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mercredi 8 mai 2024

Il n’est plus

 A peine a-t-on le temps de vivre

qu’on se retrouve cendre et givre

Adieu

Et pourtant j’aurais tant à faire
avant que les mains de la terre
me ferment à jamais les yeux


Je voudrais faire un jour de gloire
d’une femme et d’une guitare
d’un arbre et d’un soleil d’été
Je voudrais faire une aube claire
pour voir jusqu’au bout de la terre
des hommes vivre en liberté
Assis entre deux équilibres
dans ce monde qui se croit libre
et qui bâtit des miradors
je voudrais bien que nul ne meure
avant d’avoir un jour une heure
aimé toutes voiles dehors


A peine a-t-on le temps de vivre
qu’on se retrouve cendre et givre
Adieu

Et pourtant j’aurais tant à faire
avant que les mains de la terre
me ferment à jamais les yeux


De mes deux mains couleur d’argile
je voudrais bâtir une ville
blanche jusqu’au-dessus des toits
Elle serait belle comme une
chanson du temps de la Commune
pétrie de bonheur hors-la-loi
Et puis que le printemps revienne
pour revoir à Paris sur peine
des enfants riant aux éclats
Lorca errant dans Barcelone
tandis que l’abeille bourdonne
dans la fraîche odeur des lilas


A peine a-t-on le temps de vivre
qu’on se retrouve cendre et givre
Adieu

Et pourtant j’aurais tant à faire
avant que les mains de la terre
me ferment à jamais les yeux.

Henri Gougaud
7 Juillet 1936 - 6 mai 2024

lundi 11 mars 2024

Elle était quotidienne : une dernière lettre d’Henri Gougaud

 Chers amis

 

Les temps sont venus où nos routes vont se séparer, je vais désormais emprunter les chemins de l’intime au gré de l’amour de mes tout proches. Je me laisse découvrir chaque matin l’imprévisible, qu’il m’emporte encore plus loin vers le désir et la force de dire oui, de dire non, de rire au ciel, d’écouter  la tendresse.

Si vous voulez me retrouver, feuilletez les pages des livres que j’ai écrits, fredonnez les ritournelles que j’ai chantées, j’y serai tel que vous m’avez connu.

Comme je ne me suis réclamé de personne, ne vous réclamez pas de moi.

J’ai eu pour ambition secrète que mes mots vous délestent des maîtres et chapelles qui  vous empèsent les rêves


Alors quittons-nous sur une Pensée de Walt Whitman

 

« Je vous adjure de laisser tout libre, comme j’ai laissé tout libre.
Qui que vous soyez me tenant à présent dans la main, lâchez-moi et partez sur votre propre route. »


https://youtu.be/V-WxMy-r1lc



jeudi 11 mai 2023

Petites choses qui (51) réjouissent le cœur

 

Santa-Cruz, 28 mars, vers 9h1/2

Trouver dans la boîte mail, un conte d’Henri Gougaud, billet quotidien


Un p'tit coquelicot

    Elle était veuve, elle était pauvre. Elle avait un fils, mais quel fils ! Beau comme un astre au ciel d’été. Or, un jour, elle tomba malade. Plus un fruit, plus un grain de blé.
    - Mon enfant, nous risquons la mort, dit-elle, pâle sur sa couche. Prends ma robe de mariée, c’est le seul bien que j’eus jamais. Va la vendre en ville, à des riches !
    Son fils avec la robe blanche s’en alla par le chemin creux. Il se perdit sous les nuées. Au soir sa mère s’inquiéta. Minuit. Vint l’aube. Folle angoisse. Dans son châle elle s’enveloppa et courut pieds nus sur la lande. Elle parvint au bord d’un ravin.
    - Mon fils, mon tout beau, cria-t-elle, par tous les saints, es-tu au fond ?
    - Mère, aidez-moi, j’y suis tombé, répondit une voix menue.
    Elle lui tendit son châle noir. Riant, pleurant, ils s’étreignirent. Ils s’en retournèrent chez eux. Or, comme ils allaient sur la plaine, ils virent la terre couverte de fleurs rouges parmi les rocs. Pourtant n’étaient là, avant l’aube, qu’avoine sauvage et buissons. Elles étaient nées des pieds en sang de celle qui avait couru, cherchant son enfant dans la brume. C’est ainsi, dit le conte rouge, que sont nés les coquelicots.
    De ce jour, la veuve et son fils vécurent sans plus de souci. L’abondance vint à leur porte. Qui les voulut heureux ? Mystère. Qui créa l’amour ? Nul ne sait. Il fleurit partout sur la terre. Cherche-le, il n’est pas caché.