Rechercher dans ce blog

dimanche 5 mai 2019

retour de l'école

reprise d'une "Ronde" chez Céline Gouel

cinq heures, au revoir maîtresse, tu refermais le portail, il grinçait, sur ta gauche la chapelle, face à toi la maison d’Huguette, parfois son visage derrière les rideaux tirés, elle te guettait, sortait, tu essayais de l'éviter, elle te proposait un café au lait ou des bonbons, tirer les vers du nez sa spécialité on disait, couper court, dire non merci, bien poliment comme on t’avait appris, marcher sur la petite route, serait-elle là, non, pas à la rivière, jupes relevées, avec maîtresse tu oubliais, un coup d’œil de l’autre côté à la grande maison à volets verts, des durs au travail, jardin, fruitiers, marchés à Bayonne, les départs du samedi alors que le jour pointe à peine, et puis des vieux, grands-parents, oncles célibataires et avec ces vieux des retraites, de l'argent qui rentre facilement, ils étaient à l’aise on disait, et tous on les enviait, Huguette et eux comme chien et chat, pourquoi au juste on savait pas, des histoires de conseil municipal, des rivalités, des jalousies du temps d'avant avant, au quartier on en riait, et puis plus de maisons pendant un moment, une plaine, ces prairies, tout du plat, de l’or on disait, où serait-elle ? non, pas au grenier, le cou marbré de rouge, l'inquiétude revenait, ton pas se faisait lourd, sur la butte une maison vide, elle montre on disait, mais quand même ils pourraient réparer le toiture on ajoutait, tu avançais, ta maison aurait les volets clos, ça tu savais, c’était comme ça, un de la lumière vers l’ombre tu te disais, la route se rapprochait de la forêt, de la rivière, jeu des saisons, tu ne savais pas que tu voyais, ton goût des arbres, des ruminations  et des longues marches, c’était né alors et là, un regard vers le château, messes basses, pour du malheur elle en avait eu la Bésarine, les oreilles n’ont pas de paupières, tu as lu ça des années-lumière plus tard, un malheur honteux, son homme un jour elle l’avait trouvé pendu, ses fils près d’elle, puis la maison de Silveri, souvent dehors Silveri, le corps presque plié à angle droit, un mot gentil que tu comprenais à demi, sa femme dans les parages à le rudoyer, lui « elle irait chercher la lune pour ses enfants », il buvait, oubliait douleur, misères, tu passais vite, le petit pont, comme un goulot dans la forêt, là, au printemps les jonquilles poisseuses de sève pour maîtresse, comme un jardin secret dans le sous-bois, marcher encore, à nouveau la plaine, des champs, des prairies, une maison, Thérèse, la grand-mère souvent plantée sur ton passage, les jeunes toujours au travail, la solitude des vieux « agur matela gorria bonjour joues rouges », les jeunes au travail, elle était seule, des cerisiers, le grand virage, tu y étais presque, descendre le petit chemin, la maison en contrebas, encore des cerisiers, la haie tout du long, des nids, un oiseau s’envolait, tu poussais la porte, ton cœur bondissait, l’odeur du chocolat mijoté sur le fourneau, un bon jour, dans un instant fendre sa peau épaisse et craquelée « tela », elle était là

dimanche 28 avril 2019

Bon appétit ! (5)

une escalope géante, elle couvre l'assiette, de l'ail frais du jardin, du persil frais du jardin, des petits pois frais du jardin, c'est fête ! "et tu manges tout, du veau qui vient d'être tué c'est pas souvent !" un peu plus tard C'était le petit de la Frisonne, un veau goxoa, doux, facile, Bernard l'aimait beaucoup, il m'a raconté, faut pas croire que ça nous fait rien, que quand il l'a accompagné à l'abattoir il l'a suivi des yeux et là, le veau l'a regardé, il aurait préféré ne pas se retourner

dimanche 21 avril 2019

famille (10) : sur la digue le long de la plage de Zurriola

matin de Semaine Sainte paisible (férié dès le jeudi), onze heures à peu près, du monde et chacun de déambuler, dans un sens puis l'autre, douceur de la brise marine, vert tendre de la montagne Ullié au fond, les vagues s'écrasent mollement sur le sable, respirer, comme un sentiment de plénitude, quelques pas devant devant un couple d'une soixantaine d'années, lui tient la poussette, les encadrent une jeune femme, sans doute leur fille et un grand gars en bras de chemise, tout pectoraux dehors, soudain, des cris, il vocifère "papa va a darte en el culo" on le suit des yeux, sur le côté un tout jeune enfant, presqu'un bébé, pas bien ferme sur ses jambes, c'est un géant qui se agrippe son épaule, fessée, il frappe fort, l'enfant hurle, "Tienes que quedarte al lado de papa, Tu dois rester à côté de papa"il l'arrache du sol, poussette, les dépasser, un vide s'est creusé autour d'eux, faire demi-tour en bout de promenade et ils sont à nouveau devant, la jeune femme se hisse vers lui pour un geste tendre, effleurer sa nuque, ébouriffer ses cheveux, il se dégage de sa main, soulève des épaules ombrageuses, elle baisse la tête, s'écarte, les dépasser encore, silencieux tous les quatre, dans la poussette, sucette au bec, visage pâlot, l'enfant ne sourit pas

dimanche 31 mars 2019

retour du soir



le vieux figuier, les vieux cerisiers, les vieilles brebis, elles traînent la patte, bientôt la fin

samedi 30 mars 2019

le magnolia


ombre noire à ses trousses
elle va le happer,
grandiose il se déploie,
son sceau sur le jour bleu
un arbre en majesté


lundi 11 mars 2019

conversation (7)

A la boulangerie. Elle vous tend le pain. Soudain, cela vous saute aux yeux. Un sosie de Claire Chazal, elle rit "Ah ! sûr, on me l'a dit et plus d'une fois mais si j'avais son QI je serais pas ici !"

lundi 4 mars 2019

Carte postale (3) de Gipuzkoa


https://youtu.be/-q5cU1chdno
cliquer sur l'image pour d'autres images et chant des oiseaux


février,
jours bleus,
épures d'arbres et prémisses du printemps,

marcher

le petit vignoble du txakoli,
des à pics vertigineux,
la mer en contrebas,
des animaux en liberté,

marcher

le chant des oiseaux,
un rouge-gorge,

marcher

un chemin qui se perd
le suivre

marcher