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vendredi 18 janvier 2019

lumière d'hiver


il a gelé dur
elles vibrent et rayonnent
quatre plumes blanches

lundi 7 janvier 2019

7 janvier 1953 : Composition française "Pour distraire une de vos petites amies malade et recluse..."

A peine vingt ans. Jolie. Pimpante. Elle enfourchait sa mobylette dans le train à Pau, descendait à Peyrehorade et en route pour la petite école à classe unique du pays perdu. Ses jolies mains, ses ongles peints, ses jupes courtes serrées, serrées au-dessus du genou, ses petites bottes blanches à mi-mollets. La maîtresse. Et avec elle, l'idée de ce qu'on était ailleurs. A la ville. Une admiration inconditionnelle. Un amour aveugle. L'enfance. 
La voilà face à vous au café. Sortie de son grand sac, une copie double qu'elle défroisse avec soin. Un trésor, c'est sûr "Attends, je vais te la tenir." Photo. "Toi aussi, tu trouves ça sans intérêt ?" elle désigne un passage du doigt. Lire "C'est un petit sapin qui était très heureux dans la forêt et que papa a dû couper pour faire la joie de mes frères et sœurs qui le soir du réveillon sont émerveillés de le voir si illuminés". Lever les yeux. Elle bravement "Moi je trouve ça plutôt joli" quelque chose vacille pourtant dans sa voix. Une blessure et soixante-cinq ans plus tard, temps de la contre expertise. Sourire largement "Mais oui, moi aussi je trouve ça joli, et j'imagine bien la petite fille que vous avez été" et songer, vous-même combien de ces traces rouges dans les marges ? Ne pas s'attarder. Mots d'un instant. Grandir avec, autour, malgré. Grandir.


mardi 1 janvier 2019

1er janvier 2019 promenade de la Barre - Anglet : lectrice


elle a encore sa jupe du réveillon,
une jupe comme en aiment les petites filles,
une jupe légère qui brille et qui tourne,
elle s'est rencognée dans sa grosse parka,
a résolument sorti ses mains du creux douillet des poches,
oublié le grondement de l'océan
oubliée la bise mordante venue du large,
oubliés les cris des mouettes,
oubliés les appels pressants de son frère à quelques pas,
oubliée la balançoire,
dans ses mains nues un sésame,
ouvert un monde autre,
elle tient un livre

jeudi 13 décembre 2018

sur le boulevard, un homme

 
au diable la livraison,
à terre la bicyclette Deliveroo,
visage baigné par la lumière du couchant,
perché sur ses trois marches,
il jouit de l'instant présent,

                                          libre

s'effleurer d'un sourire,
une connivence légère,
ne pas déranger plus

                                                          s'éloigner


dimanche 9 décembre 2018

dimanche au parc (30)

il vous dépasse en petites foulées, souffle court, cent mètres et il s'arrête, se retourne, rubicond, hirsute, un visage luisant de transpiration, derrière lui, le château, à droite les toits gris de la ville basse et plus loin encore les Pyrénées, une pose, un cadrage, photo, sourire d'aise, il s'aime, il l'aime, de l'amour

mardi 20 novembre 2018

Maryline

10 heures, le couloir, elle est là, le chariot, le balai, la serpillère, toute petite, menue, cheveux blancs courts ébourriffés, visage parcheminé, quelques mots à la volée, entre deux portes, la retraite, tout ça, Je suis née en 65, les enfants sont casés mais on sait pas demain, on voudrait pas qu'ils nous doivent quelque chose, alors le travail tant qu'on peut, à 11 heures je finis le secteur elle montre du bras libre le long couloir, et cantine, la plonge, oui, c'est dur aussi, les mouvements, se retourner, mais moi j'aime bien, au moins on voit les enfants, c'est le seul moment, son visage s'éclaire, ses yeux s'embuent, un feu soudain aux pommettes leur dire bonjour, un sourire, se regarder, c'est pas grand chose, au début ils passaient la tête baissée, maintenant, je le sens, ils guettent ce moment, y en a même un, je parle patois, elle baisse les yeux, presqu'un aveu, eh ! bien on se parle en patois, comment qu'il a su, je sais pas, va pla ? il m'a dit un jour, alors je lui réponds, pas quand il est avec les copains, ça lui ferait honte et je veux pas le gêner, pour la chaîne ça va pareil, on fait pas moins vite

dimanche 4 novembre 2018

conversation (5) auprès des tombes, village natal

vous arrangez trois fleurs sur la tombe, déplacez un pot, ça y est, vous êtes repérée, on sait de quelle maison vous êtes, zoin etxekoa, qui vous êtes, nor ziren ; à quelques pas, kalakan emazte batzu, des femmes bavardent, coups d’œil à la dérobée, échange de sourires, vous  Ze tenoretan da omia sainduko meza ? - La messe de Toussaint ? à onze heures, réponse en français, si c'était la première fois ! sans doute plus de ce monde-ci, de cette langue, trahie par un manque d'assurance ou un accent ; à moins que ce soit refuser de se sentir assignée au basque par celui d'ailleurs qui se croit encore d'ici et protester, je ne suis pas pauvre, moi aussi, qu'est-ce que tu crois, je possède l'autre langue, la dominante