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dimanche 13 novembre 2016
les regarder, songer
et si c'était comme pour les plantes vertes ? se réjouir de leur présence mais ne pas trop s'en occuper. Penser à les oublier. Oui, cesser l'acharnement pédagogique
dimanche 6 novembre 2016
"C'est drôle, hein, vraiment drôle de ne pas se souvenir ni où ni quand on a rencontré son mari ou sa femme"
un soir Ping-Pong, sur France Culture, Raoul Collectif & Emmanuel Adely - Théâtre interrogatif et Expérience littéraire, annonce l'émission, et cette expression qui revient à plusieurs reprises, les voix se chevauchent parfois, une "alzheimerisation de la société", chacun deviendrait amnésique, vous vous promettez d'y revenir, vous oubliez, vous n'oubliez pas, ce passage de Fahrenheit 451 se fait insistant, écho, ne plus savoir comment ils s'étaient rencontrés, comment est-ce dieu possible,
(...) Je suis antisociable, paraît-il. Je ne me mêle pas aux autres. C'est si bizarre. Je suis pourtant très sociable au contraire. Tout dépend du sens qu`on donne à ce mot-là, n'est-ce pas ? Être sociable, pour moi, c'est vous parler comme je le fais, par exemple - elle fit rouler quelques noisettes tombées de l'arbre sur le carrelage devant la maison -, ou de parler de l'étrangeté du monde où nous vivons. C'est agréable de se trouver avec d'autres personnes. Mais je ne vois pas ce qu'il y a de social à fourrer un tas de gens ensemble pour les empêcher de parler. Ce n'est pas votre avis ? Une heure de classe télévisée, une heure de basket, de base-ball ou de course à pied, une autre heure de transcription d'histoire ou de peinture, et encore des sports, mais vous savez, on ne pose jamais de question, ou du moins la plupart d'entre nous ; ils se contentent de vous jeter les réponses à la tête, bing, bing, bing, et on reste assises quatre heures d'affilée devant des films éducatifs. Ça n'a rien de social pour moi. Ça me fait penser à des tunnels où on déverse par un bout de 1'eau qui ressort par l'autre et on vous raconte ensuite que c'est du vin. Ils vous abrutissent tellement qu'à la fin de la journée, on se sent tout juste capable de se coucher ou d'aller dans un parc d'attractions pour y bousculer les gens, briser des vitres au stand du casseur de carreaux, ou cabosser des autos au "Demolicar" avec la grosse balle d'acier, ou encore se sortir de voiture et de foncer dans les rues, en rasant les lampadaires, en jouant à écraser les poules ou à érafler les chapeaux de roue.
Et soudain, elle lui parut si étrange qu'il éprouva la conviction de ne pas la connaître du tout. Il se trouvait dans la maison d'une autre comme le personnage de cette histoire, rabâchée elle aussi, qui, rentrant chez lui ivre mort, se trompe de porte, pénètre dans une chambre qui n'est pas la sienne, se couche en compagnie d'un inconnu, se lève très tôt et repart à son travail sans que ni l'un ni l'autre ne s'aperçoivent de la méprise.
- Millie ?... dit-il à voix basse.
- Quoi ?
- Je ne voulais pas te faire peur... Je voudrais seulement savoir...
- Alors ?
- Quand nous sommes-nous rencontrés ? Et où ?
- Quand nous sommes-nous rencontrés, pourquoi ? demanda-t-elle.
- Je veux dire... la première fois.
Il savait quelle devait froncer les sourcils dans l'obscurité. Il précisa sa question.
- La première fois que nous nous sommes vus, où était-ce, et quand ?
- Mais... c'était à...
Elle s'arrêta.
- Je n'en sais rien, dit-elle.
Il eut soudain très froid.
- Tu ne te souviens pas ?
- ll y a si longtemps.
- Dix ans seulement... c'est tout, dix ans !
- Ne t'énerve pas. Laisse-moi réfléchir.
Elle eut un petit rire sec et pointu.
- C'est drôle, hein, vraiment drôle de ne pas se souvenir ni où ni quand on a rencontré son mari ou sa femme.
Il se massait les paupières, le front, la nuque, d'un geste lent. Les mains sur les yeux, il accentua peu à peu la pression de ses doigts comme pour remettre ses souvenirs en place.
Il lui fut soudain plus important que tout dans l'existence de savoir où il avait rencontré Mildred.
- C'est sans aucune importance.
Elle s'était levée et avait gagné la salle de bains. Il entendit l'eau couler et le bruit de déglutition dans sa gorge.
- Non, c'est probable, dit-il.
Fahrenheit 451 de Ray Bradbury (1953)
traduit de l'Américain par Henri Robillot
(...) Je suis antisociable, paraît-il. Je ne me mêle pas aux autres. C'est si bizarre. Je suis pourtant très sociable au contraire. Tout dépend du sens qu`on donne à ce mot-là, n'est-ce pas ? Être sociable, pour moi, c'est vous parler comme je le fais, par exemple - elle fit rouler quelques noisettes tombées de l'arbre sur le carrelage devant la maison -, ou de parler de l'étrangeté du monde où nous vivons. C'est agréable de se trouver avec d'autres personnes. Mais je ne vois pas ce qu'il y a de social à fourrer un tas de gens ensemble pour les empêcher de parler. Ce n'est pas votre avis ? Une heure de classe télévisée, une heure de basket, de base-ball ou de course à pied, une autre heure de transcription d'histoire ou de peinture, et encore des sports, mais vous savez, on ne pose jamais de question, ou du moins la plupart d'entre nous ; ils se contentent de vous jeter les réponses à la tête, bing, bing, bing, et on reste assises quatre heures d'affilée devant des films éducatifs. Ça n'a rien de social pour moi. Ça me fait penser à des tunnels où on déverse par un bout de 1'eau qui ressort par l'autre et on vous raconte ensuite que c'est du vin. Ils vous abrutissent tellement qu'à la fin de la journée, on se sent tout juste capable de se coucher ou d'aller dans un parc d'attractions pour y bousculer les gens, briser des vitres au stand du casseur de carreaux, ou cabosser des autos au "Demolicar" avec la grosse balle d'acier, ou encore se sortir de voiture et de foncer dans les rues, en rasant les lampadaires, en jouant à écraser les poules ou à érafler les chapeaux de roue.
(...)
Et soudain, elle lui parut si étrange qu'il éprouva la conviction de ne pas la connaître du tout. Il se trouvait dans la maison d'une autre comme le personnage de cette histoire, rabâchée elle aussi, qui, rentrant chez lui ivre mort, se trompe de porte, pénètre dans une chambre qui n'est pas la sienne, se couche en compagnie d'un inconnu, se lève très tôt et repart à son travail sans que ni l'un ni l'autre ne s'aperçoivent de la méprise.
- Millie ?... dit-il à voix basse.
- Quoi ?
- Je ne voulais pas te faire peur... Je voudrais seulement savoir...
- Alors ?
- Quand nous sommes-nous rencontrés ? Et où ?
- Quand nous sommes-nous rencontrés, pourquoi ? demanda-t-elle.
- Je veux dire... la première fois.
Il savait quelle devait froncer les sourcils dans l'obscurité. Il précisa sa question.
- La première fois que nous nous sommes vus, où était-ce, et quand ?
- Mais... c'était à...
Elle s'arrêta.
- Je n'en sais rien, dit-elle.
Il eut soudain très froid.
- Tu ne te souviens pas ?
- ll y a si longtemps.
- Dix ans seulement... c'est tout, dix ans !
- Ne t'énerve pas. Laisse-moi réfléchir.
Elle eut un petit rire sec et pointu.
- C'est drôle, hein, vraiment drôle de ne pas se souvenir ni où ni quand on a rencontré son mari ou sa femme.
Il se massait les paupières, le front, la nuque, d'un geste lent. Les mains sur les yeux, il accentua peu à peu la pression de ses doigts comme pour remettre ses souvenirs en place.
Il lui fut soudain plus important que tout dans l'existence de savoir où il avait rencontré Mildred.
- C'est sans aucune importance.
Elle s'était levée et avait gagné la salle de bains. Il entendit l'eau couler et le bruit de déglutition dans sa gorge.
- Non, c'est probable, dit-il.
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lundi 31 octobre 2016
un gîte à l'heure du petit déjeuner
- Non pas de lait, j'évite les graisses animales, ou alors... ? Vous auriez du lait de soja ?
- Et des crêpes, vous en prendrez ?
- Volontiers. Vous auriez du Nutella ?
- Et des crêpes, vous en prendrez ?
- Volontiers. Vous auriez du Nutella ?
samedi 29 octobre 2016
c'était comme ça
Début des années soixante, à peine l'âge de raison, le catéchisme.
Un ensemble de questions.
Des réponses à savoir par cœur. Ainsi
- Allons-nous tous mourir un jour ?
- Oui, nous allons tous mourir un jour.
Elle avait sangloté, hoqueté.
Elle ne se consolait pas.
Un ensemble de questions.
Des réponses à savoir par cœur. Ainsi
- Allons-nous tous mourir un jour ?
- Oui, nous allons tous mourir un jour.
Elle avait sangloté, hoqueté.
Elle ne se consolait pas.
dimanche 16 octobre 2016
"Jamais on ne saurait mais toujours on serait là"
Histoire d'un fonctionnaire
- On veut que je sois fonctionnaire, dit Florent. Mais j'ai peur que ma vie soit en morceaux. Pas toi ?
- En morceaux si tu veux, dit Georges. Mais tu peux faire des morceaux avec des morceaux.
- Ça n'aboutit à rien.
- En morceaux si tu veux, dit Georges. Mais tu peux faire des morceaux avec des morceaux.
- Ça n'aboutit à rien.
- A rien. C'est pourquoi ça ne finit jamais, jamais.
Un jour, Georges voulut se baigner.
La dérive sous les buissons, le long des arbres morts jusqu'à s'étendre sur le gravier. Fouiller le gravier où il y a de minuscules coquilles multicolores.
Jamais on ne saurait mais toujours on serait là. Où donc serait-on ? Peu importait le lieu. L'essentiel c'était le toujours. Tout se perdait, on se perdait tellement que cela en revenait à un infini où l'on irait à droite et à gauche sans rien vouloir.
Un jour, Georges voulut se baigner.
La dérive sous les buissons, le long des arbres morts jusqu'à s'étendre sur le gravier. Fouiller le gravier où il y a de minuscules coquilles multicolores.
Jamais on ne saurait mais toujours on serait là. Où donc serait-on ? Peu importait le lieu. L'essentiel c'était le toujours. Tout se perdait, on se perdait tellement que cela en revenait à un infini où l'on irait à droite et à gauche sans rien vouloir.
vendredi 14 octobre 2016
dimanche 9 octobre 2016
morales : s'il suffisait de les écrire
algunas veces bebo para olvidar quien soy
soy un borracho
je bois parfois pour oublier qui je suis
je suis un ivrogne
L'ivrogne rend sa famille malheureuse. Je ne bois pas d'alcool.
cahier du jour, 4 novembre 1963
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