus d’un dialecte typique de la Vallée du Pô, on découvre une façon tout à fait particulière de rouler l’r, à la française.
Pareillement, en Italie, on reconnaît immédiatement un Français par son
accent, que les Italiens aiment beaucoup. En fait, l’accent des
Français, quand ils parlent un italien adouci par cet r un peu
aristocratique, c’est tellement agréable ! Il suffit d’entendre les
chansons de Françoise Hardy, de Charles Aznavour, de Nino Ferré ou
d’Adamo en italien pour savourer cette prononciation magique et
excentrique aussi…
Symétriquement, il ne passe même pas un jour, ici à Paris, qu’on ne me dise pas, en souriant :
— Vous êtes Italien ? On le reconnaît de l’accent !
Cette question est immédiatement suivie par une autre :
— De quelle région d’Italie ?
— Rome.
— Ah, Rome ! Quelle ville merveilleuse…
— Vous êtes Italien ? On le reconnaît de l’accent !
Cette question est immédiatement suivie par une autre :
— De quelle région d’Italie ?
— Rome.
— Ah, Rome ! Quelle ville merveilleuse…
J’arrête ici, même s’il y avait énormément à dire au sujet de l’accent et de son rôle dans les rencontres entre les peuples…
Cependant, pour conclure, je vais
mentionner une région d’Italie vraiment spéciale, où le dialecte de ses
habitants a établi avec la langue nationale un rapport tout à fait
particulier. Pour ne pas être trop analytique, je vais survoler les
nombreux mots et expressions de la langue de Sardaigne qui ont été
transportés dans l’italien que les gens du lieu parlent. Ce qui est
vraiment intéressant et unique, les Sardes —
différemment des habitants des autres régions qui ont du mal à respecter
l’intégrité et la fluidité des mots italiens — s’expriment dans un
Italien impeccable. Pourtant, je n’exagère pas, ils ne posent jamais
l’accent là où on devrait le poser selon la langue officielle. Je
m’explique. Sans que cela soit marqué, dans la langue italienne on est
obligé d’articuler les mots en syllabes, posant l’accent toujours dans
un endroit codifié. Par exemple :
Sono andato al mercato per comprare delle uova(Je me suis rendu au marché pour y acheter des œufs)
doit être scandé et accentué comme ça :
Só-no an-dà-to àl mer-cà-to pér com-prà-re dél-le uò-va
tandis qu’un habitant de la Sardaigne dirait :
Sò-nno àn-dat-to al mér-cat-to per com-prar-re dèl-le uóv-va
(Jé me suis réndu au màrche pour y à-cheter des œ-üfs)
On pourrait faire d’innombrables
exemples : toujours, un habitant de Sardaigne dira de façon impeccable
des expressions qui auront pourtant tous les accents déplacés et
renversés !
Giovanni Merloni
______________(1) Titre emprunté à l’ancien blog de Gabriella Merloni.
Libellés :
accents,
Caroline du Sud,
Giovanni Merloni,
Isabelle Reinharrez,
Italie,
Oconee,
Pays Basque intérieur,
Ron Rash,
Sardaigne
vendredi 17 novembre 2017
vieillir (19) en couple, renoncements
moment entre femmes, fin de repas dans une brasserie, son regard circulaire vers les couples encore à table, le vin a allumé ses pommettes, confidences "il n'entend plus très bien, j'essaie pourtant de me rapprocher, Quoi, qu'est-ce que tu dis, et il faut reprendre, c'est bête, mais chaque fois une petite exaspération, alors on ne va plus au restaurant, ensemble on a fait quelques voyages, Tunisie, Turquie et là sans arrêt des commentaires, ces arabes quand même, comment supporter ça, alors on ne voyage plus, elle se redresse, hésite, son sourire presqu'une excuse, c'est pas bien ce que je fais, qu'est-ce que je serais sans mon petit Maurice, c'est le pilier de ma vie
mardi 14 novembre 2017
« La langue basque (...) dit : euskaraz hizt egiten dut – “au moyen du basque je fais la parole” pour “je parle basque”.
Faire la parole /
Hitza egin
un
documentaire d'Eugène Green
Une langue, le
basque, incarnée, portée, par quatre jeunes gens à peine sortis de l'enfance.
Vivante. Une course, une quête dans un pays magnifié. Regard lucide, questionnement, fraîcheur d'esprit.
Sans concession.
Beauté.
Ils disent, récitent.
Eux vivants, une parole incarnée et cela suffit.
A portée, la transmission possible.
Espoir.
Songer aussi à Bernardo Atxaga entendu en 95 à Biarritz pour Obabakoak, Obaba, nom d'un village imaginaire, "k" de, d'Obabakoa donc, dans les premiers plans la caméra effleure ce livre-là "pour traduire mon livre et passer du basque à l'espagnol, j'ai dû me retourner le cerveau comme une chaussette".
Songer encore à une leçon du père M. en un lointain après-midi "Euskalduna, être basque, voyez-vous, c'est, si on décompose, Euskal le basque entendu comme lanque, et duna qui a, autrement dit être basque pourrait se traduire par "celui qui possède la langue".
Soudain dessillée saisir qu'être basque signifie l'attachement à la langue.
Ce qui fonde son identité.
Songer enfin au dernier plan du film, port de Pasai/Passage, au-delà de l'étroit goulet qui rend son accès difficile, le grand large.
Ses immensités.
Espoir encore.
Un film délicat, respectueux, il frôle, s'éloigne, revient, un ballet, une liturgie.
Glissement du côté du sacré.
ci-après une critique de ce film sur critikat.com
«
Au moyen du cinématographe je fais la parole », par Marie Gueden
Le
nouveau film d’Eugène Green, présenté en sélection française lors de l’édition
2016 du Cinéma
du Réel, est un objet curieux, surprenant, comme peuvent l’être les films
du réalisateur : si le documentaire n’est pas son terrain habituel, celui-ci
s’attache ici à un portrait de la langue basque centré sur des habitants
choisis.
Un
tel projet pouvait néanmoins poindre dans le cinéma d’Eugène Green comme dans
ses écrits : la parole tient chez lui une place centrale, ne serait-ce que pour
la parlure si particulière de ses personnages, leur diction liée, mais aussi
dans les ouvrages qui lui sont consacrés (La Parole baroque, 2001 ; Le
Présent de la parole, 2004) ; le pays basque était déjà filmé dans Le
Monde vivant (2003), tourné en partie dans la plus petite mais la plus
« basque » des provinces basques, la Soule, correspondant à la
découverte par Eugène Green de la région, ultérieurement à l’honneur dans son
roman La Bataille de Roncevaux (2009).
Faire
la parole peut ainsi
s’appréhender comme l’aboutissement de préoccupations originelles, profondes,
d’Eugène Green, et la documentation de la langue basque, l’une des plus
anciennes d’Europe, le creuset idéal, presque d’ordre généalogique, d’une
réflexion touchant à la parole chez le réalisateur, permettant en retour
d’appréhender son cinéma. Celui-ci formule d’ailleurs ce projet à venir en
avance dans sa Poétique du cinématographe (2009) associant parole,
basquité, cinéma : « La langue basque, témoignage vivant de la naissance
de l’homme, dit : euskaraz hizt egiten dut – “au moyen du basque je fais
la parole” pour “je parle basque”. Mais aujourd’hui on pourrait dire
: zinematographaz hizt egiten dut – “au moyen du cinématographe je fais
la parole”, la rendant visible. »
Si
le verbe « faire » est un opérateur linguistique dans « faire la
parole » en emploi transitif équivalant à un verbe d’action, nul doute
qu’il y ait une analogie avec le cinéma qui opère sur le réel : ce
« faire » insiste sur le pouvoir performatif de la parole, ici et
maintenant. C’est là le cœur du projet documentaire d’Eugène Green : recueillir
les voix du parler basque dans le temps de leur énonciation, s’incarnant dans
des personnages qui le font vivre.
pour
lire la suite
Libellés :
Bernardo Atxaga,
Cinéma,
Eugène Green,
Hitza Egin,
Obabakoak
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