une visite à son grand-père, presque cent ans, le fauteuil roulant et un coin à l’ombre sous les grands chênes, une complicité venue de loin quelques rires et le moment de se séparer, fauteuil en sens inverse, l’ascenseur, la chambre, le petit-fils va refermer la porte, s’en aller et sa voix, celle du temps d’avant, altière urbaine et policée Je ne sais pas qui vous êtes jeune homme mais grâce à vous, j’ai passé un excellent moment, je vous remercie
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vendredi 5 juin 2026
mercredi 16 avril 2025
Vieillir (71)
à peine soixante-dix ans, un air de pas dans son assiette Tu sais, ça y est, ils m’ont fait d’autres examens à Vignalou, et ça toute la matinée, crevant, j’en pouvais plus, des exercices et puis des tas de questions, les questions des fois ça me fait comme un trou noir et c’est comme si j’étais prise dedans, j’ai pas su dire l’âge de mes enfants, j’avais honte mais tellement honte, tu peux pas savoir comme j’avais honte
mercredi 29 janvier 2025
à la boulangerie (11)
un creux dans l’affluence, derrière le comptoir, les deux vendeuses bavardent, Hier (dimanche) midi et demie, à Carrefour, une queue !!! blindé de chez blindé, à chaque fois que j’arrivais dans un rayon, fallait que j’attende, bien cru que que j’y arriverais pas pour une heure, mon mari, s’il a une petite liste ? une petite tête oui, elles rient, mais c’est vrai que liste ou pas liste, il oublie beaucoup une ombre sur son visage.
mercredi 13 novembre 2024
Vieillir (62) conversation au pressing
faveur pour bonne cliente, l’employée finit de repasser son jean Et vous le pliez en trois, oui, comme ça, merci, voix péremptoire, habitude d’être obéie, elle poursuit Je vais en profiter pour prendre les pulls. Vous les avez préparés ? C’est que prudente, la réponse hésite vous êtes passée les prendre la semaine dernière. Vous ne vous en souvenez pas ? Fugace, une ombre sur le vieux visage, sans ciller Si vous le dites, ni au revoir ni merci, elle sort.
jeudi 2 mai 2024
Saint-Sébastien, une exposition erakusketa bat
au centre culturel Okendo, Zentro Kultural Etxea
dimanche 6 novembre 2016
"C'est drôle, hein, vraiment drôle de ne pas se souvenir ni où ni quand on a rencontré son mari ou sa femme"
(...) Je suis antisociable, paraît-il. Je ne me mêle pas aux autres. C'est si bizarre. Je suis pourtant très sociable au contraire. Tout dépend du sens qu`on donne à ce mot-là, n'est-ce pas ? Être sociable, pour moi, c'est vous parler comme je le fais, par exemple - elle fit rouler quelques noisettes tombées de l'arbre sur le carrelage devant la maison -, ou de parler de l'étrangeté du monde où nous vivons. C'est agréable de se trouver avec d'autres personnes. Mais je ne vois pas ce qu'il y a de social à fourrer un tas de gens ensemble pour les empêcher de parler. Ce n'est pas votre avis ? Une heure de classe télévisée, une heure de basket, de base-ball ou de course à pied, une autre heure de transcription d'histoire ou de peinture, et encore des sports, mais vous savez, on ne pose jamais de question, ou du moins la plupart d'entre nous ; ils se contentent de vous jeter les réponses à la tête, bing, bing, bing, et on reste assises quatre heures d'affilée devant des films éducatifs. Ça n'a rien de social pour moi. Ça me fait penser à des tunnels où on déverse par un bout de 1'eau qui ressort par l'autre et on vous raconte ensuite que c'est du vin. Ils vous abrutissent tellement qu'à la fin de la journée, on se sent tout juste capable de se coucher ou d'aller dans un parc d'attractions pour y bousculer les gens, briser des vitres au stand du casseur de carreaux, ou cabosser des autos au "Demolicar" avec la grosse balle d'acier, ou encore se sortir de voiture et de foncer dans les rues, en rasant les lampadaires, en jouant à écraser les poules ou à érafler les chapeaux de roue.
Et soudain, elle lui parut si étrange qu'il éprouva la conviction de ne pas la connaître du tout. Il se trouvait dans la maison d'une autre comme le personnage de cette histoire, rabâchée elle aussi, qui, rentrant chez lui ivre mort, se trompe de porte, pénètre dans une chambre qui n'est pas la sienne, se couche en compagnie d'un inconnu, se lève très tôt et repart à son travail sans que ni l'un ni l'autre ne s'aperçoivent de la méprise.
- Millie ?... dit-il à voix basse.
- Quoi ?
- Je ne voulais pas te faire peur... Je voudrais seulement savoir...
- Alors ?
- Quand nous sommes-nous rencontrés ? Et où ?
- Quand nous sommes-nous rencontrés, pourquoi ? demanda-t-elle.
- Je veux dire... la première fois.
Il savait quelle devait froncer les sourcils dans l'obscurité. Il précisa sa question.
- La première fois que nous nous sommes vus, où était-ce, et quand ?
- Mais... c'était à...
Elle s'arrêta.
- Je n'en sais rien, dit-elle.
Il eut soudain très froid.
- Tu ne te souviens pas ?
- ll y a si longtemps.
- Dix ans seulement... c'est tout, dix ans !
- Ne t'énerve pas. Laisse-moi réfléchir.
Elle eut un petit rire sec et pointu.
- C'est drôle, hein, vraiment drôle de ne pas se souvenir ni où ni quand on a rencontré son mari ou sa femme.
Il se massait les paupières, le front, la nuque, d'un geste lent. Les mains sur les yeux, il accentua peu à peu la pression de ses doigts comme pour remettre ses souvenirs en place.
Il lui fut soudain plus important que tout dans l'existence de savoir où il avait rencontré Mildred.
- C'est sans aucune importance.
Elle s'était levée et avait gagné la salle de bains. Il entendit l'eau couler et le bruit de déglutition dans sa gorge.
- Non, c'est probable, dit-il.








